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Luc 8v40-56 : Seigneur, tu tardes…

Nous acceptons plus ou moins bien d’être en retard ; cette attitude chez les autres est peut-être plus difficile à supporter… Et quelle réaction avons-nous vis-à-vis des retards de Dieu ? Nous allons nous arrêter sur quelques uns de ces « retards », et ceci pour nous aider à supporter ou à comprendre ceux que nous pouvons connaître dans notre vie.

1. Seigneur, tu tardes…

Ce n’est certainement pas quand tout va bien, quand la vie se déroule sans incident, quand on semble maître de la vie, qu’on le pense. Par contre, il y a de quoi trouver que Dieu tarde à intervenir lorsqu’on est dans la souffrance physique, morale, spirituelle ; d’autant plus quand on a crié à Dieu, à ce Dieu qui a promis de répondre aux besoins, ce Dieu tout-puissant à qui rien n’est impossible…

Dieu, tu tardes… tu ne vois pas les drames multiples à cause des guerres, du mal qui gangrène le monde entier, qui condamne des innocents à une existence plus que lamentable, avilissante, inhumaine. Pourquoi Dieu tarde-t-il à me faire entrevoir une solution dans ma propre vie… ? Supporter une situation éprouvante et qui persiste conduit à connaître une réaction incontrôlable quelques fois ; « Dieu le sait quand même !! Alors, pourquoi tarde-t-il à intervenir !? »

Les prophéties sur la venue du Messie remontaient à des siècles : celles données à David, en 1000… avant Jésus ; celles (extraordinairement précises) d’Esaïe, de Michée 700 ans avant qu’elles s’accomplissent. Décidemment, nous n’avons pas la même notion de l’urgence que Dieu… Pourquoi avoir attendu aussi longtemps ?

. Dans un délai beaucoup moins long, la réaction de Jaïrus a dû être la même (Lc 8) : il vient à Jésus, en le suppliant : « Ma petite fille va mourir ; viens lui imposer les mains pour qu’elle guérisse et qu’elle vive… ! » Mais Jésus ne sort pas la sirène pour fendre la foule. « Il partit avec Jaïrus, suivi d’une foule nombreuse qui le serrait de tous côtés ». Et en plus après quelques mètres, il s’arrête : « Qui a touché mes vêtements ? » Il y a quand même d’autres préoccupations beaucoup plus importantes ! Seigneur, tu tardes… Et Jésus se met à discuter avec la femme qui l’a touché et qui, elle, vient d’être guérie… Seigneur…

« Jaïrus, ta fille est morte ». Seigneur, tu es en retard, après l’heure, c’est trop tard… Quoi de plus normal pour ce père de manifester de l’amertume envers cette femme, envers Jésus : l’irrémédiable est fait.

. Israël est devant le mont Sinaï, 14 siècles plus tôt. Moïse est là-haut devant Dieu, mais l’attente devient longue. Très longue. « Quand le peuple s’aperçut que Moïse tardait à descendre de la montagne, il se rassembla autour d’Aaron et lui dit : ‘Allons ! Fabrique-nous un dieu qui marche devant nous !’ » (Ex 32). Puisque Dieu tarde, eh bien tant pis pour lui ! Nous allons agir par nos propres moyens ; c’est de sa faute s’il tarde !

Cela me fait penser à ce pilote de la mission Wycliffe, dans la brousse. Le petit avion était chargé plus que d’habitude et en tant que pilote expérimenté, il allait le plus loin possible afin de prendre le plus de vitesse avant de s’élever. Mais un passager près du pilote, en voyant les arbres se rapprocher et le pilote qui tardait à faire monter l’avion, prit le manche à balai et le tira. Et l’avion s’écrasa. Selon ce passager, le pilote avait trop tardé et il était indispensable de prendre les commandes ! Mais il a fait frôler la catastrophe…

. En pensant à ce qui n’est pas encore arrivé, la Bible parle du retour du Christ ; et là aussi, on peut trouver avec raison que le Seigneur tarde : cela fait 2000 ans que les chrétiens y croient… Déjà, vers l’an 60, certains ironisaient à ce sujet : « Eh bien, il a promis de venir, mais c’est pour quand !? Nos ancêtres sont morts et depuis que le monde est monde, rien n’a changé… » (2 Pi 3). Dieu tarde dans ses promesses… à se demander si sa parole est fiable.

