1874, Avenue du Général Leclerc 47000 AGEN
05 53 96 84 32 eem.agen@umc-europe.org

Esaïe 39 : L’apparence et la réalité

L’apparence et la réalité

Si nous lisons le grand livre d’Esaïe (VIIIème si. av. JC) nous y trouvons 2 parties (qui sont des interpellations envers Israël) ; et entre les 2 se trouvent 4 chapitres historiques centrés sur le roi Ezéchias (chap. 36-39 ; ces récits relatent des faits qui se sont déroulés entre 703 et 701 av. JC).

Les 3 premiers de ces chapitres relatent la foi du grand roi Ezéchias et les interventions extraordinaires de Dieu tandis que le dernier de ces 4 chapitres termine cette partie charnière sur une note douloureuse : l’attitude d’Ezéchias entraîne le jugement de Dieu (la déportation d’Israël, 100 ans plus tard) ; cela introduit la partie du livre d’Esaïe pour les chapitres 40 à 66.

Nous pouvons discerner dans ce récit d’Es 39 deux visages d’Ezéchias. Le prophète Esaïe décrit cet épisode d’après les réactions louables du roi Ezéchias ; mais ce n’est qu’à la lumière du jugement de Dieu, énoncé à la fin par la bouche d’Esaïe que l’on se dit qu’elles sont certainement beaucoup moins louables que ce que l’apparence montre.

1) Première version : « Qu’est-ce qu’ils sont bien, tous ! »

. Mérodak-Baladan, d’abord : il est le roi de Babylone, qui est loin encore d’être le grand empire. Il règne à 1500 km de Jérusalem… ! Mais les nouvelles circulent bien (malgré le désert entre les 2 ; le téléphone arabe existait peut-être déjà !) : le roi de Juda a été gravement malade mais il s’est bien remis ! Alors Mérodak-Baladan se dit : « Il faut aller lui dire que j’en suis très heureux ! » Et donc il envoie une ambassade, avec une lettre officielle royale et un beau cadeau. Quel geste attentionné ! C’est remarquable de courtoisie et d’attention !

. Ezéchias, lui, a déjà prouvé ses hautes qualités humaines, spirituelles, militaires. Et en voyant combien cette ambassade lui témoigne une grande sollicitude, à son tour il ouvre son cœur, c’est-à-dire ses richesses. On est obligé d’être gentil avec ceux qui sont gentils… même si ce sont des ennemis. Ezéchias se dévoile ; il est transparent face à ceux qui sont généreux…

Voilà un épisode qui semble démontrer  qu’entre gens qui sont des guerriers sans scrupules, il peut y avoir des sentiments louables et bien nobles. C’est beau, ça fait du bien dans un monde de brutes !

Mais comment comprendre alors la réaction du prophète Esaïe !? Encore un de ces rabat-joie qui ne sait pas dépasser ses a priori négatifs ! Sa réaction vis-à-vis d’Ezéchias est violente, et il semble que ce soit Dieu qui l’inspire : « Ecoute ce que dit le Seigneur des armées célestes ! Un jour viendra où tout ce qui est dans ton palais sera emporté à Babylone. Plusieurs de tes propres descendants deviendront serviteurs dans le palais du roi de Babylone » (Es 39v6-7).

Y aurait-il autre chose de caché derrière ces actes de générosité ? Peut-être ne faut-il pas s’arrêter à l’apparence… Dieu affirme par là voir au-delà de ces attitudes louables.

Voir au-delà de l’apparence… C’est un peu comme l’histoire de ce couple qui rend visite à un autre couple. En repartant, ils se félicitent : « Notre visite a dû leur faire bien plaisir : tu as vu comme ils étaient tristes quand nous sommes arrivés, et leur sourire quand nous sommes partis ? »

La générosité de Mérodak-Baladan et l’ouverture d’Ezéchias cachaient d’autres réalités qu’on peut ne pas discerner si l’on ne regarde pas au-delà de l’apparence.

2) Deuxième version : « Qu’est-ce qu’ils sont calculateurs ! »

En fait, dans la course au pouvoir, il s’agit de savoir sur qui on peut compter. Un peu comme une échappée au Tour de France cycliste où l’on cherche à collaborer avec ceux… qu’on fera tout pour battre à la fin.

