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Livre du Deutéronome : Dieu saint parle à son peuple

Soyez saints, car je suis saint !

Le livre du Deutéronome est une sorte de testament que Moïse laisse à un peuple qui va bientôt entrer dans le pays promis. C’est un testament à la fois spirituel et historique : spirituel parce qu’il précise à nouveau au peuple comment garder une communion optimale avec Dieu et historique, parce qu’il rappelle les origines de ce peuple.

Rappelons le contexte de l’époque. Nous ne sommes plus en présence du même peuple qui était sorti d’Egypte. Moïse avait devant lui les enfants de ce peuple-là. Rappelez-vous, ce peuple s’était révolté plusieurs fois, et tout particulièrement lors du retour des 12 espions. Et ceci les a conduits dans le désert pour 40 ans. Ceux qui avaient, à l’époque, 20 ans et plus sont tombés dans le désert comme Dieu l’avait annoncé. Nous voilà donc 40 ans plus tard avec un peuple dont les plus âgés avaient 59 ans maximum, excepté Moïse qui était dans 120ème année, Josué et Caleb qui étaient dans leur 80ème année.

Moïse prend du temps avec ce peuple jeune qui n’a que des souvenirs d’enfance. Certes, ces souvenirs peuvent être impressionnants et peuvent marquer un enfant à vie… pensons à l’esclavage en Egypte, à la sortie de ce pays, la traversée de la Mer Rouge, au Sinaï…, cependant, il est des souvenirs qu’il est bon de rappeler pour qu’ils ne soient pas idéalisés, transformés ou simplement oubliés ! Le Deutéronome est ainsi un rafraîchissement de la mémoire du peuple de Dieu. Cette mémoire tient également lieu – et c’est important – de base pour ce peuple qui va enfin entrer dans le pays promis.

Moïse, dans l’extrait que je vais lire, rappelle le fondement de ce peuple. C’est une sorte de trilogie du peuple de Dieu. Et je vous propose, ce matin, de voir cette trilogie d’un peu plus près ainsi que son rapport avec nous, peuple de Dieu d’aujourd’hui.

Lecture biblique dans Deutéronome 7v6-11 :« Car tu es un peuple saint pour l’Eternel, ton Dieu; l’Eternel, ton Dieu, t’a choisi, pour que tu fusses un peuple qui lui appartînt entre tous les peuples qui sont sur la face de la terre. Ce n’est point parce que vous surpassez en nombre tous les peuples, que l’Eternel s’est attaché à vous et qu’il vous a choisis, car vous êtes le moindre de tous les peuples. Mais, parce que l’Eternel vous aime, parce qu’il a voulu tenir le serment qu’il avait fait à vos pères, l’Eternel vous a fait sortir par sa main puissante, vous a délivrés de la maison de servitude, de la main de Pharaon, roi d’Egypte. Sache donc que c’est l’Eternel, ton Dieu, qui est Dieu. Ce Dieu fidèle garde son alliance et sa miséricorde jusqu’à la millième génération envers ceux qui l’aiment et qui observent ses commandements. Mais il use directement de représailles envers ceux qui le haïssent, et il les fait périr; il ne diffère point envers celui qui le hait, il use directement de représailles. Ainsi, observe les commandements, les lois et les ordonnances que je te prescris aujourd’hui, et mets-les en pratique. »

1) Le Deutéronome pour un « peuple saint »

Le mot « saint » évoque aujourd’hui toujours aussi rapidement l’auréole et la naïveté, accompagné d’un léger mépris : « il plane complètement, celui-là, il vit dans un autre monde ». S’il est vrai qu’une piété fervente a conduit des personnes à renoncer à des plaisirs mondains pour se consacrer au service de Dieu, être saint est toutefois autre chose qu’un retrait de la vie terrestre.

Revenons aux définitions : Saint veut tout d’abord dire « mis à part ». Ainsi, lorsqu’on parle de la sainteté de Dieu, on parle d’un Dieu qui n’a rien à voir avec notre humanité pécheresse, un Dieu qui est « à part » des hommes, un Dieu différent de l’homme parce qu’il est « Autre ». C’est en cela que réside la sainteté de Dieu.

