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Matthieu 13:24-43 : La parabole du bon grain et de l’ivraie

La parabole du bon grain et de l'ivraie

Pour expliquer le Royaume ou le Règne de Dieu, Jésus a souvent parlé en paraboles. C’est-à-dire qu’il racontait une histoire prise dans la vie quotidienne pour faire comprendre quelque chose de ce Règne qu’il est venu annoncer. Souvent d’ailleurs, une parabole souligne un aspect du royaume pas tous les aspects. La parabole du bon grain et de l’ivraie, dans Mathieu 13, fait appel à l’expérience des cultivateurs.

Voilà un champ ensemencé de bon grain par son propriétaire, puis d’ivraie, une mauvaise herbe, par une main ennemie. Dès que les serviteurs s’en aperçoivent, quand le blé commence à monter en épi, ils proposent d’arracher celle-ci. Mais ils sont arrêtés dans leur désir de bien faire. « Vous risqueriez en arrachant l’ivraie, d’arracher en même temps le blé. Laissez l’un et l’autre croître ensemble jusqu’à la moisson, dit le maître. »

Définition : L’ivraie (vivace ou raygrass) est une plante de la famille des Graminées qui ressemble beaucoup au blé dans les premiers stades de sa croissance. Mais son grain peut être amer et, mélangé au blé, il peut causer des malaises graves, des ivresses et même des empoisonnements. Ce n’est qu’au moment de la moisson que l’on distingue le mieux les deux plantes : le blé courbe son épi lourd alors que l’ivraie garde son épi érigé bien droit. C’était l’une des plaies des cultivateurs du Moyen-Orient car les racines des deux plantes sont généralement imbriquées de façon inextricable l’une dans l’autre. Il est donc quasiment impossible de séparer le bon grain de l’ivraie.

Voilà pourquoi le maître recommande de laisser les deux croître ensemble. Si le bon sens semble l’emporter sur la volonté des serviteurs de nettoyer le champs, cette parabole, comme d’autres, est peut-être plus difficile à accepter qu’à comprendre.

Séparer le bon grain de l’ivraie

Les serviteurs sont animés par un désir de mise en bon ordre et de netteté ; ils sont conduits par la logique simple du « ou bien ceci ou bien cela », logique du « ou/ou » qui exclut. Ou le bon grain ou l’ivraie, mais pas les deux ; en l’occurrence, c’est l’ivraie qu’il faut supprimer, car l’ivraie est ici synonyme du méchant. Et c’est là que le problème du mal surgit dans toute sa « splendeur » si j’ose le dire ainsi. En effet, le mal nous trouble, d’où vient-il ? Qui de nous ne voudrait-il pas que le mal soit anéanti définitivement pour qu’on en soit enfin débarrassé ? Parce que le mal n’est pas qu’une question philosophique, réservée aux intellectuels qui n’ont rien d’autres à penser, non, elle nous concerne tous, pas seulement les autres. Quel est cet ennemi qui se glisse sournoisement dans les bonnes intentions, dans les décisions et les actions ? Nous ne voulons pas voir nos efforts d’ensemencement anéantis et cherchons, de façon spontanée, à préserver la récolte. C’est une attitude que nous avons tous. Mais dans la vie complexe qui est la nôtre, les choses sont rarement bien tranchées. Le mal et le bien sont inextricablement liés et il n’est pas facile de les distinguer.

Si la logique des serviteurs est celle du « ou/ou », la logique du maître est celle du « et/et » : « Laissez croître et l’un et l’autre « , et le bon grain et l’ivraie. La logique du « et/et » ne permet pas de trancher, elle est globale et met l’accent sur ce qui est commun. Les deux plantes ont en commun de pousser dans le même champ. Cette logique réunit et ne sépare pas. C’est vrai, cette position du « et/et » garde des termes opposés en tension. Cette tension est particulièrement inconfortable à vivre quand le champ est notre monde. Cela peut nous entraîner dans la confusion, nous empêcher de distinguer le bien du mal et fait craindre l’étouffement du bien par le mal.