2° réaction possible : même si on n’en arrive pas là, à force d’attendre, on s’endort. Dans la parabole des 10 vierges (Mt 25), Jésus  avertit de ce risque : « Comme le marié se faisait attendre, elles s’assoupirent toutes et finirent par céder au sommeil ». Seigneur, tu tardes trop pour que nous tenions bon… Tu devrais le comprendre.

Autre réaction : celle dont Jésus parle dans une autre parabole où 2 serviteurs attendent le retour de leur maître : le serviteur qui agit, comme il le lui a demandé, et l’autre qui se dit : « ‘Mon maître n’est pas prêt de rentrer’, et il se met à maltraiter ses compagnons de service » et à faire n’importe quoi (Mt 24v42-51). Quand on trouve que Dieu tarde dans l’accomplissement de ses promesses, la réaction peut être une attitude d’agressivité, de colère envers les autres mais aussi une démission et une fuite. Ces signes dévoilent en définitive un sentiment intérieur qui dénote une accusation (non exprimée) vis-à-vis de Dieu, ce Dieu qui tarde à répondre, à intervenir.

2. Pourquoi Dieu semble tarder ?

La Bible nous donne plusieurs pistes de réflexion ; la difficulté, c’est d’appliquer celle qui est valable à la bonne situation.

. Notre mode de vie, dans une société où tout va vite, déforme notre vision de Dieu : c’est tout de suite que Dieu doit agir ; je prie et il se doit (puisque j’ai la foi) de répondre ; pas immédiatement, mais rapidement quand même… Que Dieu tarde dans sa réponse et cela ne cadre plus avec notre logique. Mais qui est-ce qui devrait changer ?

Face à notre logique d’un Dieu tout-puissant, qui se doit donc de répondre sans tarder (« puisqu’il est amour »), la Bible nous éclaire sur qui est Dieu : un Dieu dont la volonté est parfaite. Mais – ce qui nous aide à comprendre pourquoi quelques fois il tarde dans ses interventions – il semble  nécessaire de différencier sa volonté « décrétive » et sa volonté « permissive » : il y a les décrets (« Oui, dit l’Eternel, ce que j’ai décidé arrivera, ce que j’ai résolu s’accomplira », Es 14) : rien ne peut changer ces décisions. Et puis il y a ce qu’il permet, où entre en ligne de compte l’acceptation humaine ; par ex : « Dieu ne veut pas qu’un seul périsse ; il voudrait [dans le sens de : désire] au contraire que tous parviennent à se convertir » (2 Pi 3v9) : le salut est lié au « oui » de l’être humain. Dieu a créé l’être humain libre de choisir : Paul disait : « Dans les siècles passés, Dieu a laissé tous les peuples suivre leurs propres chemins » (Ac 14). Nous avons à vivre les conséquences, quelques fois dramatiques, de l’insoumission des autres vis-à-vis de Dieu. Et Dieu semble tarder… à moins que ce soit l’être humain qui tarde à se tourner vers lui.

. Nous pouvons ajouter que si Dieu permet le péché, c’est que son but est de « tout faire concourir au bien de ceux qui aiment Dieu » (Ro 8v28) ; les 3 amis de Daniel, à cause de leur fidélité à Dieu, sont condamnés à mort par le roi Nébucanetsar (Da 3) : Dieu permet une épreuve terrible mais il voit au-delà, à savoir le résultat pour ceux qui lui restent fidèles : à la fin, Nébucanetsar reconnaît qui est le vrai Dieu, les 3 amis reçoivent une promotion étonnante, après leur délivrance extraordinaire. Si Dieu semblait tarder et s’il n’est intervenu qu’au dernier moment (dans la fournaise !), ce n’était que pour mieux faire éclater sa puissance.

