1874, Avenue du Général Leclerc 47000 AGEN
05 53 96 84 32 eem.agen@umc-europe.org

Lévitique 19v18 : Tu aimeras ton prochain comme toi-même

Tu aimeras ton prochain comme toi-même - à tout âge !

Lecture Lévitique 19v1-18, 32-37. « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Je suis l’Eternel ». S’il est des passages plus essentiels que d’autres, l’amour envers le prochain (qui vient après l’amour pour Dieu mais qui lui est étroitement lié ; Matthieu 22v39) est un des commandements les plus importants. Mais nous allons nous arrêter sur cette partie que nous avons érigée (à tort ?) en troisième commandement : « comme toi-même » ; nous le comprenons souvent comme si l’amour pour soi-même était l’élément indispensable à l’amour envers le prochain. Doit-on s’aimer soi-même pour pouvoir aimer les autres ?

Il est intéressant de considérer et le contexte de ce commandement de l’ancien testament et ce qu’en ont pensé des commentateurs juifs, en particulier. Peut-être réviserons-nous un peu une approche moderne de l’amour qui n’a pas grand-chose à voir avec l’amour selon ce que Dieu demande ?

1. La compréhension la plus habituelle de ce commandement : « tu aimeras ton prochain comme toi-même »:

La traduction « comme toi-même » se comprend le plus souvent comme l’amour qu’on doit se porter à soi-même ; il s’agirait donc de 2 commandements, en interprétant de cette manière notre texte : « Tu dois aimer ton prochain comme toi aussi tu dois t’aimer toi-même » : cela donne une perspective psychologique intéressante qui est bien développée aujourd’hui : l’amour du prochain présuppose l’estime de soi, l’acceptation de ses limites, le refus d’une culpabilité passée dévalorisante.

Mais cette compréhension peut poser quelques problèmes et limiter (ou même renverser) la notion d’amour que Dieu enseigne ici. En effet, notre conception humaine de l’amour repose souvent sur le sentiment : et nous nous aimons facilement quand nous sommes contents de nous-mêmes et nous nous haïssons rapidement quand nous nous reprochons quelque chose ; notre amour pour les autres peut-il être sur le même registre ?

Et puis, l’amour pour soi-même ne peut pas être le critère de l’amour d’autrui ; pourquoi ? Parce que cette approche permettrait, par exemple, à celui qui accepte les injures d’injurier à son tour les autres ; ou parce que celui qui s’aime parce qu’il est fort, lui permettrait de ne pas aimer ceux qui lui paraissent faibles.

Notre conception plus ou moins juste (et quelques fois fausse, en tout cas bien limitée) de l’amour ne peut être la norme. La norme est bien l’amour de Dieu pour nous et non pas notre vécu ou notre ressenti personnel.

D’autre part, le contexte de toute la Bible ne s’arrête pas à ce genre d’approche psychologique où c’est le moi qui est mis en avant, et cela en particulier le contexte de Lévitique 19.

2. Le contexte de Lévitique 19 et de l’Ancien Testament :

. La société décrite ici est présentée dans toute sa diversité, avec la réalité des tensions qui peuvent en résulter : on y voit le propriétaire comme le pauvre qui va glaner, l’homme libre comme l’esclave, le patron comme le salarié, le jeune comme le vieillard, l’accusé comme le témoin, le coupable comme la victime, l’indigène comme l’étranger, l’immigré. Comment gérer la réalité de ces différentes couches de la société ? Cette approche très pratique de la vie se conclut par « l’amour du prochain comme soi ».

Cette loi d’amour est développée dans ce chapitre à travers d’autres lois d’amour, auxquelles l’israélite est appelé à se soumettre. Ces lois ne relèvent pas tant d’un sentiment affectif et subjectif mais de précisions très concrètes.

. Il y a un parallèle à faire au sein des 2 parties de ce chapitre 19 ; la première se termine par : « Et tu aimeras ton prochain comme toi » (v18), et la seconde par : « Et tu aimeras l’étranger comme toi » (v34), avec cette comparaison que les israélites avaient vécue : « car vous avez été vous aussi des étrangers sur la terre d’Egypte ». Il semble qu’il faut comprendre ces 2 commandements en parallèle, comme en stéréophonie ; les 2 se complètent et s’expliquent mutuellement. L’israélite doit aimer en comprenant ce que vit celui qui traverse une situation éprouvante parce qu’un jour il l’a vécue lui-même, « comme toi-même » tu l’as vécue. Et les 2 commandements se terminent par : « Je suis l’Eternel, votre Dieu » ; point d’orgue au commandement d’amour.

3. Comment comprendre « aimer son prochain »?

« Cela semble évident !! » Vraiment ? Comment vivons-nous la relation au prochain ? D’après ce que je vois chez les autres et chez moi, l’amour est dépendant de ce que l’on ressent vis-à-vis du prochain. L’intérêt pour lui est déterminé par les sentiments. Mais comment comprendre alors qu’ici (et ailleurs, y compris dans l’enseignement de Jésus, des apôtres), l’amour relève d’un commandement ? En fait il est, selon Dieu, dépendant de la volonté. Ce sont des impératifs qui déterminent l’amour. L’amour n’est pas la conséquence d’une inclinaison favorable mais il est mû par le désir de témoigner concrètement cette recherche de l’intérêt du prochain et non le sien. Même si les conséquences pour soi-même sont heureuses, l’amour de soi-même n’est pas inscrit dans le plan de Dieu.

Dans Lévitique 19, les dimensions de l’amour sont pratiques, en particulier les v17-18. Au lieu de haïr celui qui a fait du tort (c’est-à-dire de préparer une riposte qui fasse mal), au lieu de la vengeance et de la colère qu’on garde en mémoire, Dieu demande d’aimer : comment ? En allant lui parler ouvertement, lui dire le reproche qu’on lui fait, c’est-à-dire en ayant le courage de l’avertir (v18). C’est cette manière-là qui explicite ce qui suit : « Ainsi tu aimeras ».

L’amour dont il est question ici n’est donc pas une émotion sans implication concrète ou un idéal utopique qui peut facilement se retourner comme une crêpe (et il arrive qu’elle ne se retourne pas correctement, en plus…). Sinon, la relation est très changeante. Non, l’interprétation sentimentale de cet amour n’est pas celle que Dieu enseigne.

Dans la Bible, aimer se traduit en actes ; que ce soit envers le frère (v18-19) ou envers l’étranger (v33-34) : il s’agit de respecter et de venir en aide à l’immigré comme à l’indigène, à celui qu’on considère comme proche ou lointain.

L’amitié entre David et Jonathan l’exprime de cette manière (1 Sa 18v1 et 3, 20v17) : « L’âme (la vie) de Jonathan fut attachée à l’âme (la vie) de David et Jonathan l’aima comme lui-même ». Ce n’est pas la même expression que dans Lévitique 19v18 mais le résultat est le même : il a conclu avec David une alliance de fidélité ; cette alliance, à cette époque, engageait le vassal (en l’occurrence Jonathan qui reconnaissait en David le futur roi) à l’aimer, c’est-à-dire à lui venir en aide, même au prix de sa vie. C’est ce qui s’est passé quand Saül, son père, à propos de David, a voulu tuer Jonathan avec sa lance. Il aimait David comme lui-même et il l’a prouvé pratiquement.

4. Comment alors comprendre « comme toi-même »?

Une autre traduction que celle d’ « aimer comme soi-même » est de comprendre cette expression « comme soi » comme précisant la qualité de celui qui doit être aimé : le prochain est une personne « comme toi ». Tout être humain est « comme toi », une personne, non un numéro. L’amour du prochain alors est lié au fait que tous les êtres humains ont été créés par Dieu, toi comme ton frère qui est différent, toi comme l’étranger.

On peut formuler ainsi ce commandement : « Tu aimeras ton prochain, [lui] qui est comme toi » ; cela signifie alors : ton prochain est égal à toi, semblable à toi ; il est un être humain « comme toi ».

Dans les v17-18, l’accent est mis sur la fragilité de la condition humaine, en vivant dans une société où règnent des tensions, où se trouvent des situations d’inégalité qui peuvent, humainement parlant, provoquer la haine, la vengeance, la rancune. Mais à travers ce commandement, Dieu met le doigt sur la condition de membre de la communauté pour tous (alors que la tendance tourne à la désolidarisation vis-à-vis de ceux qui ont une attitude condamnable), pour l’israélite comme pour l’étranger : « Je suis le Dieu de l’un et de l’autre ». Jésus, en donnant la parabole du bon samaritain, montre, après le rappel de ce commandement d’aimer son prochain comme soi-même, que l’étranger est capable d’aimer, de se mettre au niveau de celui qui est dans le besoin, il en est devenu le vrai prochain ; d’autant plus qu’il est celui qui est si souvent rejeté (Luc 10).

« Tu aimeras l’étranger comme toi : car vous avez été  vous-mêmes étrangers en Egypte. Je suis l’Eternel votre Dieu » (Lévitique 19v34) : c’est-à-dire, tu as connu cette condition de rejet, d’esclavage, d’exil à l’étranger, tu peux d’autant mieux comprendre la condition de ceux qui la vivent dans ton pays et les aimer. Il est comme toi.

« Tu aimeras ton prochain qui est comme toi » : vis-à-vis de celui qui vit dans la vengeance, avec des torts, en fait, reconnais que tu lui ressembles, tu n’es en rien supérieur, tu es de la même pâte, de la même nature humaine. Même si tu as réglé ces problèmes, tu es comme lui. L’aimer, c’est être prêt à l’aider, à passer par-dessus un esprit de vengeance, de supériorité, de jugement qui condamne.

Quand Dieu a créé Eve pour être avec Adam, il dit : « Il n’est pas bon que l’homme soit seul : je lui ferai une aide qui soit son vis-à-vis » (Genèse 2v18). Il crée un prochain qui est comme lui, Adam ; l’entraide et l’amour vécu concrètement ont malheureusement été perturbés par la rupture d’avec Dieu, conséquence du désir d’indépendance vis-à-vis de Dieu (à l’opposé de « Tu aimeras Dieu »), et vécus dès lors dans une attitude de domination. Parce que je comprends que mon prochain est « comme moi », pas moins, pas plus, sur le même niveau, je suis appelé à l’aimer, à l’aider.

Quelques implications:

– C’est un appel à vivre dans l’humilité les relations avec mon prochain et non dans l’orgueil qui oppose, condamne, rabaisse.

– Ce prochain est comme moi, fragile dans des situations éprouvantes ; quelque soit sa situation ou sa condition, il a donc particulièrement besoin de mon soutien concret, de mon amour.

– Nous ne savons pas aimer quand nous ne faisons pas l’effort de comprendre sa situation, mais aussi quand nous ne savons plus voir que nous sommes de la même nature que lui, enclins aux mêmes égarements.

– Nous ne savons pas (ou plus) aimer quand nous oublions d’où nous venons, ce que nous avons vécu, nos esclavages, quand nous ne percevons pas notre évolution qui a été lente et que nous considérons alors les autres seulement à travers ce que nous sommes aujourd’hui.

– Et puis, aime celui qui s’est vengé, qui a calomnié, qui rejette, parce que, tout cela, tu l’as vécu et tu en as été blessé profondément ; la solution n’est pas en vivant la même réaction mais en aimant, même – et surtout – si c’est ton ennemi (Mattieu 5v44). Il s’agit de vivre concrètement : « Tu aimeras ton prochain, comme toi tu as été aimé ».

Il ne s’agit donc certainement pas dans ce commandement de l’amour du prochain en lien avec l’amour de soi-même, mais de l’amour du prochain dans la prise de conscience de ce qui nous réunit comme vécu, comme humanité, pour l’aimer et l’aider ; dans l’humilité envers lui et dans l’obéissance à la volonté de Dieu.

Jean-Ruben

Pour approfondir le sujet :

Faites passer le message ...Tweet about this on Twitter
Twitter
Share on Facebook
Facebook
Email this to someone
email
Pin on Pinterest
Pinterest

7 commentaires sur “Lévitique 19v18 : Tu aimeras ton prochain comme toi-même”

  1. Anne Laurence Le Cornec dit :

    Magnifique explication. Un grand merci. Je connaissais un peu l’Eglise Méthodiste, mais c’est en cherchant le sens profond de ce verset « Aime ton prochain comme toi-même » que je suis tombée sur votre site. J’apprécie beaucoup que vous mettiez l’accent sur le fait qu’il ne n’agisse ni de s’aimer soi-même, ni de s’estimer soi-même, et autres formules actuelles et mensongères.
    Que Dieu vous garde et vous accompagne, vous et votre Communauté. Laurence

  2. Yonli dit :

    Bonsoir,Merci beaucoup à toute l’équipe pour vos enseignements. Que le Seigneur vous accorde sa grâce et garde votre dépôt jusqu’à la fin.

  3. Loubigniac dit :

    Merci de m’avoir confirmé le sens de « aimer comme soi même » , en effet j’ai toujours pensé que l’affirmation ,couramment répandue autour de moi, selon laquelle il fallait s’aimer soi même , était tout à fait contraire au message de Dieu et du Christ.
    Je suis catholique et je salue les actions que vous déployez à Agen.

    1. eglise.agen dit :

      Cher Pierre, merci de votre commentaire et votre retour sur cette prédication. Nous espérons que vous pourrez trouver ici d’autres messages bibliques inspirants pour apprendre à mieux connaitre notre Sauveur et Seigneur Jésus Christ.

  4. VIDON dit :

    L’amour de soi même n’est jamais acquis. Il s’acquiert sans doute, au fur et à mesure qu’il se construit une raison, un moyen d’y parvenir. Cette raison est en l’occurrence, la capacité de donner de soi à l’autre, car nous constatons que dans ce cas, après avoir réussi à donner nous ressentons un moment, court mais certain, de « joie ».

    Accumuler ces sentiments de « joie », c’est peut-être un jour, atteindre à l’amour de notre vie, c’est à dire à l’amour de nous-mêmes dans cette vie.

    Aimer son prochain, c’est parvenir à s’aimer soi-même.
    Pour cela, il faut l’aimer quelqu’il soit : s’en occuper, le soutenir, parvenir à le combler.

    La lecture devient alors : tu aimeras ton prochain, car c’est bon pour toi même.
    Et tu t’aimeras alors, autant que tu aimes l’autre.

  5. Aubin dit :

    Merci pour l explication que Dieu puisse vous bénir

  6. Patrick dit :

    L’amour de soi nous est donné à l’origine. Qu’il se traduise en haine [envers ce qui nous nie] ou tout autre sentiment – y compris celui de ne ‘pas être à la hauteur’ – il n’en reste pas moins fondé sur cet amour illimité qui est le principe même de notre existence.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *