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Michée 6v8 : Les 3 piliers de la vie chrétienne – la justice, la miséricorde et l’humilité

Les 3 piliers de la vie chrétienne

La justice, la miséricorde et l’humilité ; ces 3 termes ne semblent pas liés entre eux, de premier abord. Pourtant, ils sont les 3 piliers qui soutiennent la vie chrétienne, la vie avec Dieu. Et comme tout trépied, le fait d’en enlever un seul entraîne… la chute. Le problème soulevé par le prophète Michée est que le peuple d’Israël fondait sa relation avec Dieu sur… un monopied ; à savoir : ce qu’il faisait, en pensant que Dieu lui sera alors favorable. Les israélites calquaient leur religiosité sur celle de leurs voisins idolâtres. Mais la Bible affirme qu’il est impossible de plaire à Dieu sur la base des œuvres : en effet, aucun être humain ne pourra effacer ses fautes ni avoir une attitude parfaite pour obtenir la faveur de Dieu ; même en donnant à Dieu le meilleur (« le fruit de tes entrailles », v7).

Lecture Michée 6v7-8 : L’Eternel agréera-t-il des milliers de béliers, Des myriades de torrents d’huile? Donnerai-je pour mes transgressions mon premier-né, Pour le péché de mon âme le fruit de mes entrailles? – On t’a fait connaître, ô homme, ce qui est bien; Et ce que l’Eternel demande de toi, C’est que tu pratiques la justice, Que tu aimes la miséricorde, Et que tu marches humblement avec ton Dieu.

Mais alors, en quoi est-ce différent de vivre la justice, la miséricorde et l’humilité !? N’est-ce pas fonctionner sur le principe des œuvres pareillement ? Michée n’enseigne-t-il pas qu’il est capital de mener une vie vertueuse ou de chercher à vivre une dimension sociale en faisant tout pour faire régner la justice ?

Non ! Cette affirmation de Dieu, par Michée, insiste sur l’être : c’est ce que nous sommes qui importe avant tout. C’est ma relation avec Dieu qui détermine ma vie chrétienne.

1) Le contexte historique de Michée :

Nous sommes vers l’an 700 av JC ; le prophète Michée se trouve dans une période de trouble à tous niveaux (religieux, social, moral) pour le peuple d’Israël. Il est contemporain d’autres prophètes qui ont enseigné dans la même perspective :

  • Amos a axé son message essentiellement sur la pratique du droit et de la justice ;
  • Osée, quant à lui, est le prophète de l’amour ;
  • Esaïe a souvent dénoncé l’orgueil de celui qui se confie en lui-même sans chercher à vivre selon la volonté de Dieu.

On voit donc que Michée, dans ce chapitre 6 et verset 8, reprend le message annoncé par les autres prophètes.

A qui s’adresse le prophète Michée ?

En lisant le contexte de notre verset, on comprend que Michée vise ceux qui voudraient éviter de passer par une vraie repentance, ceux qui ne mettent pas Dieu au centre de leur vie, qui ne comprennent pas (ou refusent de comprendre) que c’est dans la soumission au Seigneur que la vie prend tout son sens.

Michée oppose, à 2 mots d’intervalle, « l’homme » (Adam, « poussière ») à « l’Eternel », le grand Dieu ; l’opposition est grande.

2) Quelle est alors la vie chrétienne que Dieu demande ?

En reprenant les 3 volets de ce verset, Dieu définit ce sur quoi nous devons faire reposer notre vie chrétienne, véçue pour lui, et par voie de conséquence pour les autres : il s’agit de « pratiquer la justice, d’aimer la miséricorde et de marcher humblement devant Dieu ».

Ce message est celui que Dieu avait donné à Israël par Moïse déjà : « Maintenant, Israël, que demande de toi l’Eternel, ton Dieu, si ce n’est que tu craignes l’Eternel, ton Dieu, afin de marcher dans toutes ses voies, d’aimer et de servir l’Eternel, ton Dieu, de tout ton cœur et de toute ton âme » (Deutéronome 10v12). Un siècle plus tard que Michée, Sophonie dira lui aussi : « Cherchez l’Eternel, recherchez la justice, recherchez l’humilité » (Sophonie 6v30). En résumé, Dieu demande une foi véritable, fondée sur l’obéissance à sa Parole, vécue dans une relation étroite avec lui.

« Ce que l’Eternel demande de toi, c’est que tu pratiques la justice » :

La justice, dans la pensée biblique est ce qui est juste aux yeux de Dieu, ce qui est conforme à sa volonté. Jésus dira : « Cherchez d’abords le Royaume et la justice de Dieu et toutes ces choses vous seront données par-dessus » (Matthieu 6v33) : il demande donc de vivre selon les principes du Royaume, et donc ceux du Roi. En parlant de la justice, il ne s’agit donc pas avant tout de l’interpréter dans un sens juridique ou social.

Le message de Michée est de mettre en pratique la volonté divine.

Cela implique 2 idées : le fait de la connaître, à travers sa Parole (et donc de la lire ; quelques versets une fois par semaine le dimanche ne suffiraient pas alors à voir toute la Bible, même pendant toute une vie…) ; et ensuite le fait de la vivre (jour après jour).

Cela signifie bien sûr que les rapports avec les autres seront empreints de ce que l’on connait de Dieu et de sa volonté. Ce que Dieu demande, c’est de vivre comme il le veut au sein du couple, de la famille, de l’Eglise, au travail.

« Ce que l’Eternel demande de toi, c’est que tu aimes la miséricorde » :

« Aimer », c’est porter tout son désir, ses pensées (et non pas avant tout ses sentiments fluctuants) vers un but ; c’est s’appliquer, être animé d’un amour inébranlable. Quel est le but ? Vivre la miséricorde.

Quelle est la définition de la « miséricorde » : c’est un des termes les plus riches de l’Ancien Testament ; on ne peut retranscrire toute la palette des différentes nuances en un seul mot ; c’est beaucoup plus que l’amour : sont liés à ce mot les notions de loyauté, de solidarité, d’amitié profonde, d’alliance, de contrat, de grâce (et donc de pardon), de bonté, de bienveillance, de tendresse, de fidélité, de piété, de culte rendu avec sincérité et vérité. Le terme de miséricorde divine est souvent employé pour exprimer la relation de Dieu avec l’être humain. Cette relation d’amour inclut automatiquement la fidélité à l’alliance, l’engagement envers l’être humain et réciproquement envers Dieu ; c’est ce qui, par voie de conséquence, fait vivre l’engagement durable, la fidélité, le pardon, cela entre mari et femme, entre parents et enfants, entre chrétiens dans l’Eglise, et avant tout, jour après jour, entre le croyant et son Dieu.

Mais le problème, c’est que nous n’aimons pas tellement aimer dans certaines circonstances, ni pardonner, ni rester fidèle ; parce que nous concevons l’amour comme dépendant de nos envies. On aime quand ensemble on est d’accord, quand l’autre est aimable. Shakespeare disait : « L’amour n’est pas l’amour s’il change quand il trouve un changement ».

Cette notion est fortement reprise dans le Nouveau Testament : « Je vous donne un commandement nouveau, dit Jésus : aimez-vous les uns les autres » (Jean 13) ; « Si je n’ai pas l’amour, je ne suis rien, écrit Paul ; quand j’aurais le don de prophétie, la science de tous les mystères, et toute la connaissance [spirituelle], quand j’aurais même la foi jusqu’à transporter des montagnes, si je n’ai pas l’amour, je ne suis rien. Quand je distribuerais tous mes biens pour la nourriture des pauvres, si je n’ai pas l’amour, cela ne me sert de rien » (tiens, ce ne sont pas les œuvres de bonté qui font l’amour selon Dieu…) (1 Corinthiens 13).  Jean écrit dans son épître : « Celui qui ne fait pas ce qui est juste [aux yeux de Dieu] n’appartient pas à Dieu, pas plus que celui qui n’aime pas son frère» (1 Jean 3v10).

Ce que Dieu demande c’est de vivre cet amour comme il le veut au sein du couple, de la famille, de l’Eglise, au travail.

« Ce que l’Eternel demande de toi, c’est de marcher humblement avec ton Dieu » :

Cet aspect de la volonté de Dieu est à rapprocher des 2 premiers dans notre relation avec lui : l’humilité est signe de dépendance, de soumission où ce n’est pas l’égocentrisme qui domine.

Cette humilité signe le départ de la vie chrétienne, lors de la conversion, où on le reconnaît comme étant le Maître de sa vie, et le signe en est la repentance. Mais ici, il est question de « marcher avec Dieu » : il s’agit donc de la vie quotidienne avec lui. Le problème est bien quand on reprend les guides de sa propre vie.

L’humilité doit être la base de notre relation avec Dieu. Et comme l’amour qui se manifeste dans notre relation  verticale, l’humilité doit se vivre concrètement dans nos rapports les uns avec les autres également (Ephésiens 5v22-6v9). Comment pourrions-nous concevoir de vivre dans l’humilité face à Dieu, si nous manifestons une attitude de supériorité vis-à-vis des autres ?

Cette insistance sur l’humilité se lit dans toute la Bible ; elle y est considérée comme un des piliers de l’amour. « Parce que vous révérez le Christ, vous vous soumettrez les uns aux autres » (Ephésiens 5v21). « Tous, dans vos rapports mutuels, revêtez-vous d’humilité, car Dieu résiste aux orgueilleux mais il fait grâce aux humbles. Humiliez-vous donc sous la puissante main de Dieu afin qu’il vous élève au temps convenable » (1 Pierre 5v5-6).

Le message de Michée insiste sur l’importance de la soumission devant Dieu. C’est cela qui amènera à dépendre vraiment de lui ; c’est lui qui peut me rendre capable de mener une vie chrétienne réelle, dans l’obéissance à sa volonté, dans l’amour selon lui ; et cela en reconnaissant mon incapacité à le vivre avec mes seules capacités.

Sur les 2 rames d’un bateau d’un chrétien était marqué « œuvres » sur l’une et « foi » sur l’autre. Ceux qui montaient dans sa barque lui posaient la question au sujet de ces noms ; alors il ramait seulement avec une rame, et il tournait en rond, puis seulement avec l’autre rame, et il tournait en rond dans le sens inverse.

Il faut nous méfier si nous vivons la justice, la droiture, l’amour pour les autres… si nous ne le vivons pas en priorité avec Dieu. Il faut nous méfier si, à notre avis, nous vivons la justice, l’obéissance, à Dieu, l’amour pour lui, dans l’humilité,… si nous ne le vivons pas aussi avec les autres.

Ainsi devant Dieu, le critère essentiel ne dépend pas de ce que les hommes font : il faut ajouter « par rapport à Dieu » ; il s’agit de vivre en agissant selon sa volonté et sa Parole.

3) L’enseignement de Jésus sur la vie chrétienne :

Jésus reprend ces 3 points (la justice, l’amour et l’humilité) au début du sermon sur la montagne et y ajoute une dimension qui parle de son œuvre : la bénédiction. « Heureux ceux qui sont humbles car Dieu leur donnera la terre ; heureux ceux qui ont faim et soif de justice car ils seront rassasiés ; heureux ceux qui sont miséricordieux car ils obtiendront miséricorde » (Matthieu 5v5, 6, 7). Et Jésus, juste avant ces paroles, avait commencé en parlant de notre position devant Dieu : « Heureux ceux qui se reconnaissent pauvres spirituellement, car le royaume de Dieu est à eux » (v3).

Et pour que nous puissions le vivre, Jésus est venu le vivre en parfait exemple :

  • Jésus a été fait justice : il a parfaitement accompli la volonté de son Père (et le summum l’a été à la croix) ; en lui, nous sommes déclarés justes et devenus capables d’accomplir ainsi la volonté de Dieu.
  • Jésus a aimé parfaitement (et cela a culminé à la croix) ; et son amour en nous nous transforme.
  • Jésus a vécu dans l’humilité la plus grande (il l’a manifesté pleinement lors de sa mort) ; son attitude nous pousse à suivre son exemple. Et après avoir lavé les pieds de ses disciples et leur avoir enseigné à vivre cette humilité, il termine en disant : « Vous êtes heureux… à condition de mettre en pratique ces choses » (Jean 13v17).

 

Jean-Ruben

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