. Mérodak, à Babylone, veut prendre le pouvoir à Sanchérib, roi de l’Assyrie qui domine depuis une longue période le monde de l’époque. Et il va essayer, par des cadeaux, d’acheter des alliances, en particulier avec Israël pour faire bloc contre les assyriens.

. Et pour Ezéchias qui voit l’armée assyrienne avancer vers Jérusalem comme un rouleau compresseur, quoi de plus formidable, face à l’armada assyrienne, de faire alliance avec les babyloniens ?

Alors, il ouvre ses trésors : il veut en mettre plein la vue à l’ambassade babylonienne pour montrer qu’il pouvait lever et entretenir une armée. Oui, il peut être un allié de poids pour les babyloniens contre les assyriens ! Ensemble, ils pourront être efficaces !

En fait, tous les 2 sont calculateurs ; la générosité cache un intérêt personnel, égoïste qui n’est pas centré sur l’autre mais sur soi. Ils sont prêts à ruser pour se mettre l’autre dans la poche. Le pire, c’est de constater qu’Ezéchias ne le discerne pas : « Ezéchias se sentit flatté de la venue des envoyés babyloniens » : dans sa naïveté, il ne voit que le fait d’être considéré comme un allié à la hauteur du roi babylonien. « Il devint orgueilleux » à cette occasion, dit l’auteur de 2 Ch 32v25 ; et l’orgueil aveugle. En fait, l’orgueil a remplacé la reconnaissance envers Dieu qui l’avait guéri ; cette reconnaissance est la prise de conscience que c’est Dieu qui agit et non l’être humain.

Etonnant alors qu’Ezéchias était connu pour sa foi en Dieu : il encourageait son peuple à compter sur Dieu et non sur les hommes. Mais face à ces hauts dignitaires, il se met à avoir confiance dans l’humain.

Mais il y a dans le livre des Chroniques une affirmation supplémentaire qui nous fait prendre conscience de l’importance d’une dépendance constante vis-à-vis de Dieu : « Lors de la visite des ambassadeurs des dirigeants babyloniens, Dieu l’abandonna à lui-même pour le mettre à l’épreuve et savoir ce qui était réellement au fond de son cœur » (2 Ch32v31) : n’est-ce pas alors la faute de Dieu si Ezéchias a craqué ? La fragilité d’Ezéchias quand il s’est retrouvé seul avec lui-même, en ne comptant que sur ses propres capacités, prouve combien la seule solution est de rester dépendant de Dieu.

L’engrenage a donc été pour le roi : il a oublié d’être reconnaissant envers Dieu (c’est-à-dire de reconnaître que la victoire vient de Dieu), il a écouté les hommes et s’est laissé flatter, et il est tombé dans l’orgueil.

. La conséquence de cette confiance en lui-même est le jugement de Dieu : ce sera la déportation (à Babylone… ; fait remarquable : à cette époque, l’empire babylonien était loin de dominer le monde, ce qui souligne combien les prophéties que Dieu donne sont vraies et justes), la perte de toutes ses richesses (qui avaient fait sa fierté) et la perte de la royauté pour ses descendants.

C’est quand même à la limite de l’injustice que les descendants soient condamnés suite à cela ! Mais si cela souligne l’impact du vécu que les parents transmettent par la manière de vivre sans Dieu, nous voyons par la suite que les rois suivants se sont eux-mêmes enfoncés dans l’opposition à Dieu et ont été responsables dans ce jugement de Dieu qui s’est terminé par la déportation. Il faut aussi remarquer que l’attitude qui change le jugement de Dieu en grâce est la repentance ; c’est ce qu’a vécu Ezéchias : « Alors il s’humilia de son orgueil, de sorte que l’Eternel ne fit pas éclater sa colère du vivant d’Ezéchias » (2 Ch 32v26). La grâce de Dieu efface toutes les fautes quand on décide de le mettre au centre de la vie en reconnaissant ses fautes et en lui faisant confiance. Alors Ezéchias en est sûr : « La parole de l’Eternel est bonne car nous aurons au moins la paix et la sécurité tant que je vivrai » (Es 39v9).

Le fils d’Ezéchias, Manassé, a connu aussi cette dimension du pardon de Dieu : malgré une vie qui, beaucoup plus que son père, méritait le jugement de Dieu, il s’est profondément repenti ; Dieu lui a alors pardonné et il a retrouvé le trône (2 Ch 33v12-13). Le jugement de Dieu contre les descendants est cassé et la grâce triomphe.

