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Nombres 11v1-10 : Les melons de l’esclavage et le désert

désert

Une enquête sur le sujet du bonheur, faite cette semaine passée au niveau mondial, révélait que les français arrivaient en vingt neuvième position ; tandis que sur le thème de la plainte, ils étaient sur le podium en deuxième position. Il y a peut-être un lien de cause à effet entre ces 2 analyses : l’attitude de plainte est-elle une conséquence des circonstances difficiles (mais bien des pays qui arrivent avant la France vivent dans des conditions matérielles plus difficiles) ou l’état d’esprit plaintif détermine-t-il la perception du bonheur ?

Le peuple hébreu est dans le désert, après avoir été libéré de l’esclavage en Egypte. Où est le bonheur, d’après nous ? La réponse ne semble pas évidente d’après les résultats de l’enquête… que Moïse a faite.

Il faut dire que dans le désert, on voit fréquemment des mirages ! On peut croire qu’il y a une oasis ; mais ce n’est que la projection de l’imagination qui est pourtant fondée sur une apparente réalité physique. Un mirage est une réalité déformée (c’est la chaleur qui la déforme) ; ce n’est donc plus la vérité mais elle est perçue pourtant comme telle… Notre perception des évènements est souvent déformée par des phénomènes autres qui nous faussent tout.

Nous allons nous arrêter sur la perception de la réalité que les hébreux avaient du désert dans lequel ils étaient, ainsi que de leur perception de leur séjour en Egypte pour parler de la nôtre, pour nous arrêter ensuite sur la réalité plus objective.

1) La perception de la réalité :

L’Egypte : la période passée dans ce pays est vue après coup depuis le désert ; ce regard en arrière est marqué par les bienfaits matériels que les hébreux y connaissaient : « Ah… la viande que nous mangions ! Le poisson qu’on mangeait pour rien en Egypte ! Et les concombres ! Et les melons ! Et les poireaux ! Et les oignons ! » (Nb 11v4-5). Cette nourriture qu’ils avaient eue était une réalité, un bienfait habituel. Ils logeaient dans des maisons, ensemble dans un quartier de la ville. Ils vivaient tous les jours la même chose, et le traintrain était une réalité sécurisante…

En fait, les problèmes sont devenus plus durs à supporter quand Moïse est arrivé, envoyé par Dieu, pour les délivrer : le pharaon s’est tellement opposé à ce qu’ils demandaient que c’est depuis cette initiative que leur travail a été plus pénible : il leur fallait aller chercher la paille, tout en réalisant le même résultat (Ex 5v6-14, 19-23). Leur situation s’était dégradée quand Dieu était intervenu ! Avant, c’était mieux… Tout comme avant d’entrer dans le désert…

Et puis, ce qu’ils vivaient sur le plan spirituel en Egypte les a marqués profondément puisque, dans le désert, ils vont aspirer à se fabriquer un dieu qu’ils voient, qu’ils peuvent toucher ; oui, avant, en Egypte, ils pouvaient appuyer leur foi sur des éléments visibles, sur une foi concrète ; et ça, ça fait du bien…

. Cela fait penser à la réaction de certaines personnes qui vivent dans les pays de l’ancien pouvoir soviétique : elles en ont la nostalgie et regrettent ce passé car au moins, le pain leur était assuré.

Quant à nous, il est possible de réagir de la même manière : depuis que nous vivons avec Dieu, depuis notre conversion, la réalité de la vie maintenant peut nous faire remonter des souvenirs du passé : avant, je ne me sentais pas coupable quand je faisais ce que j’appelle maintenant le mal (je pouvais tricher, mentir) ; je n’avais pas autant de scrupules et c’était plus agréable. Je pouvais profiter de bien des plaisirs sans m’en culpabiliser…, dépenser pour moi sans être redevable à personne, vivre pour moi sans devoir penser automatiquement aux autres, vivre tranquillement chez moi sans être confronté aux chrétiens de l’Eglise… Et puis, les souvenirs qui me reviennent à l’esprit, c’est ce que j’avais et que je n’ai plus, ce que je vivais et que je ne connais plus.

