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Livre du prophète Amos; il y a 28 siècles, et aujourd’hui… ?

Livre d'Amos dans la Bible

Le prophète Amos a véçu voici 28 siècles… cela fait loin, très loin dans le temps ; et pourtant, même si bien des éléments diffèrent de notre époque, les ressemblances sont parlantes. Et cette période a de quoi nous interpeler.

Nous allons parler histoire, mais l’histoire n’a de sens que si on en tire des enseignements pour aujourd’hui. Le livre d’Amos nous paraît très lointain… ; mais en quoi est-il intéressant pour nous aujourd’hui ? Nous allons faire un survol de la période du temps d’Amos, pour ensuite voir les thèmes qu’il aborde, pour enfin tirer quelques enseignements.

1) « Au temps d’Ozias et de Jéroboam » (Amos 1v1).

C’est l’histoire d’un peuple, celui de Juda au sud, avec comme roi Ozias (792-740 av. J-C.) et celui du nord, Israël, dont le roi s’appelait Jéroboam (le deuxième du nom ; 793-753 av. JC.). Un petit siècle auparavant, ces 2 royaumes n’en formaient qu’un seul ; mais après le règne du roi Salomon, il y a eu division. Nous allons nous arrêter avec le prophète Amos sur l’Israël du nord, où il a été envoyé, certainement vers les années 770-760 av. JC.

Que nous révèle le message d’Amos ?

A ce moment-là, la prospérité économique est à son zénith. Le calme règne ; le pays est stable. Il faut dire que les anciens ennemis ont perdu de leur superbe : la Syrie, tant redoutée, a été affaiblie par l’Assyrie (plus au nord), qui elle-même est minée par des conflits internes. Jéroboam a pu, dans ce contexte favorable, reconquérir au nord des régions prises à l’époque de Salomon. Cette stabilité permet alors de multiplier les échanges commerciaux. L’essor économique permet au pays de vivre la meilleure époque depuis des décennies… mais plus pour longtemps.

Cependant, cette prospérité ne bénéficie qu’à la classe dirigeante qui accumule les richesses, possède des maisons luxueuses, passe de fêtes en banquets bien arrosés, en vivant dans l’autosuffisance ; elle se targue de ces bénédictions en croyant se reposer sur cette sécurité matérielle pour affirmer : « L’Eternel est avec nous ».

La face cachée de cette situation révèle la majorité de la population qui ne connaît pas cette prospérité. Même, la classe dirigeante abuse de ses pouvoirs pour se livrer à des actes de violence et à l’oppression ; la justice est corrompue dans les tribunaux. Les plus démunis sont réduits à l’esclavage dès qu’ils ont des dettes, même minimes.

Le fossé se creuse de plus en plus entre les riches et les défavorisés.

Pour ce qui concerne la vie religieuse, elle se dégrade également : le formalisme et l’hypocrisie caractérisent de plus en plus le culte rendu à l’Eternel ; et même, les sanctuaires construits pour honorer Dieu voient se développer les rites immoraux que les voisins cananéens pratiquaient. Au lieu de la piété vraie, on pratique des cérémonies où on se livre à l’idolâtrie.

Pourquoi aisance matérielle rime avec abandon spirituel et détérioration sociale ? Parce que l’on n’a pas besoin de Dieu quand on se suffit à soi-même ; et quand on est au centre de tout, on se fait un Dieu comme l’on veut et les autres n’ont plus de place. On est aveuglé : l’amour pour soi exclut l’amour pour Dieu et pour son prochain, qui sont tous alors méprisés.

Le tableau est déplorable et c’est dans ce contexte-là que Dieu envoie Amos prophétiser contre le royaume du nord.

Qui est le prophète Amos ?

Il habite la Judée à 20 km au sud de Jérusalem, sur la route de Bethléhem à la mer Morte. La région est montagneuse, à 850 m d’altitude. C’est un agriculteur qui est appelé par Dieu alors qu’il garde son troupeau. Il possède également des sycomores qui donnent des fruits consommés par le bétail.