Les conséquences de cette sainteté sont qu’il ne peut y avoir de rapport entre Dieu, qui est « à part » et les hommes qui ont, un jour, choisi de ne plus être « à part » avec Dieu comme ce dernier l’avait décidé au départ. En dehors de cette particularité de Dieu, l’homme, livré à lui-même, mène une existence sans but et sans avenir.

Vivre dans la sainteté de Dieu signifie une relation privilégiée puisque relation avec le Dieu d’amour, créateur de toute chose. Ce privilège est immense. On a souvent du mal à imaginer ce qu’il représente. C’est pour cela que, dans le désert, Moïse rappelle au peuple ses origines. Etre le peuple de Dieu signifie avoir une relation particulière avec Dieu, c’est lui appartenir.

La sainteté une notion oubliée

Cette notion quelquefois, voire souvent, nous échappe ou nous l’oublions. C’est bien ce qui est arrivé régulièrement au peuple. Il a oublié qu’il était à part, c’est-à-dire saint, qu’il appartenait à Dieu. La question que nous pouvons nous poser est de savoir ce qu’il en est de notre mise à part pour et par Dieu. Sommes-nous conscients de notre mise à part et que nous appartenons à Dieu ? Et par conséquent, comment vivons-nous la sainteté de Dieu ?

Le but de Moïse n’était pas de culpabiliser le peuple, sinon de susciter une prise de conscience du peuple d’Israël de ce qu’il est : un peuple mis à part, qui appartienne à Dieu. De la même manière, Pierre dans son épître nous le rappelle. Nous sommes saints et en raison de cette sainteté nous bénéficions d’une relation privilégiée et personnelle. Celle-ci implique une complicité, une confidentialité, un partage de vie fait de respect et d’amour. Cette relation prend tout son sens avec Dieu de part sa sainteté.

Le peuple était aux portes du pays promis, une nouvelle page de son histoire allait commencer. Cette nouvelle page devait être lue au travers de la sainteté de Dieu, de sa particularité. De même, chaque page de notre vie doit être lue à travers ce même  » à part » de Dieu, sous peine d’un mauvais démarrage. Quelle que soit la page de notre vie, nous appartenons à Dieu.

Cette particularité du peuple de Dieu devrait lui permettre de ne pas faire n’importe quoi. Pourquoi ? Parce que cette sainteté ne vient pas de lui-même. Et c’est là la 2ème partie de la trilogie de Moïse relative à la vie du peuple de Dieu.

2) Peuple de Dieu, non par mérite, mais par volonté et amour de Dieu (7 -8)

Le peuple ne pouvait pas s’enorgueillir de lui-même. Qu’était-il ce peuple ? Anciennement esclave, libéré même pas par sa propre force de révolte, ce peuple d’Hébreux n’a jamais su être content de son sort longtemps. Chaque nouvelle expérience entraînait des murmures à l’encontre des conducteurs et de Dieu lui-même. Avait-il une fierté nationale ? Il n’était qu’un peuple errant, pas encore une nation. Il pouvait difficilement se référer à un passé glorieux…

Moïse le dit bien au peuple juif : vous êtes un peuple choisi par Dieu, mis à part, non parce que vous le méritez, mais parce qu’il vous aime et qu’il l’a voulu ainsi. C’est bien par la volonté et l’amour de Dieu que ce peuple est saint. Il y a bien eu les pères du peuple Abraham, Isaac et Jacob, mais même là nous aurions du mal à expliquer la raison du choix de Dieu. Il y a là un part de mystère qui nous échappe. Cependant le peuple pouvait se réjouir du choix de Dieu.

Il en va de même pour nous.

Si la raison du choix de Dieu à notre égard nous échappe, nous pouvons cependant nous réjouir de l’heureuse initiative de Dieu qui a voulu avoir une relation avec nous. Cette volonté nous est expliquée en partie par l’amour que Dieu a pour l’homme. « C’est parce que l’Eternel vous aime » dira Moïse. Cette réalité beaucoup plus incompréhensible que la volonté divine ne peut qu’être constatée. Dieu nous aime.

