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Cantique des cantiques : De quel amour sommes-nous animés ?

Cantique des cantique : Ode à l'amour vrai dans la Bible

C’est l’amour qui devrait déterminer notre vie, autant envers Dieu qu’envers ceux que nous côtoyons. Sans amour, la vie n’est que du vent ; Paul va plus loin encore quand il écrit : « Si je n’ai pas l’amour, je ne suis rien » (1 Co 13). Beaucoup croient en Dieu, mais souvent il n’y a pas de place pour l’amour pour lui ; et donc il est normal que notre religion rebute et même écœure.

Mais de quel amour parle-t-on ? Nous avons des compréhensions différentes, des vécus différents. Le livre du Cantique des cantiques parle de l’amour qui unit la fiancée (la Sulamite) à son berger, son bien-aimé. Elle exprime son amour à travers 3 déclarations, différentes pour chacune ; mais elles dénotent une croissance dans l’amour. Avons-nous remarqué ces nuances ?

Lecture : Cantique des cantiques 2v16, 6v3, 7v11)

Nous allons reprendre ces déclarations d’amour par rapport à notre relation avec Dieu surtout, mais également par rapport à nos relations avec les autres qui reflètent la même réalité.

1) L’amour-intérêt :

« Mon bien-aimé, il est à moi, et moi, je suis à lui » (Ct 2v16). Ça, de l’amour-intérêt !? On peut trouver que c’est une bien belle déclaration d’amour, pourtant !

Mais comment la fiancée considère son amour ? En premier lieu en ce que son bien-aimé, il est à elle ; vient ensuite son appartenance à son bien-aimé. L’ordre révèle la dimension de l’amour : la priorité, c’est « moi ». Cela parle d’une relation d’amour mais à travers laquelle il est possible de profiter de l’autre pour combler ses propres intérêts.

C’est le cas de certaines personnes ; même au niveau de professions qui ont pour but d’aider les autres, la motivation du salaire peut l’emporter, ou celle de la valorisation, ou de la reconnaissance personnelle. Ce ne sont pas les autres qui sont la motivation première. Cela peut arriver à un pasteur également, tout comme à une infirmière ou un homme politique ou un bénévole dans une œuvre humanitaire. Le dévouement peut être sous-tendu par un manque intérieur, et le fait de s’intéresser aux autres peut cacher ce besoin centré sur soi.

Dans ce cas, je n’aime pas tant les autres pour eux-mêmes mais pour l’effet boomerang, c’est-à-dire pour ce que ça me rapportera, à moi.

Quelques exemples : cette société offrait un stylo : quelle gentillesse ! Mais le but est qu’on la connaisse plus pour, en retour, qu’on achète ses produits ; on peut chercher à avoir des enfants en pensant… qu’on ne sera pas seul ni abandonné dans la vieillesse ; on peut être bon pour, en retour, recevoir des remerciements, pour ressentir dans le regard des autres : « Ah ! Celui-là, il est gentil… il a le cœur sur la main, lui » ; on peut être amoureux de quelqu’un mais pour recevoir de l’amour ; dans le fonctionnement de certains couples, quand c’est l’égoïsme qui relie 2 êtres humains, difficile de parler d’un amour véridique ; et difficile de penser que cette relation tiendra dans la durée.

Certains couples fonctionnent sur ce principe. Mais c’est en définitive un amour bien fragile que celui qui consiste à profiter de l’autre (même si l’on fait preuve de dévouement et de gentillesse). C’est un marché entre 2 parties ; comme les pique-bœufs : ces oiseaux se nourrissent des bestioles qui sont sur les buffles, les rhinocéros ou les girafes ; ceux-ci les acceptent ; ils sont gentils avec eux (ils les aiment bien) mais à condition qu’ils les débarrassent de leurs bestioles qui les envahissent. C’est l’amour-intérêt des 2 côtés.

J’aime parce que ça me rapporte ; mais est-ce un amour vrai ?

Dans la relation avec Dieu, il peut exister le même rapport :

. Jacob, quand il fuit son frère à qui il a volé son droit d’ainesse, passe un marché avec Dieu : « Si tu me fais réussir mon voyage, si tu me donnes la nourriture et le vêtement (…), alors tu seras mon Dieu » (Ge 28v20-21). De même, je peux être chrétien pour que Dieu me garde ; la priorité, c’est « moi ». Je prie… pour que Dieu m’exauce : ce sont mes intérêts qui sont ma motivation principale. Et c’est là alors que nous constatons que notre amour pour Dieu peut ne pas dépasser le premier degré…

Beaucoup de religions se basent sur ce but : faire, agir pour rendre Dieu favorable et qu’il bénisse. C’est en fait profiter de l’amour de Dieu pour assouvir nos besoins. Où est l’amour profond pour Dieu quand j’agis en faisant le bien pour que Dieu me fasse du bien… ? C’était le reproche qu’Esaïe faisait au peuple d’Israël (Es 58v3) : « Vous dites : ‘Que nous sert de jeûner [c’est à dire faire des sacrifices physiques, se priver dans un but religieux] si tu ne le vois pas !? De mortifier notre âme si tu n’y a pas d’égards !?’ ». Si Dieu ne considère même pas nos bonnes œuvres, à quoi ça sert qu’on soit bon !? Avec tout ce que je fais pour Dieu, comment ça se fait que j’ai tant de problèmes !?

Mais c’est malheureusement l’appel qui est donné pour attirer les personnes à Dieu : « Convertissez-vous, tournez-vous vers lui et il vous bénira, il vous guérira, il effacera vos dettes financières, vous n’aurez plus de problèmes ». Le centre, c’est l’être humain ; Dieu vient après. En définitive, Dieu est pour moi, en premier lieu.

Il est peut-être normal qu’un enfant aime de cet amour-là, par intérêt ; mais quand un adulte aime Dieu ainsi, il manifeste un manque de maturité dans sa vie avec lui.

On peut trouver que le fait de chercher à être bon, à plaire à Dieu, c’est déjà bien ! Les pharisiens, du temps de Jésus, pouvaient se targuer de faire beaucoup de choses pour Dieu : ils priaient beaucoup – mais Jésus les traite d’hypocrites : « C’est pour les honneurs que vous faites de longues prières ! » (Mt 23v14) ; ils sont zélés dans le témoignage – mais Jésus leur dit : « Hypocrites ! Vous courrez toute la terre pour faire un prosélyte ! » (v15 ; c’est-à-dire quelqu’un qui vous obéit). Et la conclusion de Jésus est sans appel : « Race de vipères ! Comment pouvez-vous penser que vous éviterez le châtiment de l’enfer ? » (v33). Quand l’amour cache l’égoïsme, la recherche des intérêts personnels, il ne peut être l’amour selon Dieu.

Mais il est possible de connaître une autre dimension :

2) L’amour-don :

« Moi, je suis à mon bien-aimé et mon bien-aimé est à moi » (Ct 6v3).

Dans sa déclaration d’amour, la fiancée passe au… second plan. Son désir premier devient don : « Moi, je suis à mon bien-aimé » ; sa préoccupation, c’est de vivre pour son bien-aimé, de répondre à ses intérêts. En premier lieu, elle est à lui.

. Pour nous, cette dimension de l’amour pourrait se résumer à cette définition qui revient à plusieurs reprises sous la plume de l’apôtre Paul : « L’amour ne cherche pas son intérêt » (1 Co 13v5 ; Ph 2v4). Jésus nous invite à aimer ceux qui ne peuvent pas nous rendre la pareille pour qu’on ne les aime pas… pour recevoir en retour (Lc 14v12-14). « Partage ton pain avec celui qui a faim et fais entrer dans ta maison les malheureux sans asile » (Es 58v6-7) ; et le verset suivant ajoute : « Alors ta vie en sera transformée » (v8-9).

Notre but devrait être d’aimer en nous donnant. Quelqu’un donnait cette définition de l’amour : « Aimer, c’est d’abord détruire en soi-même l’égoïsme pour substituer l’amour et ainsi devenir plus grand que soi-même ». Mais… le don de soi a des limites, qui sont quelques fois vite atteintes. Il est nécessaire que Dieu fasse une œuvre profonde en nous.

. Dans notre relation avec Dieu, l’aimer, c’est désirer vivre avec lui et pour lui en premier lieu. C’est le don de soi au Seigneur qui caractérise l’amour ; l’amour-intérêt personnel (Dieu est pour moi) n’en est qu’une caricature. Laisser la foi être dominée par l’intérêt personnel, c’est passer à côté d’une relation profonde, telle que Dieu la veut. Dire : « Je suis à Dieu et Dieu est à moi », c’est orienter la prière en disant : « Je m’offre à toi ; utilise-moi comme tu le voudras. Fais de moi aujourd’hui ce que tu voudras. Je te donne mes forces, mon temps, mon argent, mes projets ».

