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Exode 20v20 : La crainte respectueuse de l’Eternel

A cause de l’évolution du langage, nous avons du mal à comprendre certains mots ; le mot « crainte » fait partie de ces mots dont nous tordons le sens biblique. Il a plusieurs notions : le premier qui nous vient à la pensée, c’est « la peur ». Or, dans la Bible, la crainte de Dieu est une notion essentielle de la vie ; il ne faut donc pas se tromper. On peut être chrétien et pourtant ne pas craindre Dieu de la bonne manière. Ce sera intéressant aussi de voir ce que la Bible dit quant aux conséquences de la crainte de l’Eternel.

Lectures Exode 20v20 ; Psaumes 112 ; Proverbes 1v7

1. Ce que la crainte de Dieu, dans la Bible, n’est pas:

. Au Sinaï (Ex 20v20), Dieu apparaît dans toute sa puissance (à travers le tonnerre, les tremblements de terre) et pourtant Moïse demande au peuple de ne pas s’effrayer mais… d’avoir de la crainte envers l’Eternel : « N’ayez pas de crainte ! Si Dieu est venu ainsi, c’est pour que vous le craigniez ». La peur est donc différente de la crainte.

. « Heureux celui qui craint l’Eternel » (Ps 112v1) : la joie et la peur s’opposent normalement, et ici elles sont liées.

. Paul écrit aux chrétiens de Rome : « Vous n’avez pas reçu un esprit de servitude pour être encore dans la crainte mais vous avez reçu un Esprit d’adoption par lequel nous crions ‘Père’ » (Ro 8v15) : la certitude de nous savoir acceptés par Dieu nous remplit de paix.

. Jean écrit : « L’amour parfait bannit la crainte ; car la crainte suppose un châtiment » (1 Jn 4v18) : vivre avec Dieu dans une communion vraie exclut la peur de vivre avec lui. Pourquoi ? Parce que le chrétien n’a plus peur d’être puni et condamné par Dieu ; il est pardonné, Dieu l’accepte à travers l’œuvre de Jésus à la croix. La mort de Jésus nous rend Dieu propice : nous n’avons plus rien à craindre !

2. Alors comment comprendre les textes où il est parlé de la crainte que l’on doit manifester envers Dieu ?

Les traductions récentes apportent une nuance qui définit mieux ce qu’elle est : « craindre l’Eternel » est traduit par : « reconnaître l’autorité du Seigneur », « respecter l’autorité de l’Eternel » ou encore « révérer le Seigneur ».

Dans l’Ancien testament, cette expression décrit le plus souvent le respect et l’amour. Par exemple, envers les parents, il est demandé de respecter (« craindre ») sa mère et son père. La crainte de l’Eternel est avant tout le respect, la soumission à sa volonté, motivée par la foi et l’amour envers lui. L’obéissance n’est pas déterminée par la peur mais par l’amour envers Dieu.

. La crainte a donc 2 sens opposés : la peur et l’amour ; l’un éloigne, l’autre rapproche ; la peur détruit intérieurement et elle perturbe les relations, tandis que le respect fait grandir et place les rapports mutuels sur une base solide. La peur découle de l’orgueil de l’autre qui écrase, la soumission découle de l’amour qui épanouit. Dieu demandait à son peuple : « Tu aimeras l’Eternel ton Dieu de tout ton cœur » et « Tu respecteras l’Eternel » (Dt 6v5 et 13). Les 2 vont ensemble ; cela implique vouloir vivre comme Dieu le demande.

. Au Sinaï, Dieu enseigne à Israël qu’il est normal de se soumettre à sa volonté et de lui obéir, sans pour autant être écrasé par la peur à cause de sa puissance : la crainte du Seigneur est donc le comportement de celui qui veut avoir une conduite conforme à ce que Dieu veut ; la vraie crainte de Dieu, c’est celle de lui déplaire.

. Salomon associe l’humilité et la crainte de Dieu : « Sois humble et révère l’Eternel » (Pr 22v4) ; ce qui est compréhensible puisque crainte et soumission sont liées. Ailleurs, est opposé celui qui vit dans la crainte respectueuse à celui qui s’endurcit ; ce dernier refuse de reconnaître, d’accepter et de vivre une autre volonté que la sienne.

. Jonas a connu les 2 sortes de crainte : la peur devant Dieu parce qu’il avait refusé de craindre Dieu, c’est-à-dire de suivre sa volonté en allant à Ninive. Pourtant, juste avant d’être jeté dans la mer, il reconnaît devant les marins : « Je suis hébreu et je crains Dieu » (peut-être seulement du bout des lèvres ; en tout cas pas dans les faits). Quant aux marins, face à la tempête, « ils eurent peur » ; mais après qu’ils aient vu la mer se calmer, « ils furent saisis d’une grande crainte de l’Eternel ». Ils apprennent à respecter Dieu à cause de ses œuvres et de son action grandiose.

