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Romains 13v7-10 : Des droits et… des devoirs ?

Droits et devoirs de l'homme face à Dieu

Depuis quelques jours certains en usent, d’autres trouvent qu’ils en abusent… Le droit de grève exercé par certains exaspère. Au début, on dit : « Oui au droit de grève », mais petit à petit on entend : « Oui à la peine de mort ! » et cela parce que je ne supporte plus ceux qui attentent à mes droits… La grève est un droit qui permet à chacun de faire connaître ses besoins ; mais… il y a des limites : celles qui touchent à mes droits et, souvent je pense, à mon confort.

En août 1789, l’abbé Sabatier critiquait le projet de faire une Constitution des Droits de l’Homme :

« Craignez que les hommes auxquels vous n’avez parlé que de leurs droits et jamais de leurs devoirs, que les hommes qui n’ont plus à redouter l’autorité royale ne veuillent passer de la haine des rangs à celle des pouvoirs, et que, de leurs mains rougies du sang des nobles, ils veuillent aussi massacrer leurs magistrats ».

Etait-ce une vision réaliste ou exagérée ? Pensait-il au risque de futurs débordements où l’on exige toujours plus de droits pour soi-même en refusant toujours plus les devoirs envers les autres ? Ces réflexions nous permettront de nous poser la question de notre position, de nos droits et nos devoirs, face à Dieu et face aux autres.

Lecture Romains 13v7-10 :

Rendez à tous ce qui leur est dû: l’impôt à qui vous devez l’impôt, le tribut à qui vous devez le tribut, la crainte à qui vous devez la crainte, l’honneur à qui vous devez l’honneur.
Ne devez rien à personne, si ce n’est de vous aimer les uns les autres; car celui qui aime les autres a accompli la loi. En effet, les commandements: Tu ne commettras point d’adultère, tu ne tueras point, tu ne déroberas point, tu ne convoiteras point, et ceux qu’il peut encore y avoir, se résument dans cette parole: Tu aimeras ton prochain comme toi-même.
L’amour ne fait point de mal au prochain: l’amour est donc l’accomplissement de la loi.

1) Mettre l’accent sur les droits peut être hautement positif :

C’est une bonne chose en pensant au respect auquel chaque être humain a droit : surtout en pensant aux opprimés, aux laissés pour compte, aux pauvres qui ne peuvent se défendre, aux innocents qui sont désarmés ; on peut ainsi faire pression – quelques fois – en connaissant la situation dramatique des hommes et des femmes torturés, persécutés et plaider leur cause en faisant valoir leurs droits.

La Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen est née des abus de certains qui ne cherchaient qu’à exploiter, dominer, exiger un asservissement qui dénaturait la condition humaine.

Aujourd’hui, la situation ne s’est guère améliorée dans beaucoup de domaines. Quelqu’un faisait remarquer qu’avant, c’était l’exploitation de l’homme par l’homme ; maintenant, c’est exactement… le contraire.

C’est un « devoir » de faire entendre les « droits »… des autres, avant tout.

2) Mais les risques sont grands…

Cette tendance à insister sur ses droits souligne certainement d’autres aspects moins glorieux ; et peut-être allons-nous constater que nous, chrétiens, sommes plus influencés que ce que nous croyons par cette société sans Dieu, en insistant d’une manière démesurée sur les droits et non plus sur les devoirs. En quoi cela est-il négatif ?

– L’égocentrisme est renforcé :

Notre société est un monde d’individualistes où chacun dit : « A moi ; moi d’abord ; quitte à jouer des coudes ; mes intérêts personnels doivent être assouvis ». Et on voudrait que la société aille mieux…

Quand il y a déséquilibre entre les droits et les devoirs, on perd facilement de vue les droits des autres ; les autres sont éliminés de ma conscience qui est chloroformée. « Dans les derniers temps, les hommes seront égoïstes, avides d’argent, ingrats, sans cœur, sans pitié » (2 Tim 3v1-5). Quelqu’un donnait une définition de l’égoïste : « C’est quelqu’un qui ne pense pas… à moi ».

– La spirale est alors celle du « toujours plus », avec son corollaire « jamais satisfait ».

Cette insatisfaction devient chronique et provoque des dégâts à tous les niveaux. A l’opposé, Paul disait : « J’ai appris à être content de l’état où je me trouve : je sais vivre dans le dénuement, je sais aussi vivre dans l’abondance. C’est le secret que j’ai appris : m’accommoder à toutes les situations » (Philippiens 4v11-12). Cette attitude – que certains qualifieraient facilement de passivité – lui ont fait connaître une vie de plénitude, au lieu de l’insatisfaction permanente.