Certainement Ezéchias s’est souvenu de la parole essentielle qu’Esaïe avait prononcée quand le peuple avait été tenté de s’appuyer sur l’Egypte contre les assyriens qui les menaçaient fortement : « Ainsi parle le Seigneur, l’Eternel : c’est si vous revenez à moi que vous serez sauvés. C’est dans le calme et la confiance que sera votre force » ; mais la phrase suivante est terrible : « Mais vous ne l’avez pas voulu ! » (Es 30v15).

3) Quelques parallèles avec nous à travers les enseignements de ce récit :

. La générosité de quelqu’un peut cacher des motivations beaucoup moins vertueuses ; ma manière d’aimer peut être très intéressée et égocentrique. Mais ce n’est plus de l’amour à partir du moment où mes intérêts sont au centre.

. Derrière l’apparence que je montre, quel but je poursuis ? Je peux me cacher à moi-même mon égocentrisme, mon orgueil, même derrière des actes vertueux. Il est bien difficile de se considérer avec vérité et authenticité et de considérer les mobiles qui sous-tendent les actions.

. Ezéchias a été un homme à la foi remarquable ; mais personne n’est à l’abri de la chute. Le contraire de la confiance en Dieu, c’est l’orgueil (c’est-à-dire quand je me fais confiance, quand je m’appuie sur mes capacités qui deviennent alors très grandes ; ou alors je tombe dans le découragement, parce que je comprends que je n’ai pas la capacité de faire face  à une situation). « L’orgueil précède la ruine, un esprit fier annonce la chute » (Pr 16). L’orgueil éloigne de Dieu qui pourtant veut intervenir. Jérémie a eu plus tard le même message : « Maudit soit celui qui fait des moyens humains la source de sa force mais qui détourne son cœur de l’Eternel. Mais béni soit celui qui se confie en l’Eternel » (Jé 17v5-7). Oui, Dieu est prêt à intervenir, quand on prend conscience qu’on s’est égaré, qu’on s’est détourné de lui, qu’on a compté sur soi-même et non sur lui, et quand on revient à lui, en s’humiliant devant lui.

. Quand Dieu envoie l’épreuve pour tester notre foi, ce n’est certainement pas pour nous faire tomber (dans ce sens-là, Dieu ne peut pas avoir la pensée de nous faire tomber), mais c’est pour nous faire prendre conscience que sans son aide nous ne sommes rien ; la solution est dans le fait de reconnaître que c’est en dépendant de lui que nous tenons bon. Quand nous prions : « Ne nous expose à la tentation », cela signifie : « Ne nous abandonne face à ce qui est au-delà de nos forces » ; cette prière nous garde dans la dépendance de celui qui veut donner sa force.

Ce qui est étonnant, et à remarquer, c’est qu’Esaïe, par rapport au récit du second livre des Rois et des Chroniques, inverse l’ordre des 2 épisodes de la vie d’Ezéchias, à savoir l’intervention miraculeuse de Dieu dans la guerre avec les assyriens et la venue de l’ambassade babylonienne (qui s’est passé avant) : la réaction d’Ezéchias face à cette dernière, plus que l’intervention extraordinaire de Dieu, est le point d’orgue ; comme pour faire réfléchir sur les méfaits de l’orgueil et les conséquences de nos choix face à Dieu. Ma vie avec Dieu est-elle une réalité ou seulement une apparence ?

Alors, ne repartez pas d’ici avant d’avoir réfléchi : ma confiance, repose-t-elle sur mes capacités ou sur Dieu ? Les conséquences (à long terme) sont opposées.

Jean-Ruben

Pour approfondir le sujet :

Faites passer le message ...Tweet about this on Twitter
Twitter
Share on Facebook
Facebook
Email this to someone
email
Pin on Pinterest
Pinterest

Un commentaire sur “Esaïe 39 : L’apparence et la réalité”

  1. Merci Seigneur pour cet enseignement,c’est vrai des fois nous avons le meme comportement que le roi Ezechias mais lorsque nous sommes confrontes aux epreuves de la vie,nous perdons tous nos moyens rt nous reconnaissons que nous ne pouvons rien faire sans Dieu.C’est lui qui est notre force,qui est la source de notre vie de notre esperance.Mon ame bennie l’Eternel et n’oublie aucun de ses bienfaits amen.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *