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Luc 17v7-10 : Nous, des serviteurs inutiles … ?

Sommes nous tous des serviteurs inutiles ?

Je ne sais pas comment réagiraient l’équipe de la colo, ou les parents ou grands-parents de s’être donnés corps et âme pour leurs enfants, de s’être décarcassés pour eux, de s’être levés à cause d’un cauchemar à 2 heures du matin, à cause de problème de ventre ou de l’orage, de leur avoir fait un menu sur mesure, et de s’entendre dire un jour : « Vous êtes des animateurs, des grands-parents, des parents, des serviteurs inutiles … » Il ne faudrait pas exagérer !!

Quand Jésus parle de ce maître qui dit à son serviteur qu’il est inutile, Jésus cultiverait-il un sentiment de dépréciation, de dévalorisation ? A l’évidence, cette compréhension n’est pas en accord avec bien d’autres textes où Dieu affirme combien chacun est important aux yeux de Dieu. Alors, qu’est-ce que Jésus veut enseigner ?

Nous nous arrêterons sur la notion de serviteur pour ensuite voir les différents sens du mot inutile (et surtout de son contraire : « utile ») ; ce sera… utile dans nos relations avec les autres et avant tout dans notre relation avec le Seigneur.

1) « Serviteur » : une notion dépassée ?

Aïe… aujourd’hui, ça coince : pas avant tout parce qu’on aimerait être à la place du patron pour pouvoir commander (on n’a pas envie de responsabilité), avoir du pouvoir sur les autres (quoique) mais plutôt parce qu’on veut faire ce que l’on veut, quand on veut, comme on veut.

Mais malheureusement, le fait que chacun soit son propre chef ne peut mener qu’à la destruction.

J’avais sur une carte cette phrase : « Il fait bon vivre quand on vit pour les autres ». Einstein écrivait : « Seule une vie vécue pour les autres vaut la peine d’être vécue ». On peut être d’accord avec cela et vivre pour soi malgré tout…

L’égocentrisme n’est pas du tout le message de la Bible ; du début à la fin, dans tous les domaines de la vie, Dieu appelle à vivre pour les autres. Jésus, dans cette parabole, montre que l’esprit du serviteur se caractérise par le fait qu’il vit, non pour lui-même, mais pour les autres (même à la fin de la journée).

En fait, c’est la caractéristique de l’amour : « L’amour ne cherche pas son propre intérêt » (1 Co 13) ; « Considérez les autres comme plus importants que vous-mêmes » (Philipiens 2v3). Cela se vit au niveau du couple, dans les relations parents-enfants, au sein de l’Eglise, vis-à-vis de tous.

Le mot « serviteur » est mal vu aujourd’hui : on lui préfère « volontaire ». Mais Dieu semble ne pas chercher des volontaires. On imagine Dieu : « Je cherche des pères volontaires pour s’occuper de leurs enfants. Qui veut être un conjoint volontaire pour vivre pour l’autre ? » Et peut-être pas plus dans le domaine matériel : « Qui est volontaire pour faire le ménage ici ? »

Dieu ne cherche pas tant des volontaires que des serviteurs ; des hommes et des femmes, des jeunes et des moins jeunes qui acceptent de laisser leur intérêt personnel pour vivre pour les autres.

On parle d’un état d’esprit plus que d’un domaine particulier où il faudrait le vivre.

Si Dieu agit dans les familles, dans les couples, dans l’Eglise, dans la société, c’est par des serviteurs qui se donnent.

En parlant de cette attitude de service, Jésus (après avoir lavé les pieds de ses disciples) dit : « Vous êtes heureux si vous savez ces choses, pourvu que vous les pratiquiez » (Jean 13).

2) « Inutiles » : une affirmation qui déprécie ?

Jésus parle-t-il de ceux qui vivent pour lui comme ne servant à rien… ? Cette traduction est tellement surprenante qu’il nous faut creuser un peu plus. Ce mot a, en fait, plusieurs facettes complémentaires ; d’autre part, le contexte – avant et après notre parabole – nous aidera à mieux approcher le sens.