– Tout se monnaye alors…

Nous sommes dans une société où tout se monnaye, où il n’y a plus beaucoup de place pour le bénévolat, l’acte gratuit ; la notion du don disparaît de plus en plus au détriment de ce qu’on me doit. Du reste, c’est inscrit dans les gênes : même envers Dieu, beaucoup estiment qu’au vu de leur vie, Dieu leur doit de répondre à leurs attentes.

C’est pour ça : les « derniers temps » dont Paul parle remontent loin, mais les dégâts ne font que s’amplifier. La spirale ne va que dans l’aggravation de la tendance aux droits.

3) Les droits et devoirs dans la Parole de Dieu

Face à une société où chacun fait comprendre aux autres qu’ils ont des devoirs envers lui (comment peut-on s’en sortir, alors ?), la Bible a un autre langage. C’est à chacun à vivre ses devoirs en priorité, et non à revendiquer ses droits ; et cela dans 2 directions :

– Nos devoirs envers Dieu :

L’attitude fréquente (parmi les non-chrétiens et parmi… les chrétiens) est de penser : « Dieu me doit la santé, la réussite à mes examens, etc… puisqu’il est amour » ; et s’il y a échec, alors la réaction est d’affirmer : « Dieu manque à tous ses devoirs » (pour répondre à mes droits, parce que « je le vaux bien »). Je fais valoir alors mon droit à la grève spirituelle… Je ne lis plus ma Bible, je ne prie plus, je reste chez moi (tiens, revoilà les signes de l’égocentrisme…).

Et l’on oublie, à force d’estimer que Dieu nous doit tout, la première chose qui est indispensable : Dieu ne nous doit rien, c’est nous qui lui devons tout.

Alors que la tendance naturelle de l’être humain est de soumettre Dieu à sa volonté, ses désirs, ses besoins, Dieu nous demande de nous soumettre à lui.

Il y a certainement beaucoup de personnes intéressées par la vie avec Dieu et ces mêmes personnes, de plus en plus, le rejettent ; pourquoi ? Parce que le message de la soumission à Dieu n’est pas en vogue et qu’on se tourne vers lui pour qu’il réponde selon ce qu’on lui demande. Par intérêt personnel.

Au contraire, le premier devoir, enseigné par Jean-Baptiste, par Jésus, par Pierre, par Paul, est : « Repentez-vous ».

Quels sont nos devoirs, version Dieu ? A la question des disciples : « Que devons-nous faire pour accomplir les œuvres que Dieu attend de nous ? », Jésus a répondu : « L’œuvre de Dieu, c’est que vous croyiez en celui qu’il a envoyé » (Jean 6v28-29). Notre premier devoir est donc de faire confiance dans le Seigneur, de nous abandonner à lui. Le jeune homme riche demande à Jésus : « Que dois-je faire de bon pour hériter la vie éternelle ? » (Matthieu 19v16) : il a la conscience de ses devoirs envers Dieu, mais ils sont mal placés : au lieu de faire, Jésus lui demande de se donner entièrement, en particulier d’abandonner ce qui le rend esclave (ses biens).

Ensuite – mais pas avant – Dieu demande de mener une vie selon sa volonté ; la sanctification est un devoir envers lui. « Ce que Dieu veut, c’est que vous meniez une vie sainte » (1 Thessaloniciens 4v3). Pourquoi sommes-nous chrétiens ? Pour être bénis par Dieu et pour recevoir de bonnes choses de sa part ? Ou parce que reconnaître Dieu comme son Maître, et le vivre dans tous les domaines, c’est l’honorer et retrouver le sens de la vie ?

– Nos devoirs envers les autres :

C’est une suite normale de notre prise de conscience de nos devoirs envers Dieu. Pierre, dans sa première lettre, s’adresse à des chrétiens qui vivent dans une situation éprouvante ; mais ses encouragements portent, malgré tout, sur leurs devoirs et non sur leurs droits en premier lieu, comme signe de l’amour qui seul pourra transformer les autres.