Amos, un propriétaire aisé. Peut-être Dieu a-t-il appelé un tel homme pour que le message dont il était porteur ne soit pas perçu comme un discours de lutte des classes…

Il est un homme courageux qui accepte de lâcher son entreprise pour aller dénoncer les abus et annoncer le jugement de Dieu, qui conduira dans 4 décennies à la destruction du royaume du nord et l’exil du peuple.

2) Quel est le message que Dieu donne au prophète Amos ?

. Dans un premier temps (chap 1-2), Amos parle sur les nations voisines en terminant par Juda (dont Amos était issu) et enfin le royaume du nord, Israël. Les nations voisines sont condamnées pour leurs crimes de guerre, le commerce d’esclaves ; Juda l’est à cause de sa désobéissance à la loi de Dieu et de son idolâtrie, et Israël pour son abandon de Dieu et son mépris des lois sociales.

Pourtant Dieu était souvent intervenu pour le délivrer et lui avait accordé tant de bienfaits… C’est un peu comme un cyclone qui s’abat dont l’œil, le centre le plus terrifiant, est sur Israël.

 

. Ensuite (chap. 3-6), Amos dénonce les péchés d’Israël, sur le plan social, politique et religieux. Et comme il n’y a pas de retour à Dieu, ce peuple va subir la ruine : Dieu va envoyer une invasion militaire qui va provoquer la destruction de Samarie et du royaume du nord ; le peuple va être déporté.

Amos essaye d’ouvrir les yeux à ce peuple qui se retranche derrière les fausses sécurités matérielles. Leurs succès militaires leur font croire en leur puissance. Ils mettent leur confiance dans leurs pratiques religieuses et ils s’imaginent qu’ils peuvent alors contraindre Dieu à les bénir. A ce peuple qui se croit à l’abri de toutes les catastrophes à cause d’une mauvaise compréhension de l’alliance avec Dieu, Amos est clair : ce ne sont pas des rites qu’il faut pratiquer scrupuleusement qui permettent d’éviter le malheur, mais c’est vers l’Eternel qu’il faut se tourner, le comportement alors étant en accord avec sa volonté (en particulier dans les rapports sociaux).

Le prophète insiste en dénonçant ce qui fait leur fierté, à savoir leur religion avec ses fêtes et ses rites qui paraissent religieux. En fait, ils sont en opposition totale à Dieu. Ils semblent si près de Dieu mais ils en sont en fait si éloignés.

Où est le problème ?

Ils ne manifestent pas d’engagement personnel envers Dieu ; ils continuent à concevoir leur religion comme lorsqu’ils sont sortis de l’Egypte dans le désert : on offre des sacrifices à l’Eternel tout en adorant des idoles. La superficialité de l’engagement envers Dieu entraîne des compromis spirituels.

Mais le Seigneur espère encore un changement possible, malgré l’attitude de son peuple : l’appel à se préparer à ce jour de jugement est encore une offre à revenir à lui, et alors le châtiment serait évité.

 

. La troisième partie du message d’Amos (chap. 7-9) annonce aussi des catastrophes sur le plan agricole, mais suite à la prière du prophète, Dieu y renonce. Ensuite, c’est la prédiction de la fin de la royauté et de celle du royaume du nord. Amos cette fois-ci n’intercède plus pour un changement du plan divin.

A ce moment-là, on voit apparaître Amatsia, le prêtre du sanctuaire de Béthel qui intervient… pour faire taire Amos : sous la coupe du roi, il se sait lui aussi menacé dans sa fonction. Mais Amos continue à délivrer son message.

La dernière vision révèle Dieu qui exerce son jugement d’une manière irrémédiable. La cupidité, la malhonnêteté des commerçants en particulier sont autant de fruits révélateurs du refus de se tourner vers Dieu. Malgré les appels à revenir à Dieu encore à ce moment-là, le peuple n’a pas changé : le jugement va tomber.

Ce sera en 722 av. JC. que les Assyriens vont l’accomplir ; Samarie sera détruite, la grande majorité des israélites déportés. Le royaume du nord, Israël sera rayé de la carte ; les samaritains en seront les descendants, méprisés par les juifs.