Le désert : le peuple hébreu a entamé une longue traversée du désert ; et quand ils se plaignent de leur sort, ils n’en sont qu’au début : ils sont partis il y a 1 an et 2 mois (Nb 10v11). Ils vont passer 39 ans encore dans ce désert. Ils se mettent tout de suite à éprouver la soif, la faim, la fatigue, l’incertitude du lendemain, le manque de repères ; et cela pour soi-même mais aussi pour ceux de la famille.

C’est la restriction au niveau du confort. La route est semée d’embûches, c’est le contraire d’une route rectiligne : Dieu leur fait faire de nombreux détours… Et les ennemis peuvent surprendre d’un moment à l’autre, l’incertitude est à chaque pas. Et si cela n’est pas la réalité, qu’est-ce qu’il faudrait vivre !

Et puis, l’Eternel qui dirige du ciel, ce serait bien s’il était un peu plus visible ! « Aaron, fais-nous un dieu qui marche devant nous, car ce Moïse, cet homme qui nous a fait sortir du pays d’Egypte, nous ne savons ce qu’il est devenu » (Exode 32v1) ; l’Eternel n’avait pas la première place pour eux : il était remplacé par un homme, Moïse, et par le souvenir de l’Egypte avec ses dieux visibles.

. La route pour nous, chrétiens, n’est pas facile. On peut parler de la vie de plénitude que Dieu promet, mais le risque est de vivre la politique de l’autruche sur le plan spirituel : la réalité des difficultés est peut-être plus grande qu’avant que nous nous engagions avec Dieu.

C’est le désert, même au milieu des autres chrétiens ; mais justement le fait de marcher ensemble met en relief leurs imperfections… et l’épreuve de les supporter. Et puis, ce serait quand même encourageant de voir Dieu un peu plus ; on a quelques fois l’impression d’un Dieu en qui l’on croit et qui pourtant serait le grand absent. Quand l’épreuve frappe à notre porte, comme Israël dans le désert, nous nous mettons facilement à douter de la présence et de l’amour de Dieu. Cela fait penser à l’attitude de la femme de Lot qui en obéissant à Dieu en sortant de Sodome, regarde en arrière et considère ce qu’elle perd ; Dieu l’a jugée et elle a tout perdu, même la vie.

Cela fait penser à cette phrase que John Milton fait dire dans son livre « Le paradis perdu » : « Mieux vaut la liberté en enfer que l’esclavage au ciel » ; le problème, c’est que tout est faux dans cette affirmation : quand on s’éloigne de ce que Dieu dit, le mal devient bien comme l’esclavage devient liberté, et inversement.

Cette pensée part d’une impression subjective trompeuse ; quand l’écoute de la Parole de Dieu n’y est pas, la perception de la réalité et de la vérité est faussée. A propos d’impression, même si tout cela est vrai, et si tout cela n’était qu’une partie de la réalité ? Et si cette vision étriquée ne faussait pas tout ? Il est certainement plus facile de le constater à propos du peuple hébreu que pour soi-même.

2) La réalité objective :

Il est évident que nous ne pouvons jamais analyser la réalité (autant du passé que du présent, même pour nous personnellement) avec justesse et vérité. Mais il y a des oublis (plus ou moins volontaires) qui faussent notre perception des choses.

L’Egypte : comment oublier la dureté de l’esclavage ? La perspective pour les hébreux était sans espérance ; les gouvernants n’étaient que des tyrans assoiffés de pouvoir, prêts à exploiter de plus en plus. Oublié aussi le meurtre de tous les enfants mâles par le pharaon. Comment la mémoire peut occulter une dimension aussi lourde que cet asservissement pendant 430 ans ? D’une manière lapidaire – mais réaliste – le roi Salomon fait cette remarque : « Le sot retourne à ses sottises, comme le chien à ce qu’il a vomi » (Pr 26v11).

Malgré notre étonnement, nous savons qu’il est possible à l’être humain d’avoir une mémoire sélective et d’enjoliver une réalité qui pourtant a été très dure. Les facilités en Egypte étaient réelles mais la réalité de l’esclavage était dramatique.