Dieu nous aime. C’est pour cette raison-là qu’il nous a mis à part. Parce que Dieu m’aime fondamentalement, il m’a mis à part. Parce que Dieu vous aime, il vous à mis à part, il nous appelle son peuple, un peuple saint, non par mérite, mais par amour. Pourquoi ? Je n’en sais rien. Mais n’aurions-nous pas tort de refuser cet amour ? Cet amour nous permet de vivre en communion intime avec Dieu, vivre différemment que l’humanité pécheresse, vivre parce que mis à part par amour. Savoir cela est une chose, mais il y a des conséquences, une cohérence qui en découle, et c’est la troisième partie de la trilogie de Moïse.

3) Pour l’efficacité de l’Alliance, il faut une réponse

Le fondement est posé par Dieu. Cependant celui-ci ne peut servir que si l’on construit dessus. Moïse indique que pour vivre cette relation privilégiée, il faut y répondre et l’entretenir. Il ne suffit pas d’avoir dit un jour « je t’aime » à quelqu’un pour qu’une vie de couple et de famille existe. Non, il a d’abord fallu une réponse de l’autre, puis une construction commune qui devrait grandir chaque jour (normalement !). Dieu a dit au peuple « je t’aime ». C’est au peuple d’y répondre.

Moïse a invité le peuple à respecter ce que Dieu lui demandait. Ainsi, bâtirait-il sa vie en relation avec Dieu de façon solide et sûre. Pourquoi le peuple a-t-il vécu tant de difficultés ? Le peuple, nous le savons par les textes bibliques, a tantôt vécu de cet amour et tantôt vécu comme si Dieu ne lui avait jamais dit « je t’aime ». Il n’a pas réussi à rester toujours fidèle. Et c’est son infidélité qui lui a fait vivre des situations d’échec.

L’exemple de ce peuple nous est donné. Avant d’attribuer nos épreuves soit à Dieu, soit à un adversaire qui peut avoir le dos large, regardons à nous-mêmes pour voir si ce n’est pas en raison d’une infidélité de notre part qu’une difficulté a surgi dans notre vie. Oui, nous pouvons être éprouvés, oui, l’adversaire peut être fort, mais bien des difficultés que nous pouvons rencontrer sont parfois d’abord les conséquences de nos fautes et de nos infidélités. Il nous appartient de tenir nos engagements. Dieu fera déjà ce que nous ne pouvons pas faire, mais il nous appartient de faire ce que nous pouvons.

Le fondement de notre vie chrétienne ne repose pas sur un « je t’aime » dit du bout des lèvres par Dieu, elle repose non seulement sur une parole de Dieu, mais plus encore sur l’acte qui l’a accompagné. Dieu a tellement aimé les hommes que, non seulement il n’a pas arrêté de le leur dire, mais il a donné son Fils, son unique, celui qu’il aimait plus que tout, pour que les hommes et les femmes que nous sommes, ceux qui acceptent son amour, puissent être « à part » avec lui, bénéficiant d’une vie en abondance.

Notre vie ne nous semble pas dans l’abondance ? On pourrait se demander « à qui la faute ? »

Mais cette question n’a pas vraiment d’intérêt puisque nous en connaissons la réponse. Saisissons plutôt l’initiative d’amour de Dieu qui nous a mis à part pour lui. Cessons alors de vivre selon nos critères, nos envies, nos excuses, pour vivre selon et dans la sainteté de Dieu. Il est prêt à nous y conduire par la main. Nous sommes saints ? Alors devenons-le et vivons-en pleinement grâce à l’amour de Dieu. Moïse, dans son enseignement, avait pour but d’encourager le peuple à tenir son engagement envers Dieu parce que Dieu s’était engagé pour son peuple. C’est ce que nous rappelle aussi le repas du Seigneur que nous voulons vivre dans ce sens-là. Que Dieu nous soit en aide.

Amen.

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