Face à la société où il est normal que l’on donne à condition que ça rapporte, le chrétien est appelé à vivre dans une autre dimension : celle du don.

Mais la fiancée du Cantique des cantiques s’attend à ce qu’il y ait retour sur investissement : « … Et mon bien-aimé est à moi » : c’est quand même normal que je reçoive, même si ce sont les intérêts de l’autre qui priment…

C’est là que nous voyons qu’elle a découvert un troisième degré dans l’amour qu’elle peut donner à son bien-aimé :

3) L’amour-grâce :

« Moi, je suis à mon bien-aimé et c’est moi qu’il désire » (7v11).

Cette dimension de l’amour est proche de la précédente où elle dit qu’elle appartient en premier lieu à son bien-aimé ; mais lui n’est plus sa possession (« Tu es à moi ») : elle lui dit qu’elle ne le considère plus comme étant celui qui doit l’aimer (« c’est normal puisque je t’aime ») ; elle reconnait que c’est une grâce, un privilège de voir que ses désirs se portent vers elle.

C’est sur cette base que Dieu décrit sa relation avec le peuple d’Israël : « L’Eternel, ton Dieu, t’a choisi pour que tu lui appartiennes. Ce n’est pas parce que tu surpasses les autres que l’Eternel s’est attaché à toi et qu’il t’a choisi, car tu es le plus petit entre tous : mais c’est parce que l’Eternel t’aime » (Dt 7).

Dans la relation avec Dieu, il n’y a alors pas d’appropriation de l’amour de Dieu (« Tu es amour, donc tu dois me le témoigner ; et de cette manière… ») ; il n’est pas considéré comme un dû. En réfléchissant à la souveraineté de Dieu et à ce que nous sommes, comment ne pas approcher l’amour de Dieu comme un privilège que nous ne pouvons mériter… Non, le Seigneur ne peut être à nous, pour répondre à nos demandes. Mais… dans sa grâce, il veut nous offrir son amour, ses bienfaits. Je ne peux rien exiger de sa part, mais je sais que son désir est de me donner le meilleur. Ce n’est jamais du « donnant-donnant », sur la base du mérite. Quel privilège de comprendre et de vivre cette dimension extraordinaire de l’amour : nous sommes acceptés par Dieu ; tout m’appelle à vivre pour lui, sans exiger de lui. Et je sais qu’il veut me témoigner son amour immérité. C’est cela qui devrait être le thermostat de notre vie : la reconnaissance de la grâce de Dieu ; elle change mon regard sur tout.

Et dans notre relation avec les autres ? Heureux celui qui vit dans la même dimension, en vivant pour leur intérêt sans exiger en retour. Il y a là une dimension surhumaine ! Vivre cette dimension est un risque : celui de ne pas recevoir en retour ; mais c’est cet amour-là qui construit, qui interpelle parce que désintéressé, non égoïste. Nous pouvons demander à Dieu de nous remplir de cette volonté d’aimer de cette manière. Il y a de l’espoir : lui nous aime de cet amour-là ; et il veut nous aider à l’aimer et à aimer les autres de cet amour qui vient de lui.

 

Mais peut-être vous ne vous êtes retrouvés dans aucune de ces catégories et vous pensez : « Dieu est pour moi », et c’est tout. Ce dont nous avons le plus besoin, c’est de comprendre et d’accepter l’amour gratuit de Dieu : c’est un amour qui transforme, pardonne, donne un sens à la vie, donne gratuitement la vie éternelle avec Dieu.

En venant à la croix, on découvre tout cela.

Jean-Ruben

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6 commentaires sur “Cantique des cantiques : De quel amour sommes-nous animés ?”

  1. Link dit :

    Voyez quel amour le Pere nous a temoigne, pour que nous soyons appeles enfants de Dieu! Et nous le sommes. Si le monde ne nous connait pas, c’est qu’il ne l’a pas connu.

  2. Dans la vie, il faut être heureux avec ce que l’on a sans s’en contenter.

  3. qasBoaps dit :

    hello all users. i am quas wenkis from mali.

  4. Billy dit :

    Les deux amoureux sont quasiment les images de Jésus-Christ et de son Eglise. L’ensemble des croyants représente l’épouse,etl’epoux c’est Jésus-Christ. Reste à nous de voir quelle genre de relation avons-nous avec Le Seigneur. » Recherchons en premier le royaume de Dieu, et le reste nous sera accordé par surcroît ».

    1. eglise.agen dit :

      Merci pour votre participation..

  5. Thecog dit :

    hello. i am from poland. merci pour vos messages!

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