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Hébreux 12v15 : L’ amertume selon la Bible

L'amertume dans la Bible

Il y a des sentiments qui sont bien cachés,… et qui vous empoisonnent la vie et la rendent bien pénible ; un de ces sentiments est l’amertume. Pour en avoir conscience, l’auteur de l’épître aux Hébreux écrit : « Veillez à ce que personne ne passe à côté de la grâce de Dieu, qu’aucune racine d’amertume ne pousse et ne cause du trouble en empoisonnant plusieurs d’entre vous » (Hébreux 12v15). Qu’est-ce que l’amertume selon la Bible ? A part une maladie des vins, ou la composante des aliments amers, l’amertume est par définition « un sentiment durable de tristesse mêlée de rancœur, lié à une humiliation, une déception, une injustice ».

Nous avons tous plus ou moins subi des blessures qui ont laissé des traces, qui peuvent se manifester toute une vie, que nous ressassons et qui nous rendent la vie plus ou moins amère. J’estime qu’une personne qui m’a fait subir une souffrance me doit réparation ; et quand cela n’est pas, l’amertume se développe. Cette injustice reste dans ma mémoire et crée du poison.

Qu’est-ce que Dieu veut faire dans ce cas ? Que nous demande-t-il de faire ?

Les causes principales du sentiment d’ amertume :

C’est évident : tout dépend de notre capacité à surmonter un évènement, mais les circonstances douloureuses minent et contribuent à créer l’amertume ; comme la vase qui se dépose au fonds de notre inconscient pour troubler durablement nos pensées, nos paroles, nos actes et perturber nos relations ; et cela, sans que nous comprenions toujours pourquoi. D’où vient l’amertume ? Quelques exemples bibliques peuvent nous aider à nous comprendre mais aussi à comprendre les autres.

Les épreuves : quand la belle-mère de Ruth, Naomi, revient à Bethléhem, elle dit : « Ne m’appelez plus Naomi ; appelez-moi Mara (amer), car le Tout-puissant m’a remplie d’amertume » (Ruth 1v20) ; pourquoi ? Son mari Elimélec était mort puis ses 2 fils, Maklon et Kiljon. Cette accumulation de blessures profondes l’empêchait de voir la vie normalement. Elle n’avait aucune joie de revenir dans son pays, sa ville. L’amertume vient de ce qu’elle avait perdu ce qu’elle avait de plus cher.

. Elisée était invité souvent chez une femme de Sunem (2 Rois 4). Elle avait eu miraculeusement un fils qui meurt, brutalement. Quand elle arrive devant Elisée, il comprend combien cette mère est dans l’amertume ; elle avait réussi à la cacher puisque ni son mari, ni Guéhazi ne l’avaient perçu, mais elle n’en était pas moins profonde. Malgré sa foi qui était grande.

. L’éloignement des enfants, de ceux que nous aimons est une épreuve qui nous entraîne dans l’amertume et le chagrin (Proverbes 17v25). Quelques fois, nous vivons ce que David a connu, avec ses soldats, quand l’ennemi est venu prendre tous leurs biens ainsi que leurs femmes et leurs enfants (1 Samuel 30). La réaction de David et de ses hommes a été l’effondrement. « Tous étaient pleins d’amertume, en pensant chacun à ses enfants ».

. Job est celui qui emploie le plus le mot amertume dans la Bible ; pourquoi ? Il a vécu le décès de ses enfants, la perte de sa santé, de ses biens, l’accusation injustifiée de ses amis et de sa femme. De quoi être noyé dans l’amertume et la rancœur.

D’autres textes vont plus loin pour expliquer l’amertume : Certaines causes relèvent de la responsabilité personnelle. Elles peuvent être liées au péché ; l’amertume peut être la conséquence d’une attitude de désobéissance par rapport à ce que Dieu veut.

. En parlant des malheurs qui s’abattent sur Israël (7° si. av. JC), Jérémie concluait : « Sache et vois combien il est amer de t’être détourné de l’Eternel ton Dieu et de ne plus avoir de respect pour lui ». L’amertume peut avoir pour origine l’abandon de Dieu ; Jérémie parle de la ruine, de la défaite et de l’amertume qui remplit les habitants de Jérusalem ; pourquoi ? « Car l’Eternel l’a affligée pour ses nombreux péchés » (Lamentations 1v4-5). L’attitude de rejet de Dieu entraîne tous les êtres humains dans la triste expérience de l’amertume : l’apôtre Paul, après avoir affirmé « qu’il n’y a pas un juste, tous sont égarés, pas un qui cherche Dieu » (Rois 3v10), parle d’une des conséquences de cette vie sans Dieu : « Leur bouche est pleine d’amertume » (v14) : ils répandent l’aigreur autour d’eux par leurs paroles.