Et si le peuple d’Israël pouvait penser : « ‘Comment se fait-il que les jours d’autrefois allaient mieux qu’aujourd’hui ?’, ce n’est pas la sagesse qui dicte une telle question » (Eccl 7v10) ; la sagesse fait voir la réalité d’une manière globale. Les melons avaient un goût de reviens-y mais les hébreux en avaient oublié les pépins…

. Je pense à la dépendance de certains plaisirs, qu’ils soient d’ordre sexuel ou celui de l’alcool ou de la drogue, ou d’autres dépendances, où la mémoire ne garde que le plaisir qu’on en a retiré qui incite alors à le revivre. La réalité est bien plus triste, souvent dramatique. Mais je pense aussi à ce dont on est capable, à ces pulsions qui asservissent mais qu’on laisse dominer à nouveau. Paul parle de ces dérèglements qui paraissent anodins mais qui distillent un poison, autant pour soi que pour les autres : « Tout le monde voit bien ce qui procède de l’homme livré à lui-même : l’immoralité, les pratiques dégradantes et la débauche, l’adoration des idoles et la magie, les haines, les querelles, la jalousie, les dissensions, les divisions, l’envie, l’ivrognerie, les orgies et autres choses de ce genre » (Ga 5v19-21). Paul rappelle que la conséquence de vivre cette apparente liberté est la destruction mutuelle (v15).

Le désert : s’il est synonyme de difficultés, il parle aussi (et surtout ; mais tout dépend de la priorité qu’on considère) de liberté.

Les hébreux étaient en marche vers le pays promis, vers un avenir de paix, comme Dieu le dira aux peuple d’Israël en captivité à Babylone (au VIème si, près de 10 siècles plus tard) : « Moi, je connais les projets que j’ai conçus en votre faveur, déclare l’Eternel : ce sont des projets de paix et non de malheur, afin de vous assurer un avenir plein d’espérance » (Jé 29v11).

Dans le désert, ce qui change le regard, c’est l’espérance : le peuple est libre mais les épreuves sont nombreuses encore ; ce qui permettrait de ne pas aspirer à retourner goûter les melons en Egypte, c’est la promesse du pays promis. Quelle place, aujourd’hui, tient la certitude de la vie éternelle avec Dieu ? L’oubli de cela ne fait que considérer la lourdeur des épreuves et regretter la vie passée qui fait miroiter une réalité tronquée.

Paul écrit aux chrétiens de Colosses : « Puisque vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez donc les réalités d’en haut, là où se trouve le Christ qui ‘siège à la droite de Dieu’. De toute votre pensée, tendez vers les réalités d’en haut, et non vers celles qui appartiennent à la terre » (Col 3v1-2).

Ce qui aide à ne pas retourner en Egypte, ce serait aussi de mieux considérer les interventions de Dieu : le peuple d’Israël est au pied du Sinaï et ils sont effrayés à cause de la manière dont Dieu se manifeste, après avoir vu la Mer Rouge s’ouvrir, après le miracle de l’eau amère transformée, etc… Mais il ne sait pas voir tout cela ; il est rivé sur une pensée fixe et cela l’aveugle.

Ah… si je savais considérer et garder en mémoire les interventions de Dieu, celles que j’ai vécues et celles dont les autres ont témoigné ! « Seigneur, ouvre mes yeux pour que je contemple les merveilles de ta Parole » (Ps 119v18).

 

En prenant conscience de tout cela, j’aspire à un changement d’approche, de regard ; c’est dans ce but que le psalmiste demande à Dieu de le conduire : « Conduis-moi sur le rocher que je ne peux atteindre » (Ps 61v3). « Gardons les yeux fixés sur Jésus, qui nous a ouvert le chemin de la foi et qui la porte à la perfection (…) pour que vous ne laissiez pas abattre par le découragement » (Hé 12v2-3). Les fruits que le Seigneur offre sont en fait bien meilleurs que les melons de ma vie loin de Dieu !

 

Jean-Ruben

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