Jean-Baptiste, après l’appel à la repentance devant Dieu, parle des devoirs du partage (Luc 3v10-11), de l’honnêteté (v12-13), de la vérité et du contentement (v14) ; si la société vivait ces différentes dimensions, elle serait transformée. A travers le geste où Jésus lave les pieds de ses disciples, il nous invite à avoir cette attitude d’humilité réciproque. Si cela était vécu, tellement de problèmes seraient aplanis…

La foule l’interrogeait, disant: Que devons-nous donc faire? Il leur répondit: Que celui qui a deux tuniques partage avec celui qui n’en a point, et que celui qui a de quoi manger agisse de même. Il vint aussi des publicains pour être baptisés, et ils lui dirent: Maître, que devons-nous faire? Il leur répondit: N’exigez rien au delà de ce qui vous a été ordonné. Des soldats aussi lui demandèrent: Et nous, que devons-nous faire? Il leur répondit: Ne commettez ni extorsion ni fraude envers personne, et contentez-vous de votre solde. (Luc 3v10-14)

Paul emploie 5 fois « vous devez », dans Romains 13v1-8. « Rendez à chacun ce qui lui est dû » : le premier but est donc de rechercher à donner, plutôt qu’à attendre que nos droits soient assouvis. Et il y a en résumé ce devoir : « Ne restez redevables de rien à personne, si ce n’est de vous aimer les uns les autres ». Ce devoir de l’amour souligne le fait qu’il n’est pas avant tout un sentiment mais une décision liée à notre volonté : je veux pardonner, je veux aider, je décide de répondre aux intérêts des autres avant les miens. Jésus parle du commandement de nous aimer les uns les autres comme il nous a aimés (Jean 13).

L’écrivain Albert Camus disait : « Je ne connais qu’un seul devoir, et c’est celui d’aimer ».

– L’autre aspect de la conception des droits et des devoirs est la notion de la grâce.

Là, Dieu nous amène plus loin que la justice humaine qui fait dire : « Je me dois à ceux qui me manifestent de l’intérêt ; il faut être juste avec ceux qui sont justes ». Jésus répond à cela : « Si vous aimez seulement ceux qui vous aiment, que faites-vous d’extraordinaire ? Les païens n’agissent-ils pas de même ? (…) Mais moi je vous dis : aimez vos ennemis » (Matthieu 5v46, 44). Le langage de la grâce parle d’un amour immérité ; et Dieu nous montre l’exemple en ce que l’homme ne peut mériter d’être pardonné, accepté par lui, mais il nous a sauvés ; malgré tout.

Seul Dieu peut réclamer des droits ; mais ces droits ont été bafoués. Depuis, les conséquences sont dramatiques : pour l’honneur de Dieu, mais aussi pour l’être humain sur le plan personnel et collectif.

 

Quelle solution a apporté Dieu ? Il a mis en action sa grâce : il est venu sauver ceux qui ne pouvaient l’être par eux-mêmes. « La grâce de Dieu s’est révélée comme une source de salut pour tous les hommes » (Tite 3v11). « Déclarés justes par sa grâce, nous sommes devenus les héritiers de la vie éternelle » (Tite 3v7). Cette démarche est totalement imméritée, mais elle est le déblocage à nos problèmes.

Au lieu d’un passage en force, Dieu prône sa grâce mais également laisse la liberté de l’accepter ou de la refuser.

 

A propos de passage en force, en pensant à l’article 49.3 de la constitution française, je suis allé chercher un autre 49.3 et je me suis arrêté sur Esaïe 49v3 : « L’Eternel m’a dit : ‘Israël, tu es mon serviteur, je manifesterai ma splendeur au travers de toi’ » : ce peuple ne mérite pas plus que les autres cette faveur (cf. Deutéronome 7v6-8) mais la grâce de Dieu s’étend sur lui malgré tout. Mais dans ce passage, il n’est certainement pas parlé du peuple mais de celui qui représente le nouvel Israël : il s’agit ici du deuxième chant du Serviteur (le Messie) qui accomplira une mission pour ce peuple : il est la lumière des nations et apportera le salut pour tous (Esaïe 49v6).

En fait, la solution de Dieu, c’est lui-même ; dans le quatrième chant du Serviteur, il est annoncé qu’il viendra pour porter les péchés de tous. Le justicier accepte de prendre la place du condamné. Sa mission se caractérisera par la grâce. C’est cette dimension qui peut transformer : et cela pour nous personnellement dans notre relation avec Dieu, mais aussi dans nos relations avec les autres. On est malade (psychiquement, affectivement et même physiquement) d’exiger des autres (quand les droits dominent les relations) ; mais il n’y a pas de plus grand amour que de se donner pour les autres.

 

Jean-Ruben

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