– Ce mot a un lien avec la notion de « dette », dans le sens que le maître devrait quelque chose à son serviteur. Ce dernier pourrait agir avec la pensée de recevoir un dédommagement, un salaire (une traduction indique : serviteurs sans mérite particulier) ; la réponse du maître alors montre qu’il n’est pas normal que le serviteur revendique un salaire.

Jésus vient de faire des reproches aux pharisiens : ils servent Dieu à leur manière : ils sont fiers d’obéir à la Loi, eux, avec la pensée de mériter alors la bénédiction de Dieu grâce à leurs œuvres. Servir Dieu, obéir à ce qu’il demande devient pour eux le moyen d’obtenir ce que Dieu leur doit. Ce sont eux qui sont au centre de tout, Dieu étant leur serviteur.

Ce ne sont plus les serviteurs de la Parole de Dieu, ils en sont devenus les patrons. Ils ne vivent pas pour honorer Dieu mais pour se glorifier (Luc 17v15, 18v9-14).

Le service devient un chantage : je fais pour toi, donc tu me dois.

Peut-être connaissons-nous des familles où tout service rendu se monnaye en contrepartie ; le risque est que le service gratuit, sans automatiquement recevoir quelque chose en retour, ne fera jamais partie de leur vie. On peut agir (avec amour) pour qu’il y ait, en fait, retour sur investissement, pour qu’on soit gagnant.

En tant que parents, on peut vivre pour les enfants pour qu’en retour on reçoive leur amour ; on peut être gentil avec son conjoint pour en récolter quelques bons fruits ; on peut servir dans l’Eglise pour être reconnu, valorisé ; ou tout simplement pour trouver une occupation.

Jésus nous invite à vivre au service des autres sans chercher à recevoir quelque chose comme but premier ; sinon nous prouvons que nous nous aimons plus que nous n’aimons les autres.

– Un autre sens du mot « utile » est « indispensable, dont on a besoin ». Le serviteur peut-il réagir ainsi : « Sans moi, que serait mon maître…!? La terre ne s’arrêterait pas de tourner, mais quand même… »

Le contexte qui suit la parabole montre 10 lépreux ; ces hommes savent qu’ils ne sont rien : ils sont esclaves… de la lèpre. Le problème pour 9 d’entre eux, c’est, qu’une fois guéris, ils n’ont pas su être reconnaissants.

La reconnaissance est un acte par lequel on reconnaît l’importance de l’intervention de celui à qui on dit merci. Un seul a reconnu qu’il était inutile dans sa guérison et que c’était grâce à Jésus qu’il était guéri. A l’opposé des 9 autres (des juifs semble-t-il) qui, eux, n’ont pas pensé qu’ils n’étaient pour rien dans leur guérison, ce samaritain venait reconnaître que seul Dieu pouvait être efficace : « Il revint sur ses pas, louant Dieu ; il se prosterna aux pieds de Jésus et le remercia » (Luc 17v15-16). Cet homme caractérise ce que Jésus veut enseigner.

La tentation pour nous aussi est de penser que c’est grâce à nous que nous réussissons.

Ce que Jésus enseigne, c’est que la reconnaissance vraie révèle que l’on dépend de Dieu réellement ; c’est de lui que sont toutes choses ; c’est grâce à lui que nous avons de beaux enfants (même si c’est nous les parents) ; « merci, Seigneur, pour mes biens, mon salaire ; pour les personnes nouvelles dans l’Eglise, pour les dons pour la construction, pour la colo qui s’est bien déroulée : oui, c’est grâce à ton intervention ».

« Non pas à nous, ô Eternel, non pas à nous la gloire, mais à toi seul, pour ton amour et ta fidélité » (Psaume 115v1).

3) Quelques conséquences :

Peut-être pensons-nous que c’est déjà bien que nous soyons croyants, que nous croyons que Dieu existe. Pourtant, ce qu’il nous demande, c’est que nous vivions pour lui. Notre vie devrait être centrée non sur nous mais sur Dieu, avec le désir de lui soumettre notre vie dans tous les domaines. C’est  l’attitude normale à ses yeux.

