1874, Avenue du Général Leclerc 47000 AGEN
05 53 96 84 32 eem.agen@umc-europe.org

Psaume 36 : Comment est-il possible qu’il y ait des méchants ?

Psaume 36 : Comment est-il possible qu’il y ait des méchants ?

Ce matin, pour notre réflexion, je vous propose d’examiner un psaume de plus près. Avec les psaumes, chacun s’y retrouve, tout croyant aime les psaumes parce qu’on peut toujours en tirer quelque chose personnellement. Parfois on a même l’impression que tel psaume a été écrit pour soi ! Qui n’a pas lu, chanté, médité, entendu au moins un psaume ? Bien souvent, il est vrai, on ne connaît que quelques versets d’un psaume, voire un seul, le plus beau, estime-t-on ! Cependant, un psaume forme un ensemble, avec son rythme, parfois ses pauses, son refrain ou ses strophes…

Comment comprendre et interpréter les psaumes ?

Quelquefois, il existe comme des cassures entre deux ou trois parties. Ces parties se trouvent l’une à la suite de l’autre et apparemment coexistent sans but commun. Pourtant elles sont dans le même psaume. Plusieurs questions surgissent alors : seraient-elles ensemble par accident ? Cela paraît difficile, car il s’agit en même temps de la Parole de Dieu ! Alors comment les comprendre ? Qu’est-ce que le psalmiste veut souligner ? Quel est son but en ayant mis ainsi deux parties si différentes ? Toutes ces questions n’ont pas toujours de réponses parce que parfois certains éléments pour comprendre un texte aussi ancien ne nous sont plus accessibles, même si nous comprenons le sens. Il nous appartient cependant de nous arrêter parfois sur de tels passages pour essayer de voir de plus près ce qu’il y a dans un tel psaume avec sa contradiction apparente.

Interprétation du psaume 36

Ce matin, nous nous arrêterons sur ce psaume 36 que j’ai lu et qui comporte deux parties que vous avez peut-être remarqué. Je le relis. Vous avez certainement entendu la rupture ou vu la rupture entre les deux parties, entre le vs 5 et le vs 6. Pour notre réflexion, je respecterai les deux parties en les traitant séparément, puis dans un troisième temps, nous verrons ce qui unit les unit dans un même psaume.

1. Le méchant ne reconnaît pas Dieu (v1-5)

Cette partie se présente comme un proverbe, elle en a les mêmes caractéristiques. Le proverbe biblique expose le plus souvent un fait authentique, vrai, tiré d’une expérience de la vie, souvent en réponse à une question posée. Parfois, comme c’est le cas ici, le proverbe est exprimé sous la forme affirmative. Le psalmiste part d’une affirmation que fait le méchant. Rappelons que le méchant dans la Bible, n’est pas celui qui « ne finit pas sa soupe », c’est-à-dire quelqu’un qui commettrait quelque chose de mal aux yeux des autres, mais c’est celui qui ne veut pas croire en Dieu dont il connaît pourtant l’existence, qui par son choix volontaire, ne veut pas le reconnaître comme Dieu.

Dans ces versets 2 à 5, il y a une description frappante de la pensée et de l’action du non-croyant par choix. Celui-ci s’enferme dans son raisonnement. Ayant une trop bonne opinion de lui-même, il ne peut pas reconnaître sa faute, son péché et s’en défaire. En raison de cette trop haute opinion de lui-même, il ne voit pas non plus pourquoi il devrait craindre un Dieu quelconque (2). C’est sur cette base-là que le psalmiste décrit la vie du non-croyant (4 et 5), ce qu’il dit, ce qu’il fait et quelles en sont les conséquences.

Le problème posé ici est : « Comment est-il possible qu’il y ait des méchants ? »

C’est une problématique que l’on trouve en d’autres endroits de l’AT. Il ne s’agit pas de ce qu’on appellerait philosophiquement « le problème du mal ». Nous dirions aujourd’hui : « Comment Dieu peut-il permettre le mal ou que le méchant existe ? » L’Ancien Testament pose le problème en sens inverse : « Comment le méchant peut-il se permettre d’exister devant Dieu ? » !