. Le roi Salomon (Proverbes 5) met en garde ceux qui ne prennent pas au sérieux l’enseignement de Dieu au sujet des relations sexuelles : l’amertume est une des conséquences des pratiques sexuelles hors mariage. « J’ai découvert, écrit-il, quelque chose de plus amer que la mort : c’est une femme dont le cœur est un guet-apens et un piège, et dont les bras sont des chaînes. Celui qui jouit de la faveur de Dieu échappera à ses griffes mais le pécheur s’y laissera prendre » (Ecclésiaste 7v26).

. Il est d’autres pièges qui engendrent le même résultat : Pierre, face aux affirmations de ceux qui le reconnaissent comme un disciple de ce Jésus qu’on est en train de condamner, ment et renie à 3 reprises son maître. Et quand il prend conscience de son péché, « il pleura amèrement » (Luc 22v62). La tristesse et la rancœur envers lui-même l’anéantissent.

Les fruits de l’amertume :

Peut-être sommes-nous dans une de ces situations évoquées. Peut-être depuis des années l’amertume nous ronge.

L’amertume fait mal mais cette aigreur n’est pas seulement psychologique : elle peut entraîner des aigreurs sur le plan physique et elle peut détériorer d’autres domaines : elle perturbe les relations avec les autres : les soldats de David, alors qu’ils viennent de découvrir qu’ils avaient perdu leurs familles et leurs biens, se retournent contre… leur chef : « Ils parlaient de tuer David à coups de pierre ». Les relations sont chamboulées ; la bonne entente s’est transformée en rejet, et cela est le travail de l’amertume. Cela peut expliquer pas mal de réactions d’agressivité dont l’origine peut être une blessure passée non cicatrisée.

Jacques parle de celui qui est rempli d’une amère jalousie (Jacques 3v14, 16) et alors habite là « le désordre et toutes sortes de pratiques indignes ». Je peux m’interroger quand je crée des tensions, des disputes, si la raison n’est pas plus en amont, à cause d’une amertume tapie au fond de ma conscience mais qui fait des ravages incontrôlés. Je peux aussi dépasser la dispute que je subis pour essayer de comprendre quelle est l’amertume de l’autre.

Elle perturbe ma relation avec Dieu : Naomi en arrive à accuser Dieu quand elle dit : « Le Tout-puissant m’a remplie d’amertume et m’a affligée ». C’est sa faute si je suis autant accablée. Et pourtant, malgré ces propos d’accusation, Dieu l’a bénie : il ne s’arrête pas à ces réactions parce qu’il voit le cœur. Même réaction chez la sunamite : elle accuse  Elisée, le prophète, de l’avoir trompée en lui ayant donné miraculeusement un fils et en le faisant mourir ensuite.

 

L’amertume, dans sa logique intraitable, rend responsable Dieu ; elle dérègle la pensée et les réactions. Elle perturbe intérieurement : dans Proverbes 31v6-7, celui qui a de l’amertume essaie de la noyer dans l’alcool, pour oublier, fuir le poids qui l’écrase et essayer de guérir. Mais les conséquences de cette fuite sont lourdes, souvent dramatiques. Alors, n’y a-t-il pas d’autres moyens de guérison ?

Les réponses de Dieu sont à différents niveaux :

. Notre soutien et notre aide vis-à-vis de ceux qui vivent dans l’amertume : l’attitude de Ruth est remarquable : « Orpa (l’autre belle-fille de Naomi) embrassa sa belle-mère mais Ruth s’attacha à elle » (Ruth 1v14) ; cette attitude est celle qui, à longue échéance, a permis à celle qui était remplie d’amertume d’être guérie ; et à Ruth d’être bénie. Elle a manifesté un soutien rempli d’amour, dans la persévérance. Je relève le fait que Ruth elle-même aurait pu attendre des autres une aide : elle était sans enfant, son mari était décédé ; mais sans accuser les autres de ne pas répondre à ses attentes, sa guérison a été dans le fait de vivre pour les autres.

L’épisode de la sunamite est instructif : l’attitude du serviteur d’Elisée est le rejet : « Il s’approcha pour la repousser » (2 Rois 4v27) : face à ceux qui sont remplis d’amertume, il est facile de réagir de la même manière. Sans chercher à comprendre, nous pouvons enfoncer plus que relever. Elisée, au contraire, s’intéresse à elle et veut chercher à savoir ce qui cause son affliction si grande.