C’est ainsi, pour prendre quelques exemples, que nous voudrions supprimer les émissions ou les films de violence qui contaminent la jeunesse ; que nous voudrions supprimer les dictateurs qui font fi de la démocratie et de la liberté de leur peuple ; que nous voudrions arracher les affiches publicitaires qui font de la femme un objet sexuel ; que nous voudrions débarrasser notre société des voleurs et des délinquants de tous ordres, ou au moins nettoyer au karcher les banlieues, ou encore que nous voudrions effacer du visage de l’Eglise ce qui la défigure, ôter au moins ce qui selon nos critères l’empêche de croître… On voit vite à quelles dérives, ces envies légitimes nous pousseraient et nous ont déjà poussés. En détruisant le mauvais, ou ce que nous estimons mauvais de notre point de vue, nous risquerions de détruire aussi le bon.

Dans la plupart de nos sociétés, nous avons appris une chose, une « bonne » chose : « nous » sommes les bons, ceux qui sont du côté du « bien » et les autres sont les mauvais qui sont du côté du « mal ». Ce qui est intéressant, et qui prêterait à rire s’il n’y avait pas de conséquences malheureuses à cet état d’esprit, est que nous pensons tous de la sorte ! Oui, cela peut prêter à rire, mais au fond c’est malheureux. Regardez les différents conflits dans le monde, qui a raison ? Pensez aux fanatiques de tous poils de toutes les religions, qui a raison ?

Accepter cette coexistence du mal avec le bien jusqu’à la moisson

Alors que faire ? Faut-il ne rien faire et nous laisser envahir ? Se laisser gagner par une tolérance stupide qui est tout sauf de la tolérance… Une première observation dans notre texte est qu’il nous faut nécessairement accepter cette coexistence du mal avec le bien jusqu’à la moisson. Combattre le mal, que, de surcroît, nous ne distinguons pas clairement, n’est peut-être pas notre première tâche ; ce qui est plus important, c’est de susciter et de développer le bien ; c’est d’ouvrir des perspectives.

Seule cette logique de la complexité permet d’appréhender les méandres de la vie humaine. C’est par l’attente, la patience et la tolérance auxquelles nous obligent la logique du « et/et » que du nouveau peut surgir et que du mal peut sortir du bien. C’est parce que l’ordre du « ou le bon grain ou l’ivraie » est trop simple, simpliste même, qu’il faut passer par le désordre du mélange et du vivre ensemble. Le coude à coude avec la personne que nous jugeons dangereuse est la seule façon d’apprendre à la connaître et peut-être à l’estimer. La logique de la coexistence, du métissage, du dialogue est la seule façon de surmonter la peur qui pousse à exclure et, en positif, de faire sortir quelque chose de plus riche et plus juste, en tenant compte des divers facteurs de la vie humaine, sans parler de la miséricorde divine. Il nous faut nous rappeler que Dieu n’est pas dépassé par le mal, il sait que ce mal est là et rend la vie des humains difficile et compliquée. Mais il nous accompagne pour que nous soyons, comme le disait le pasteur Henri Bolletter évêque de notre Eglise, le bon grain parmi l’ivraie.

Toujours promouvoir et rechercher le bien

La mission de l’Eglise n’est donc pas de faire de « l’excitologie », c’est-à-dire de prêcher pour exciter les gens contre le mal environnant en excluant et condamnant ce qui est dans ce monde, mais à semer la Parole, à promouvoir le bien, à rechercher ce bien comme nous y invite la Parole de Dieu. Il ne s’agit pas non plus de mettre en grand nombre de grain dans un trou, quelques-uns suffisent. La semence du Règne de Dieu est petite, notre présence dans ce monde également, mais elle est nécessaire pour témoigner avec la semence, semer la Parole et s’engager dans ces semailles et leur croissance. Notre mission ecclésiale n’est pas d’exclure et de condamner, mais de pénétrer l’histoire de l’humanité avec notre témoignage de la Parole de Dieu et de la Vie nouvelle en Jésus Christ.

La moisson : la fin des temps !

La moisson représente la fin du monde, explique Jésus, la fin de notre monde. Lors de la moisson, lorsqu’un cultivateur avait de l’ivraie dans son champ, comme l’ivraie est plus courte que le blé, les moissonneurs coupaient le blé juste sous l’épi et laissaient la tige et l’ivraie sur place. Les deux seront coupés par la suite et serviront de combustible. Tel que l’indique Jésus, ce n’est qu’à la moisson que l’on pourra trier le bon grain de l’ivraie. A ce moment seulement, un bilan sera fait et un tri opéré. Est-ce un retour à la logique du « ou bien/ou bien » ? On brûle les bottes d’ivraie et on récolte les grains dans le grenier. Les choses seraient-elles redevenues claires ? Oui, un tri se fera à la fin des temps, mais il est bien précisé « à la fin des temps » !

Autre précision importante : le tri n’est pas de notre ressort ! Il ne nous appartient donc pas de commencer à trier aujourd’hui. Sur cette terre, il ne nous faut pas commencer à vouloir essayer de trier. N’arrachons pas trop vite, ne condamnons pas trop vite ce qui paraît mauvais.

D’autres images de la fin des temps que nous donne l’Evangile laissent supposer que nous pourrions avoir des surprises dans ce tri final. Les justes ne sont pas forcément ceux que nous pensions. Voilà que les pécheurs et les prostituées nous devanceront dans le Royaume dira Jésus en un autre endroit de l’Evangile (Matthieu 21) ! La question n’est donc pas de savoir ou de rechercher qui fait partie de quel côté, mais tout d’abord, si je suis bon grain parmi l’ivraie ! Puis, lorsque nous voyons la corruption et la mauvaise graine de l’ivraie, il nous appartient de rester fidèle à notre appel d’être bon grain, en d’autres termes, garder notre témoignage au Dieu de la Vie et non pas commencer à vouloir « purifier » le champ en ôtant ce qui nous semble mauvais et qui l’est peut-être. Le risque est celui de tomber dans le rigorisme et la volonté de pureté selon notre propre définition. Et c’est là que le piège est dangereux.

Bien-sûr nous ne pouvons pas tout accepter en pensant que Dieu reconnaîtra les siens et faire comme s’il n’y avait pas de problème. Non, les ouvriers du maître ont bien vu qu’il y avait de l’ivraie, de la zizanie semée dans le champ. Nous pouvons donc bien le voir, constater ce mal qui nous environne. La question se situe d’une part sur notre propre perspective: être le bon grain, et d’autre part de ne pas effectuer le tri avant la moisson.

C’est vrai ce n’est pas simple, et la tentation sera toujours là de vouloir effectuer nous-mêmes ce tri, mais il ne nous appartient pas de le faire. Voyez-vous comme de façon simple, l’Evangile énonce des vérités difficiles à comprendre ! Jésus le sait et c’est pourquoi il termine son explication de la parabole par ces mots : « Que celui qui a des oreilles entende !  » Et qui plus loin demande à ses disciples : « Avez-vous compris tout cela ? » Que Dieu nous soit en aide pour comprendre et vivre toujours davantage la Bonne Nouvelle du salut.

Amen

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Un commentaire sur “Matthieu 13:24-43 : La parabole du bon grain et de l’ivraie”

  1. Chateaulesbruyeres dit :

    La parabole du ‘semeur’ est suivie en Matthieu 13 par la parabole de ‘l’ivraie dans le champ’, la premiere des six paraboles du royaume des cieux. La parabole du ‘semeur’ forme la base de tous les enseignements ulterieurs et de toutes les autres paraboles du Seigneur dans ce chapitre. Elle nous montre, comme nous l’avons vu, l’?uvre preparatoire du Seigneur Jesus sur la terre.

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