. En pensant d’un côté à ce qui, dans la vie, devrait être changé ou amélioré et qui ne l’est pas, et d’un autre côté à la prière pour que Dieu intervienne, la réaction peut être : « Pourquoi tarde-t-il à me changer profondément ? Mes travers me font souffrir ; et pourtant je demande à Dieu de me changer ». Face à cela, il me semble important : 1) de voir en quoi ma responsabilité est en jeu, en quoi je ne nourris pas par des lectures, des films, des fréquentations ce dont j’ai le désir d’être délivré ; 2) de comprendre l’action de Dieu (pas facile) : son plan est, en général, l’opposé d’un distributeur automatique qui fait tomber, dès que vous appuyez sur un bouton, ce que vous avez demandé ; en fait, Dieu œuvre pour nous préparer… pour le jour où nous serons devant lui. Dieu est celui qui nous « rend entièrement saints (à part pour lui) pour que nous soyons irréprochables lors de la venue de notre Seigneur Jésus-Christ » (1 Th 5v23). Y’a du travail… Mais Dieu prend son temps ; mais nous, nous réagissons en disant : « Dieu tarde, il est loin ce temps », mais lui nous voit dans la perspective de ce jour où nous serons devant lui et nous prépare pour le jour J.

Il y a 15 jours, j’ai entendu une interview de l’équipe de bobsleigh de France : ils sont 4 bénévoles qui après leur journée de travail font 2 heures d’entraînement ; ils devront prendre des journées de congés pour les JO à Sotchi en février. Ils font des sacrifices, « mais il faut que ça marche ! ». « On met toutes les chances de notre côté ; on a une expression entre nous : on se dit, dès qu’il y a quelque chose qui ne va pas dans le droit chemin : ‘est-ce que ça te rapproche de Sotchi ?’ »

Pour nous, enfants de Dieu, avons-nous cette perspective du moment où nous serons devant Dieu ? Est-ce que ça oriente ce que nous faisons ou pensons ou disons ? Est-ce que ça nous rapproche de Dieu ?

. Dieu répond « en son temps » ; et ce temps comporte non seulement notre vie mais aussi celle des autres. Quand Jésus part avec Jaïrus, il tient compte aussi de cette femme malade. Et cette parenthèse, en apparence dramatique pour Jaïrus et sa fille, se retourne en fait en bénédiction extraordinaire : ce ne sera pas seulement une guérison mais une résurrection qu’ils connaîtront. Non, Dieu n’est pas débordé par toutes les affaires en cours mais il agit en interaction avec d’autres, à l’opposé de nous qui, souvent, ne savons considérer que nos intérêts personnels. Avec le Seigneur, il n’est pas trop tard si on lui fait confiance.

. Et puis, ce retard de Dieu est notre salut : il ne nous punit pas en fonction de nos fautes ; à cause de sa justice et de sa sainteté, il ne devrait en aucun cas retarder son jugement, et nous sommes condamnables. Mais ce qu’il veut par-dessus tout, c’est nous voir revenir à lui et nous sauver ; et pour cela, il patiente. Pierre écrit : « Comprenez bien que la patience du Seigneur est le salut des hommes. Le Seigneur n’est pas en retard dans l’accomplissement de sa promesse, comme certains se l’imaginent ; il fait simplement preuve de patience à votre égard, car il ne veut pas qu’un seul périsse ; il voudrait, au contraire, que tous parviennent à changer de vie. Mais le jour du Seigneur viendra comme un voleur » (2 Pi 3).

. Que veut Dieu pour nous alors ? Roboam et le peuple de Juda avaient abandonné Dieu ; et Dieu fait venir l’ennemi qui bat Juda. « Mais les chefs d’Israël et le roi s’humilièrent et déclarèrent : ‘L’Eternel est juste’. Quand l’Eternel vit qu’ils s’humiliaient, il adressa une nouvelle parole : ‘Puisqu’ils se sont humiliés, je ne tarderai pas à les secourir’ » (2 Ch 12v7).

Dieu intervient quand on s’humilie devant lui. C’est quelques fois notre refus qui retarde son action pour nous.

. C’est encore un appel à la persévérance qui nous est donné, ainsi qu’à la confiance en Dieu, malgré les apparences.

. Nous pouvons nous interroger : est-ce Dieu qui tarde à agir ? Ou moi qui tarde envers lui ?

« Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, n’endurcissez pas vos cœurs »

Hébreux 4

Jean-Ruben

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