Face à l’amertume de ses soldats, comment David réagit-il ? Tout se liguait contre lui, ce qu’il vivait comme épreuve et l’opposition de ses proches. Quelle a été sa réaction qui a permis de calmer cette amertume ? « David puisa de nouvelles forces en se confiant en l’Eternel son Dieu » et : « Il consulta l’Eternel » (1 Samuel 30v6, 8). Le résultat ? Les hommes ont arrêté de vouloir déverser sur lui leur rancœur ; ils vont ensuite constater que Dieu va aplanir leur chemin et les guérir en leur rendant femmes et enfants.

Notre amour persévérant et notre confiance en Dieu : voilà des moyens qui amènent à la guérison ; et souvent, la nôtre passe par le désir de les vivre envers les autres. « Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir » (Actes 20v35).

Et pour ce qui concerne notre responsabilité personnelle vis-à-vis de notre amertume ?

Il s’agit d’abord de prendre conscience du danger de laisser l’amertume nous aigrir ; sinon, cette vase troublera notre comportement et nos relations. « Veillez à ce qu’aucune racine d’amertume ne pousse et cause du trouble en empoisonnant plusieurs d’entre vous » (Hébreux 12v15). En s’adressant aux chrétiens d’Ephèse, Paul dit : « Faites disparaître toute amertume du milieu de vous » (Ephésiens 4v31) ; il s’agit ici des relations mutuelles perturbées et du poison qui les contamine. Il faut extirper le mal et non seulement se persuader qu’avec le temps, tout s’en va… la guérison ne peut être alors que superficielle, et le poison fait son œuvre en silence.

Une autre partie de la réponse de Dieu est le fait de s’en décharger… sur Dieu : « Déchargez-vous sur lui de tous vos soucis » (1 Pierre 5v7) ; Anne a manifesté cette confiance : son impossibilité d’avoir un enfant la rendait aigrie. « Pleine d’amertume, elle pria l’Eternel » (1 Samuel 1v10) ; et suite à cela, « elle s’en alla et son visage ne fut plus le même ».

La vie du prophète Jérémie a été une succession de rejets, si bien qu’il a écrit « les lamentations » ; il y fait référence à ce que le peuple d’Israël lui a fait subir, qui était un véritable poison : «  Mon peuple m’a abreuvé d’absinthe » (Lamentations 3v15) ; il parle de « sa souffrance, du poison, de l’absinthe dont il est abreuvé » (v19). Et le fait qu’il ressasse cela le détruit davantage encore (v20). Et puis il y a un « mais » qui change tout (v21) : « Mais voici ce que je veux me rappeler et qui me donne de l’espérance : les bontés de l’Eternel ne sont pas à leur terme et ses tendresses ne sont pas épuisées. Chaque matin, elles se renouvellent. Oui, ta fidélité est grande ! J’ai dit : ‘L’Eternel est mon bien’, c’est pourquoi je veux espérer en lui » (v21-25).

L’amertume est née et s’est développée à cause de l’injustice de n’avoir pas été réparée ; j’a i été blessé et l’offenseur court toujours. C’est là certainement qu’il faut faire un lien avec la première partie du verset : « Veillez à ce que personne ne passe à côté de la grâce de Dieu ». La grâce est le pardon immérité. Dieu nous propose de la vivre sans qu’il exige de notre part une réparation juste. Dieu nous remet la dette.

Et moi vis-à-vis des autres alors ?

Je suis invité de même à remettre la dette de celui qui m’a offensé et ne plus vouloir le voir condamné (parce que je ne peux pas l’obliger) pour être apaisé et ne plus être frustré.

Quand Israël a été délivré de l’esclavage en Egypte, après la traversée de la Mer Rouge (ce qui parlait de délivrance), leur amertume n’était pas encore à son comble : arrivés à une réserve d’eau, il s’est avéré qu’elle était « amère » (Mara) ! La réponse de Dieu a été un arbre ; et quand Moïse l’a jeté dans cette eau amère, elle est devenue douce (Exode 15v22-27). Pour connaître, au lieu des « racines de l’amertume », la douceur, la paix, la guérison de ces rancœurs, il est question d’un autre arbre : dans sa vision qu’il relate dans l’Apocalypse, Jean décrit (Apocalypse 22v2) : « Il y avait au milieu de la ville et sur les 2 bords du fleuve un arbre de vie dont les feuilles servaient à la guérison des nations ». C’est une invitation à venir à celui qui délivre de l’amertume, qu’elle soit causée par notre conjoint, nos parents, notre patron, des chrétiens, ou à cause de notre propre péché, ou suite aux épreuves que nous avons traversées. Par son Esprit, il veut continuer à nous transformer. Le voulons-nous ? Le croyons-nous ? Pour cela, il nous demande de nous abandonner à lui.

Jean-Ruben

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