Si nous pensons mériter quelque chose de la part de Dieu, que notre vie est suffisamment bien (surtout par rapport à beaucoup d’autres personnes) et que nous sommes bénis en conséquence, nous faisons fausse route.

Nous trouvons que ceux qui pensent être sauvés en raison de leurs œuvres (et ils sont des milliards à le penser) sont dans l’erreur, alors n’ayons pas le même raisonnement pour notre marche avec Dieu (voir Colossiens 2v6-7).

Nous pouvons facilement penser que nous sommes quand même – un peu – supérieurs à certains qui sont en prise avec des problèmes non résolus.

Parce que nous ne sommes pas adicts, parce que nous maîtrisons notre comportement, nous oublions que Dieu nous appelle à continuer à vivre plus purs pour lui ; notre marche pour vivre comme Dieu le demande n’est pas terminée. Quelque soit notre âge.

Est-ce que cette attitude fait de nous des éternels insatisfaits ou des culpabilisés chroniques ? Pas du tout à condition de vivre décentrés de nous-mêmes : le serviteur fidèle vit pour son maître ; tout est centré sur lui.

Si nous estimons que nous sommes bénis dans notre vie de famille parce que nous sommes de bons parents comme Dieu le demande, nous sommes dans la perspective du serviteur qui pense mériter ces bénédictions ; nous ne nous estimons pas si inutiles que ça. « J’ai fait tout ce que je devais faire pour en arriver à cette réussite ! »

Cette fierté est-elle légitime ? D’un point humain, certainement ; mais devant Dieu, c’est mépriser sa grâce qui ne peut se mériter.

Devant Dieu, c’est s’octroyer un pouvoir qui ne devrait revenir qu’à Dieu. Et si nous estimons que notre éducation est un échec sur certains points, recentrons-nous sur l’essentiel, à savoir : comment est-ce que je peux servir Dieu encore maintenant ?

Cela n’implique pas du tout le fait de ne pas s’engager, d’arrêter d’être serviteur, de ne plus agir, de ne plus chercher à vivre ce que Dieu demande ; la certitude de la souveraineté de Dieu, de son action essentielle n’exclut pas le fait de servir Dieu. Mais l’attitude normale est de continuer à le servir, humblement. L’orgueil est certainement le problème le plus subtil pour nous.

Quel est  le problème de l’Eglise de Laodicée, dit le Seigneur ? « Tu dis : ‘Je suis riche ; je me suis enrichi ; je n’ai besoin de rien’ [quand nous ne prions pas, c’est ce que nous pensons]. Et tu ne te rends pas compte que tu es misérable et pitoyable, que tu es pauvre, aveugle et nu ! Aie du zèle et repens-toi : voici, je me tiens à la porte et je frappe ; si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte [voilà notre responsabilité], j’entrerai chez lui et je dînerai avec lui et lui avec moi » (Apocalypse 3v16-20).

Un promoteur immobilier voulait acheter une petite maison et son terrain. Alors le propriétaire a fait toutes les réparations pour qu’elle soit la plus belle possible. Il en était fier. Mais aussitôt l’acte notarié signé et le chèque reçu, le chantier a commencé et la maison démolie. « Moi qui ait eu tant de peine pour la réparer… ».

Dieu ne veut certainement pas détruire tout ce que nous sommes, mais nous sommes dans l’erreur de penser que grâce à nos efforts, nous serons à la hauteur de la bénédiction de Dieu. Il est essentiel par contre de lui donner tout, de se donner à lui : lui seul peut nous transformer.

 « Celui qui est uni au Christ est une nouvelle créature. Tout cela est l’œuvre de Dieu qui nous a réconciliés avec lui par le Christ ; c’est pourquoi nous vous en supplions : soyez réconciliés avec Dieu » (2 Corinthiens 5v17-21).

Il y a des actions qui ont une portée éternelle ; il n’y a rien de plus utile et d’indispensable que cela.

Dans quel domaine je devrais demander :

« Seigneur, je veux arrêter de penser que je suis arrivé ou de penser que je mérite quelque chose à tes yeux. Je veux vivre à ton service, pour toi, là où tu me places ; et persévérer. »

Jean-Ruben

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