. « Le royaume que nous recevons est inébranlable : soyons donc reconnaissants [merci, Seigneur, pour cette certitude : le salut est une assurance solide] en rendant à Dieu un culte qui lui soit agréable, avec piété et avec crainte » (Hé 12v28) : l’obéissance à sa volonté est un signe de notre reconnaissance ; mais aussi d’une prise de conscience qui vient de notre connaissance de qui est Dieu : le verset suivant interpelle : « En effet, notre Dieu est un feu dévorant » (v29). Si Dieu est amour, sans sa justice son amour ne serait que faiblesse ; le manque de crainte respectueuse envers le Seigneur vient aussi de l’oubli de sa justice. Certains conducteurs – qui ont le permis – ne respectent pas certains points du code de la route ; ah… l’habitude, la tolérance vis-à-vis de certains domaines ! Le respect du gendarme diminuant, on perd cette conscience d’obéissance au code de la route. Comme, en tant que chrétien, on peut oublier qui est Dieu et ce qu’il demande, et tolérer certaines mauvaises habitudes… ?

. Jésus avait cette attitude de soumission : il vivait dans la crainte de l’Eternel ; il est dit du Messie (Es 11v2) : « L’Esprit de l’Eternel reposera sur lui : esprit de sagesse et d’intelligence, de conseil et de force, de connaissance et de crainte de l’Eternel. Il respirera la crainte de l’Eternel » : Jésus vivait, non dans la peur de son Père, mais dans la soumission complète à sa volonté. C’était sa vie, et il en rayonnait.

3. Les conséquences de la crainte spirituelle:

Ces conséquences sont bienfaisantes et essentielles pour toute notre vie.

. « Heureux celui qui craint l’Eternel, qui trouve un grand plaisir à mettre en pratique ses commandements » (Ps 112v1) : c’est un épanouissement profond, une vie de plénitude (« Heureux ») qui résulte de cette attitude de respect, d’obéissance et de soumission à Dieu.

. Et face aux épreuves, le même Psaume affirme : « Ferme sur ses positions, il n’a point de crainte » (v8). Encore une fois, en quelques versets sont opposées 2 notions de la crainte : une qui rend joyeux et la seconde qui terrorise (que le psalmiste n’a pas parce qu’il place sa confiance en Dieu). Racine, dans la pièce « Athalie », fait dire à Joad : « Je crains Dieu et n’ai point d’autre crainte » ; il joue aussi sur les 2 sens de ce mot. Et cela montre bien que le respect vis-à-vis de Dieu conduit à vivre dans le calme, même devant ceux qui sont plus forts que soi.

. Le respect de Dieu conduit à la confiance : « Beaucoup voudront révérer (craindre) l’Eternel et lui faire confiance, quand ils verront ce qu’il a fait » (Ps 40v4) : la peur, elle, ne pousse pas à la confiance, mais la connaissance de ce que Dieu fait conduit à la foi confiante en lui.

. Dans le livre des Proverbes et les Psaumes, la crainte de l’Eternel et la sagesse sont liées ; et même il y a identification entre les 2 termes : « La crainte de l’Eternel est le commencement de la sagesse » (Pr 1v7) ; ou, dans une autre traduction : « La clé de la sagesse, c’est de révérer l’Eternel » ; cette crainte respectueuse est le point de départ, le début du chemin qui conduit à une vraie intelligence (pas intellectuelle mais liée à la vie). On constate que vouloir être intelligent sans se soumettre à Dieu, c’est courir à l’échec, à plus ou moins longue échéance : il n’y a qu’à voir les résultats débridés dans des domaines comme la biologie, l’industrie, les sujets éthiques ou simplement les méfaits de la langue ; quand l’intelligence n’est pas liée à la volonté de Dieu, il n’y a aucune limite. Autrement dit par un certain Montaigne : « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». Notre société paye les frais de son expérience en excluant Dieu. Et le résultat se retrouve être : « Maudit soit l’homme qui compte sur des hommes et qui fait des moyens humains la source de sa force. Il ne verra pas arriver le bonheur » (Jé 17v5).

. La sagesse pour éduquer nos enfants est également liée à notre respect pour ce que Dieu nous dit. « Celui qui craint l’Eternel possède un appui ferme et ses enfants ont un refuge auprès de lui » (Pr 14v26). La réussite de notre éducation passe avant tout par… notre soumission personnelle à ce que Dieu nous demande.

Pour les jeunes, la sagesse de la société (même si elle fait baver ; et c’est normal, parce que nos pulsions vont dans le même sens) est facile et rapide ; alors que la sagesse de Dieu est plus longue et plus difficile à comprendre et à vivre. Mais l’une mène au non-sens de l’existence (« Mangeons et buvons car demain nous mourrons ») et l’autre conduit à la vie.

. Pour l’Eglise, il est important que chacun vive sa foi dans cette crainte respectueuse de Dieu. Luc fait un lien direct entre plusieurs faits quand il écrit : « L’Eglise était en paix dans toute la Judée, la Galilée et la Samarie. Elle s’édifiait et marchait dans la crainte du Seigneur » (Ac 9v31) ; et le résultat de tout cela : « Et elle s’accroissait par l’assistance du Saint Esprit » : l’édification dans l’Eglise et la foi respectueuse en Dieu débouchent sur la paix et la croissance. Tout naturellement ! La vie de communion avec Dieu est la base de tout ; même pour l’accroissement spirituel et numérique.

L’exemple de Noé est intéressant : « Noé, saisi d’une crainte respectueuse, construisit une arche pour sauver sa famille » (Hé 11v7) : c’est cette crainte respectueuse de Dieu, et non des appels à l’engagement, qui est nécessaire pour que les chrétiens vivent par la foi, témoignent, s’engagent pour lui. Le résultat de cette crainte du Seigneur chez Noé est extraordinaire : elle a été source de salut.

. Nous avons le péché qui nous colle à la peau ? Nous ne pouvons nous en dépêtrer ? « Efforçons-nous d’être parfaitement saints [rien de moins] en révérant Dieu (dans la crainte de Dieu) » (2 Co 7v1). La solution est  de vivre dans la crainte respectueuse de Dieu et non pas d’essayer de sortir du filet dans lequel on se débat par soi-même.

. On voit pas mal de problèmes de soumission dans les familles, dans les Eglises (et pas seulement dans la société en général). Ce refus de soumission réciproque crée des difficultés incalculables. La solution ? « Soumettez-vous les uns aux autres dans la crainte de Christ » (Ep 5v21) : ce qui importe par-dessus tout c’est de vivre devant Dieu ce respect et cette soumission. Et Paul dit que la soumission réciproque est le résultat de la plénitude du Saint Esprit, c’est-à-dire lorsque nous nous laissons pleinement diriger par le Saint Esprit.

Le manque de soumission aux autres est à l’origine un problème spirituel : il est nécessaire de le régler d’abord dans la relation avec Dieu et de lui demander de diriger et de contrôler toute notre vie.

 

Alors, on en revient encore à la même case du départ : « Cherchez premièrement la volonté de Dieu (sa justice) ; et toutes choses vous seront données par-dessus » (Mt 6v33). Et nous pouvons faire cette prière que faisait le psalmiste : « Mets en moi cette seule préoccupation : rester soumis à ton autorité » (Ps 86v11).

 

Jean-Ruben

Pour approfondir le sujet :

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5 commentaires sur “Exode 20v20 : La crainte respectueuse de l’Eternel”

  1. Bonjour Jean-Ruben,

    Mon épouse et moi tentons du mieux que nous le pouvons de répondre aux questions que nous pose notre petit-fils de 9 ans sur tous les sujets qui l’intéresse, dont Dieu.

    L’autre jour, il a dit « je n’ai plus peur de Dieu maintenant, car je le connais ». Ce n’est pas là sa formulation exacte, car je ne m’en souviens pas avec précision.

    En essence, je crois qu’il voulait dire que compte tenu de ce qu’il savait maintenant à propos de Dieu, il avait cessé d’être terrorisé à la pensée de Dieu.

    Il faut dire qu’un jour, il avait demandé à sa mère ce qu’il adviendrait de lui une fois qu’il serait mort. Face à l’absence d’une réponse claire, il s’était mis à pleurer, se refusant à accepter qu’il puisse un jour cesser d’exister. Sa mère lui a alors précisé, « grand-maman croit qu’après la mort nous vivons au ciel avec Dieu », ce qui avait eu pour effet immédiat de le consoler et de le rassurer.

    C’est avec beaucoup d’intérêt que j’ai écouté pour ma propre édification l’enregistrement audio votre message biblique « La crainte respectueuse de Dieu ». Vous expliquez de manière posée, simple et claire, ce que toute personne, enfant ou adulte, a besoin de comprendre à propos de Dieu et de notre communion avec Lui.

    Merci pour ce message biblique si juste et si édifiant !

    Daniel Garneau,
    auteur et éditeur
    http://www.savoiretcroire.ca

  2. MAYOMBO dit :

    Bonjour,

    Merci pour votre enseignement, il m’aide à mieux comprendre la crainte que Dieu attend de nous.
    Concernant le Psaumes 86v11, étant différent du mien, quelle version de Bible avez-vous svp?

    Merci

    1. eglise.agen dit :

      Il s’agit de la Bible en version français courant : 11. Seigneur, montre-moi quel chemin je dois suivre, je veux vivre en te restant fidèle ; mets en moi cette seule préoccupation : rester soumis à ton autorité.
      Dans la colombe nous avons : Psaume 86v11. Enseigne-moi tes voies, Éternel ! ,Je marcherai dans ta vérité. Donne-moi un cœur tout simple, que je craigne ton nom.

  3. Benjamin Ngonda dit :

    La crainte de Dieu c’est vital

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