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les premiers, les derniers … dans quel ordre ? Matthieu 19-20

les derniers seront les premiers

Beaucoup de phrases du langage courant sont empruntées à la Bible ; même sans que les gens le sachent. Style : vous êtes dans une file d’attente et vous devez vous absenter ; le résultat : vous vous retrouvez à la fin de la queue. Et quelqu’un alors, le sourire en coin, dira : « Les premiers seront les derniers ! ».

Cette phrase de Jésus (citée 3 fois dans Matthieu 19v30, 20v16, 20v37) est étonnante. Il est dans la mentalité orientale de cultiver le mystère. Mais au-delà du style, cette phrase contient des vérités ; capitales même, pour la vie sur terre et dans le ciel.

1) Qui sont les premiers et les derniers ? A qui Jésus pense-t-il ?

Jésus sait que Dieu s’est révélé au peuple juif en premier ; les autres peuples étaient éloignés de cette connaissance. Mais les promesses de l’Ancien testament annoncent qu’un jour, tous les peuples pourront connaître le vrai Dieu. Et Jésus dit à ses disciples que ceux qui étaient les derniers jusqu’alors vont chercher Dieu et que le peuple juif, qui va le rejeter comme le Messie, deviendra… le dernier.

Paul reprend ce thème (Romains 9-11) et commence en parlant des deux jumeaux Esaü et Jacob : là déjà le dernier (Jacob) est devenu le premier et le premier (Esaü), le dernier. A cause de la décision de Dieu et de l’attitude de ces deux hommes (voir aussi Actes 28v24-28).

– L’enseignement de Jésus souligne là aussi des contrastes : au début de son ministère, un centenier romain vient implorer Jésus de guérir son serviteur ; et Jésus dit à tous : « Je vous le dis, en vérité, même en Israël je n’ai pas trouvé une aussi grande foi » (Matthieu 8v10-12). Celui qui était haï en tant qu’envahisseur était valorisé par Jésus.

– Notre situation moderne révèle le même contraste : c’est l’Europe qui a suscité au 16ème siècle des hommes qui ont permis qu’on redécouvre la Bible. Des milliers de missionnaires en sont sortis pour évangéliser la terre entière. Mais l’évolution a été bien négative. Heureusement, maintenant, c’est le contraire et c’est de l’Asie, l’Afrique, l’Amérique du Sud que viennent ces missionnaires. Actuellement, la progression des chrétiens en Europe est de 3%, alors qu’elle est dans les autres continents de 300 et même 400%.

– Certains qui connaissent l’Evangile depuis longtemps n’ont peut-être pas pris de réelle décision pour Christ ; à la différence d’autres qui ont entendu parler de la vie avec Dieu depuis peu et qui se sont engagés pleinement pour lui.

– Jésus parle de ceux qui sont considérés comme les derniers, et qui sont même rejetés par les disciples : les enfants (Matthieu 19v13), mais il redonne la valeur à ces petits enfants : « Laissez donc ces petits enfants, ne les empêchez pas de venir à moi, car le royaume des cieux appartient à ceux qui leur ressemblent » (v14).

Les derniers selon les hommes sont ceux qui sont d’autant plus acceptés par le Seigneur. Dans notre société – ou dans l’Eglise – quels sont ceux qui sont rejetés ? Le Seigneur veut les bénir tout particulièrement.

« Plusieurs des premiers seront les derniers et plusieurs des derniers seront les premiers ».

2) Les derniers seront les premiers – en pratique :

L’humilité : après avoir relevé l’humilité des enfants (Matthieu 18v1-4 ; 19v13-14), Jésus va s’entretenir avec un homme qui est considéré dans la société (Luc 18v18), à la vie, semble-t-il, irréprochable (Matthieu 19v20). Il doit être parmi les premiers sauvés ! Jésus, en mettant le doigt sur son problème profond, va montrer qu’il est loin, très loin du salut.

Jésus a souvent repris les religieux de son époque ; surtout par rapport à leur vie.

Tout était dans l’apparence. A cause de leur connaissance de la loi, ils devaient avoir un comportement cohérent avec ce qu’ils savaient. Mais, selon Jésus, ils étaient les premiers… à être orgueilleux, égoïstes, hypocrites, voleurs… En fait, ils prouvaient qu’ils étaient par leur attitude loin derrière certains… qu’ils rejetaient.

« Vraiment, je vous l’assure : les collecteurs d’impôts et les prostituées sous précèderont dans le royaume de Dieu. En effet, Jean est venu, il vous a montré ce qu’est une vie juste, et vous n’avez pas cru en lui – tandis que les collecteurs d’impôts et les prostituées ont cru en lui. Et, bien que vous ayez eu leur exemple sous vos yeux, vous n’avez pas éprouvé les regrets qui auraient pu vous amener enfin à croire en lui » (Matthieu 21v31-32).

Attention à ne pas nous surestimer tout en dévaluant les autres…

Les disciples sont près de Jésus depuis presque 3 ans, ils ont entendu son enseignement, en particulier sur l’humilité. Mais un problème éclate entre eux qui va révéler qu’ils ne sont peut-être pas les premiers aux yeux du Seigneur. Malgré leur connaissance ils ont encore un complexe de supériorité (Matthieu 20v20-25).

C’est la mère de Jacques et Jean qui ouvre le feu : elle se prosterne devant Jésus ! Mais ses propos ne montrent pas la même humilité : « Voici mes deux fils. Promets-moi de faire siéger l’un à ta droite, l’autre à ta gauche, dans ton royaume » (Matthieu 21v21) ; sous-entendu parce que ce sont les premiers, les meilleurs.  Rien que ça… !

Et Jésus répond en s’adressant… aux deux frères, parce qu’il sait que ce sont eux qui sont derrière cette demande – même s’ils sont effacés en ne le demandant pas directement.

Et puis il y a les dix autres disciples qui reprochent à leurs compagnons leur arrogance ; mais que se cache-t-il derrière ce reproche ? Et là encore, Jésus répond… à tous : seraient-ils jaloux parce que, eux, ont osé le demander avant eux ? C’est à eux tous qu’il rappelle alors que les premiers aux yeux des hommes ne le sont pas devant Dieu.

Et Jésus, le Maître, alors indique que l’humilité est le fondement de son œuvre, de sa vie ; il est venu vivre dans la petitesse et dans l’humilité, comme le dernier, jusqu’à l’humiliation de la croix, à la place de ceux qui se croient les premiers. Et pour être au bénéfice du salut qu’il offre, il est donc nécessaire de reconnaître qu’on s’est éloigné de lui et qu’on est dans l’impossibilité de se sauver par soi-même.

Il n’y a personne d’autre dans ce récit ; si ce n’est ceux qui lisent ce texte et qui trouvent que les disciples exagèrent et se trouvent bien présomptueux ! Que se cache-t-il derrière le jugement sur les autres ? Nous, les lecteurs juges, sommes-nous tellement devant les 12 ? Les rapports qui dirigent nos relations sont, peut-être plus souvent que nous le pensons, du premier au dernier d’entre nous, des rapports de force, de pouvoir, d’influence.

Et juste après l’épisode de la demande des deux frères, se trouve le récit de deux aveugles qui, eux, se mettent à voir parce qu’ils ont vécu un total abandon par la foi en Jésus (Matthieu 20v29-34).

 

La vie éternelle : voilà un autre thème qui transparaît dans ces différents récits. Jésus va raconter une parabole très déstabilisante, suite au refus de l’homme riche mais aussi suite à la remarque des disciples : « Nous, nous avons tout quitté pour te suivre ! » (19v27) : nous sommes bien les premiers ! Et Jésus, à travers la parabole des ouvriers loués à différentes heures, va renverser le raisonnement humain quant au salut.

Quelle injustice ! Qu’on travaille 11 heures ou… 1 heure, on reçoit le même salaire. Drôle de patron ! Ah ! Si les syndicats avaient existé, ça ne se serait pas arrêté là… Jésus et la loi Travail, ce n’est pas la même loi… Mais du reste, les réactions ont été fortes dans notre histoire : Jésus sait bien que les syndicats religieux (et ils sont très nombreux, aujourd’hui plus que jamais) sont opposés à la loi de la Grâce.

Il affirme que le salaire (la vie éternelle avec Dieu) est sans rapport avec la quantité de travail accompli, de bonnes œuvres.

Comment penser qu’on pourra comparaître devant Dieu en lui disant : « Regarde-moi », alors qu’il nous regarde et nous considèrera à travers Christ, qui est mort et ressuscité à notre place ! Il n’y a qu’une seule manière d’être sûr de son salut : accepter de répondre à l’appel de Dieu qui ensuite donne, selon sa promesse, sans comptabiliser les œuvres.

A tous ceux qui le suivent, vivent pour lui, il donne gratuitement la vie éternelle.

 

Après le refus de l’homme riche d’abandonner ce qu’il possède égoïstement, Jésus dit à ses disciples qui lui demandaient : « Qui peut être sauvé alors ? » (19v25) : « Aux hommes, cela est impossible mais à Dieu tout est possible » (v26).

Et c’est là que les surprises seront nombreuses, autant par rapport à ceux qu’on estime facilement parmi les derniers qui pourraient être sauvés que parmi ceux à qui on donne le bon Dieu sans confession…

3) En conclusion, quelle signification sur le plan spirituel ?

Pour terminer, remarquons que cette affirmation se retrouve deux fois sous la même forme et une troisième en d’autres termes, à savoir : « Si quelqu’un veut être grand parmi vous, qu’il soit votre esclave » (20v27). Ceux que Dieu considère comme grands, premiers, sont ceux qui vivent dans une relation d’humilité.

Le rapprochement avec notre citation, c’est qu’il n’y a personne qui soit supérieur ; les rapports humains doivent être de soumission réciproque, d’humilité et de service mutuel. Le vivre, c’est connaître la solution à bien des problèmes et des conflits.

C’est être grand alors que de vivre dans le service pour les autres.

Jésus renverse le mode de pensée et de fonctionnement de l’être humain qui cherche à réussir, en jouant des coudes, quitte à écraser (déjà par les paroles).

C’est l’histoire presqu’incroyable de l’australien Steven Bradbury aux Jeux Olympiques de Salt Lake City, en patinage de vitesse. Il est le dernier qualifié en quart de finale, repêché parce que le deuxième avait écarté un concurrent ; au cours de la demi-finale, il est dernier de l’épreuve quand plusieurs s’accrochent et tombent ; il est qualifié. Lors de la finale, les 4 autres sont toujours devant lui et dans le dernier virage, les 4 sont au coude à coude et… chutent ! Notre australien passe la ligne en vainqueur et obtient la médaille d’or.

Il arrive donc dans les histoires vraies que les derniers soient les premiers.

Il se trouve que nous sommes sous certains angles tellement tordus que nous restons sans nous mettre en avant, comme Jacques et Jean, en retrait, sans témoigner, sans prier, pour que les autres ne remarquent pas nos imperfections, nos défauts ou simplement par égoïsme, par paresse ou pour chercher à être humble (et ça, c’est un sacré problème, sans solution).

L’attitude de service envers les autres devrait dépasser et remplacer la timidité, par l’amour parce qu’il est profondément lié à la recherche de l’intérêt de l’autre en premier (2 Timothé 1v7).

« Seigneur, que je ne cherche pas à être le premier ou le dernier, mais que j’apprenne à toujours mieux vivre pour toi et les autres ».

Jean-Ruben

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