. Mais à la fin du dernier oracle il est question d’un avenir plus lointain : oui, l’Eternel restaurera le royaume de David avec seulement un petit nombre, et les autres peuples lui seront joints.

 

Il se trouve donc dans ce message (vers 750 av. JC.) la perspective de la venue du Messie et l’incorporation des non-israélites dans le peuple de Dieu. C’est ensemble qu’ils participeront à la restauration du peuple de Dieu ; une restauration spirituelle, l’Eglise, le peuple de Dieu. La prospérité qu’ils connaîtront sera alors plus grande que celle qu’ils n’ont jamais connue.

3) Quelques enseignements généraux du livre d’Amos :

. Ils pourraient se résumer à ce qu’il est dit sur Dieu et sur son peuple. Au fil du livre, quelques paroles nous révèlent qui est Dieu. Au travers de prières à la gloire de Dieu, on se rappelle ainsi qu’il est le Dieu Créateur (4v13) : cela souligne sa puissance ; ou encore son autorité sur l’histoire (5v8-9) ; ou sa souveraineté, lui qui demeure au ciel (9v5-6).

  • Oui, Dieu est le Dieu des armées célestes ; il est le Maître,… un Maître à qui Israël résiste.
  • Seul il est Dieu et les idoles ne sont que néant ; illusoire est la confiance qu’on peut avoir en des objets qu’on adore ou en des rites qu’on s’est fabriqué.
  • Ce Dieu n’est pas un Dieu dont on pourrait acheter les faveurs par des offrandes ou des sacrifices. Il n’est pas un Dieu qui se laisserait enfermer dans un sanctuaire, pas plus que dans une religion, surtout faites de lois et de rites humains.Dieu a traité une alliance avec son peuple : le choix de Dieu parle de sa souveraineté et non pas d’une supériorité de ceux qui sont choisis.

Mais il y a 2 affirmations qui complètent le sujet :

  • Cette alliance peut être rompue si le peuple abandonne Dieu et s’il rend un culte à Dieu à la manière des peuples païens qui adorent leurs idoles (mais pourtant Dieu renouvelle ses appels à revenir à lui, malgré les refus répétés du peuple ; cela souligne la responsabilité humaine et la liberté que Dieu laisse) ;
  • Dieu juge ceux qui, délibérément le rejettent, mais il est fidèle à son alliance et il conservera un reste qui sera son peuple. D’autre part, il y a l’affirmation de l’ouverture du salut à tous les peuples.

Déjà du temps d’Amos, Dieu a délivré d’autres peuples, comme Israël de l’Egypte (9v7) ; mais il annonce l’incorporation des différents peuples qui constitueront son peuple.

. Amos prône le changement de comportement dans le domaine social à cause de l’oppression des pauvres et des injustices sociales. Mais celui-ci, même s’il est très important, n’est que le révélateur d’un problème plus profond : il est d’ordre spirituel, lié à la relation avec Dieu. Et Amos n’appelle pas tant à une transformation sociale de la société qu’en priorité à un retour profond à Dieu ; il n’y a pour lui pas de pratique du bien sans d’abord un retour à Dieu.

 

L’interpellation d’Amos dépasse le cadre historique de cette période : « Prépare-toi à rencontrer ton Dieu » (4v12). Et pour ceux qui sont prêts, leur vie, en particulier dans leurs rapports avec leurs prochains, doit être en harmonie avec la volonté de Dieu. La relation avec lui le place au centre de la vie et non soi-même au centre.

 

En fait, la période « au temps d’Ozias et de Jéroboam » n’est pas si éloignée que ça de la nôtre. Les désirs et les problèmes de l’être humain sont bien les mêmes ; et la solution aussi : Dieu nous dit aujourd’hui encore : « Tournez-vous vers moi et vous vivrez » (5v4, 6).

Jean-Ruben

(J’ai pioché la plupart des éléments dans l’introduction du livre d’Amos dans la Bible du Semeur.)

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