C’est en fait à cette question que répondent les vs 2 à 5. Comment ? Parce qu’il le veut bien : « il se flatte à ses propres yeux » (FC = il a une trop bonne opinion de lui-même. »).

Le raisonnement dans lequel le méchant s’est enfermé repose sur la non-punition immédiate de son péché. Du coup, il conclut que Dieu ne voit rien et ne peut pas agir. Le non-croyant, dans ce cas-là, ne met pas forcément en doute l’existence de Dieu, mais son « efficacité ». Le doute sur l’existence de Dieu peut à ce moment-là venir en conséquence seulement. Et pour l’Ancien Testament, c’est cela la folie : s’engager sur cette voie-là, celle des méchants quand bien même elle est large, elle reste semée d’embûches et tôt ou tard, on tombe !

S’enfermant dans son raisonnement, le non-croyant se fourvoie et se corrompt lui-même. Les effets du mal l’atteindront peu à peu. Mal agit envers les autres, c’est aussi et même d’abord se faire du mal à soi-même. Le théologien et pasteur Alfonse Maillot disait : « Le mal est un élément dangereux, une sorte de mauvais microbe dont on ne peut se servir sans le contracter et sans en subir les effets. »

2. Confession de l’amour et de la grandeur de Dieu (v6-13)

Vient maintenant la seconde partie du psaume, les vs 6 à 13. C’est en quelque sorte une confession. La grandeur de l’amour, de la fidélité et la justice de Dieu y sont chantés. Dans ces versets sont évoqués trois plans : – le « supérieur » : l’amour de Dieu y habite ; – « l’inférieur » : le grand abîme, comblé par les jugements qui sont les décisions de Dieu. – entre ces deux : la fidélité de Dieu.

Vs 6 et 7 : l’amour de Dieu est aussi grand que le ciel, c’est-à-dire l’infini. Ses jugements ou décisions sont aussi grand que le grand abîme et sa fidélité va jusqu’aux nues, c’est-à-dire ce qu’il y a entre. De plus, Dieu qui remplit la terre et même davantage, vient en aide aux humains et aux animaux ! Cette bonté-là est précieuse dit le vs 8 ! On ne peut que venir à l’abri des ailes du Très-Haut. Le psalmiste reste dans cette image de la protection sous l’aile, celui qui protège est aussi celui qui nourrit : protecteur et nourricier. Lorsqu’on pense à nourriture, on pense à la vie : où aller si ce n’est vers Celui qui en est la source (10) ! Ce n’est que par le Seigneur que nous avons la vie. Cette réalité de l’israélite d’alors que la vie et la lumière sont auprès de Dieu, reste vraie aujourd’hui, parce que Dieu est le même hier, aujourd’hui et éternellement (Hb 13,8). Jésus-Christ nous révèle mieux encore la source de vie par sa lumière !

Les vs 11 à 13 sont une sorte de demande, mais davantage rhétorique qu’interrogative, c’est-à-dire que le psalmiste est assuré de la réponse, il la connaît. C’est pour cela qu’il peut affirmer ce qu’il dit ici parce qu’il est dans cette relation de confiance avec Dieu et cela lui donne cette assurance. Le vs 13 sous-entend l’endroit où se trouve le psalmiste : « C’est là », c’est-à-dire au temple et en fait, plus précisément pour nous encore : dans la présence du Seigneur.

3. Conclusion: Dieu est lui-même la source de la vie

C’est avec ce verset que j’en arrive à mon troisième temps qui réunit les deux parties du psaume. Vous vous rappelez certainement la question relative au problème du méchant, non pas « comment Dieu peut-il permettre que le méchant existe ? », mais « comment le méchant se permet-il d’exister devant Dieu ? » Dans les versets 2 à 5, le psalmiste a décrit la personne du méchant. Dans les versets suivants (2ème partie du psaume), l’écrivain biblique décrit le Seigneur ! Face à un tel Dieu si grand, si bon, comment le méchant peut-il persévérer dans sa voie ? Comment ne comprend-il pas cette bonté de Dieu ? Comment il ne cède pas ? En langage contemporain, j’oserais dire : « comment le méchant ne « craque-t-il » pas devant un Dieu si bon, si grand, si juste ?

En fait, pour le non-croyant, il n’existe guère que deux possibilités : ou il tombe, se faisant renverser et ne peut plus se relever définitivement en présence de Dieu, c’est le vs 13. Ou il « craque » c’est-à-dire prend conscience de l’immensité de l’amour de Dieu et se fait certes renverser par ce Dieu-là mais pour être relevé, non plus pour se cacher de Dieu, mais il est relevé par Dieu lui-même et il comprend que Dieu est lui-même la source de la vie (10). Il nous appartient, à nous chrétiens, de témoigner autour de nous de cet immense amour de Dieu, à nous de refléter cette grande bonté de Dieu pour nous et pour tous les hommes.

Trop facilement nous entendons dire, ou nous disons nous-mêmes : « Ah si seulement il, ou elle, acceptait le Seigneur au lieu de refuser toujours et encore cette offre. Il, ou elle, est exactement comme le méchant qui refuse dans ce psaume, qui ne veut rien entendre. Pourtant le Seigneur est si bon, comment peut-il refuser ? » Il est certain que nous pouvons être déçus, peinés du refus de croire de ceux qui nous entourent. Nous pouvons même nous interroger sur le fait que si peu de gens aujourd’hui se tournent vers le Seigneur. Nos interrogations, malgré leur importance, ne doivent pas nous culpabiliser ou nous en faire vouloir à Dieu. Gardons-nous de conclure trop rapidement sur la façon dont réagissent les personnes qui nous entourent. Et réfléchissons et travaillons davantage à notre témoignage pour qu’il soit percutant et pertinent, qu’il présente réellement le changement que Dieu a opéré en nous.

C’est alors que notre évangélisation prendra un sens nouveau. Le but de l’évangélisation n’est pas d’aligner le plus de techniques possibles et existantes. Non, le but est de faire découvrir à d’autres Celui qui a transformé notre vie. C’est là qu’il faut s’interroger : donnons-nous envie aux autres de devenir chrétiens, de rencontrer ce Dieu qui transforme ? Ou notre témoignage est-il si plat ou si transparent que les autres n’ont même pas remarqué que nous sommes chrétiens ? Travaillons à notre manière de témoigner en paroles, en actes pour que celui ou celle qui nous côtoie s’interroge, se laisse toucher lui et par cette action extraordinaire de Dieu ! Tout ce que nous savons et connaissons de Dieu, comment le vivons-nous, comment le montrons-nous concrètement autour de nous, comment ceux et celles qui nous entourent nous voient-ils, voient-ils notre vie chrétienne ? Ce n’est parfois pas à l’autre d’être moins « bouché », ou fermé à l’Evangile, c’est parfois, peut-être même plus souvent que nous ne le pensons, à nous d’être plus clairs, plus pertinents, plus percutants, mais aussi plus rayonnants de notre vécu avec Dieu.

Que notre témoignage puisse refléter cette Vie dont la source est en Dieu, parce que sa lumière nous éclaire et nous fait découvrir la lumière véritable. Souvenons-nous que Dieu est fidèle et qu’il nous aidera à refléter sa lumière qui vient éclairer tout homme (Jn 19).

Amen

Pour approfondir le sujet :

Faites passer le message ...Tweet about this on Twitter
Twitter
Share on Facebook
Facebook
Email this to someone
email
Pin on Pinterest
Pinterest

Un commentaire sur “Psaume 36 : Comment est-il possible qu’il y ait des méchants ?”

  1. Toundé Cécile dit :

    Merci beaucoup. Je suis émerveillée de comprendre les enseignements de la Bible. J’avoue que l’idée de lire ce psaume m’est venu comme ça et après la lecture je n’avais rien compris. Je me sentais même visé alors que je sors de 4 jours de la neuvaine de Jericho

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *