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« Le temps d’Hérode » (Matthieu 2v1) et « le temps de Dieu » (2 Corinthiens 6v2)

Noel : Le temps d’Hérode le Grand et le temps de Dieu

Noël : le temps de la féérie ; tout devient beau, comme le rêve l’est par rapport à la réalité ; on imagine que c’est ainsi pour tout le monde, depuis toujours. Et pourtant, pour beaucoup d’êtres humains aujourd’hui, l’enfer continue d’être ce qu’ils vivent. Mais, à l’origine, qu’a été le premier Noël ? Ressemblait-il au Noël actuel ? Y retrouve-t-on les mêmes éléments ? A l’évidence, beaucoup ont été enjolivés, et même transformés, dénaturés ou rajoutés. Nous pouvons résumer ce premier Noël à travers une expression donnée par Matthieu (chapitre 2, verset 1) : « Jésus est né à Bethléhem au temps du roi Hérode ». Ce n’est pas le temps de Dieu, ni avant tout « le temps du Messie », mais celui d’Hérode. Triste temps ; mais aujourd’hui, notre temps revêt les mêmes caractéristiques.

1) Qui est Hérode et qu’a-t-il fait ?

L’archéologie nous apprend qu’Hérode « le Grand » est mort en avril 4 av. J-C. Donc, Jésus est né en moins 4-5 avant… Jésus ; le Hérode lors de la mort de Jésus est un autre roi, un des fils d’Hérode le Grand, Hérode Antipas. Lors de la naissance de Jésus, Hérode a 70 ans. Il est devenu roi des juifs en 40 av. JC. Il avait été nommé par Marc Antoine, l’empereur romain de l’époque. Il a donc régné 36 ans comme roi de Judée.

. Grand amateur d’art, il était célèbre pour ses constructions. Le style qu’il a promulgué est caractéristique, avec des énormes blocs de pierre rectangulaire. A Jérusalem, le temple qu’il a fait construire existe encore avec le « Mur des Lamentations » ; il l’avait construit pour remplacer celui de Salomon. Certaines pierres font 10-11 mètres de long. Le mur d’enceinte avec plusieurs tours, la forteresse Antonia sont son œuvre.

Au sud de Bethléhem, on accédait à l’Hérodium, une forteresse, par 200 marches taillées dans la pierre. Plus au nord, Samarie était entourée d’une muraille de 4 km, avec plusieurs tours. Césarée était célèbre pour son port, Acre pour son gymnase, Damas pour son théâtre et son gymnase. D’autres villes possédaient des salles de conférence, un système d’approvisionnement en eau, des avenues de marbre.

Son but était l’amour de l’art ; mais aussi de faire aimer les juifs en pays étranger. Il était respectueux des coutumes religieuses juives, mais, semble-t-il, pour s’attirer les bonnes faveurs des juifs.

« Le temps d’Hérode » était riche culturellement.

. Hérode était célèbre aussi pour ses intrigues. Il avait 10 épouses qui ont rivalisé de férocité. Les complots se sont succédé ; la peur pour Hérode l’a fait éliminer la reine favorite, Marianne ; ainsi que ses deux fils… 5 jours avant sa propre mort, il a fait mourir le troisième. Auguste (l’empereur Octave) aurait dit de lui : « Il vaut mieux être le porc d’Hérode plutôt que son fils »… Un autre fait que l’évangile de Matthieu rapporte (chap. 2) : ce roi cherche à éliminer ce roi qui vient de naître ; un concurrent ? Il n’hésite pas alors à assassiner tous les petits enfants de la région de Bethléhem. Quel contraste avec sa richesse intellectuelle et culturelle… Le temps d’Hérode était de violence et de cruauté.

Non, le contexte n’est pas le temps du Messie, le temps de la délivrance de ces romains qui tyrannisent. « Jésus est né au temps d’Hérode ».

. C’est encore aujourd’hui « le temps d’Hérode » également en ce que le centre de tout, c’est lui ! Pour le meilleur et le pire. Et Jésus ? Il est exclu, méprisé ; il n’a pas de place dans une auberge comme les autres voyageurs. Hérode paraît tout-puissant et il dirige tout. Quel contraste saisissant entre ce pouvoir tyrannique d’Hérode et la petitesse de Jésus qui, dans sa faiblesse, paraît désarmé, sans force. Le roi ? Ce n’est surtout pas lui ! C’est Hérode qui règne.

Aujourd’hui, le rappel que nous faisons de la venue de Jésus est devenu « le temps du petit Jésus », attendrissant et doux. Et en plus, on n’en veut même plus dans les lieux publics. Circulez, y’a rien à voir… Consommez et oubliez…

2) 20 siècles plus tard, « le temps d’Hérode » est-il vraiment mort ?

. Cet Hérode qui incarne le savoir intellectuel, la connaissance, est bien vivant, plus que jamais peut-être ; malheur à qui n’a pas internet… Les medias règnent, orientant la société au gré de leur bon vouloir.

. Cet Hérode sanguinaire se retrouve dans  tellement de pays dans le monde ; les concurrents s’éliminent les uns les autres ; tant sur le plan politique que religieux. Cet Hérode qui détruit sa propre famille est bien vivant 20 siècles après.

  • On a réussi à détruire la cellule de base de la société (donc la société) : la famille.
  • Ça se fête, selon la société, les 30 ans de la loi sur l’avortement… Plus de 200.000 par an, rien qu’en France.
  • Dans le monde, des millions d’enfants vivent seuls dans les rues, abandonnés, livrés à la misère, ou exploités matériellement ou sexuellement.
  • C’est également le temps de la persécution où ceux qui veulent suivre Jésus sont rejetés, torturés.
  • Plus personnellement, sous quel pouvoir vivons-nous ? Celui du mal qu’on nous fait subir ? Celui du rejet de l’étranger parce qu’il devient un concurrent ? Celui de la vengeance ? De la peur ? De la maladie ? Du fardeau du passé ou de l’incertitude de l’avenir ?

Depuis Hérode, les temps n’ont pas changé.

3) Et « le temps de Dieu » alors, qu’en est-il ?

. Jésus est venu en plein règne d’Hérode. A Noël, notre Dieu s’est fait homme, il est venu habiter parmi les êtres humains. Sans être vu. Mais cette vie apporte la lumière, la véritable, qui désire éclairer chacun. Il vient offrir la possibilité de connaître Dieu, de devenir enfant de Dieu à ceux qui placeraient leur confiance en lui ; il vient offrir la possibilité d’être libéré de ce qui nous aliène, à savoir le péché.

Malgré les apparences de fragilité et d’insignifiance, ce bébé parle du temps de Dieu. Parce qu’il est venu parmi nous, c’est le temps de l’espérance et de la délivrance, de cette délivrance dont l’apôtre Paul s’écriera à propos de la victoire sur la mort : « Loué soit Dieu qui nous donne la victoire par notre Seigneur Jésus-Christ » (1 Corinthiens 15v57).

A travers la naissance de Jésus arrivée lors « du temps d’Hérode » (le temps de la mort), en regardant la crèche, nous savons que c’est le temps de la paix, de la réconciliation possible avec Dieu.

Et même si nous sommes dans le temps de l’épreuve, nous pouvons ne pas être écrasés par elle ; en parlant des épreuves que nous traversons, Paul écrit : « Nous sommes en paix avec Dieu grâce à notre Seigneur Jésus-Christ. (…) Nous tirons notre fierté même de nos détresses, car nous savons que la détresse produit la persévérance, la persévérance conduit à la victoire dans l’épreuve, et la victoire dans l’épreuve nourrit l’espérance » (Romains 5v1, 3-4).

Pour chacun, il est possible que ce temps de l’épreuve devienne le temps de Dieu.

Huit jours après sa naissance, Jésus est présenté au temple ; Siméon, qui « attendait la consolation », poussé par l’Esprit de Dieu, était venu au temple et quand il voit ce bébé, il est convaincu qu’il voit le Sauveur tant attendu, « Sauveur que le Seigneur a suscité en faveur de tous les peuples : il est la lumière pour éclairer les nations, il sera la gloire d’Israël son peuple » (Luc 2v25-32).

Depuis, le temps du salut nous est offert. « Voici maintenant le temps favorable, voici maintenant le jour du salut » (2 Corinthiens 6v2). Cette emploi du mot temps est particulier ; je reprends une définition plus précise : « Ce temps est le point de basculement décisif, avec une notion d’avant et d’après, où quelque chose de spécial arrive ».

Contrairement à Chronos, le temps Kairos n’est pas linéaire, il est qualitatif, c’est le temps ‘entre’. Il ne se mesure pas, il est immatériel. C’est une autre dimension du temps qui crée de la profondeur dans l’instant ».

Quand Dieu a envoyé le Messie, cela a été le point de basculement décisif, avec une notion d’avant et d’après.

Mais cette notion du temps est pour nous aussi, en ce que notre engagement, notre conversion à Dieu est un point de basculement décisif qui a des conséquences sur le temps (chronos), la durée de notre vie mais qui touche aussi le temps de l’éternité (éon).

. Pour terminer, revenons à Hérode.

Il va mourir, lui qui a le pouvoir, qu’il croit absolu. Il a « fait son temps ». Le « temps » d’Hérode n’est pas le même terme que pour le « temps de Dieu » : c’est « la période du règne » ; Hérode passe, et trépasse. Et, se voyant malade à la mort, parce qu’il savait que sa mort allait être l’occasion de grandes réjouissances, il ordonne de faire enfermer tous les chefs juifs et de les tuer au moment même de sa mort ; heureusement, cet ordre n’a pas été exécuté.

 

A l’opposé, quand Jésus meurt (évènement indissociable de sa naissance), c’est à la place de ceux qui vivaient sous le pouvoir du péché qu’il mourait ; il est mort pour les délivrer, « pour qu’ils passent des ténèbres à la lumière et du pouvoir de Satan à Dieu pour qu’en croyant en Jésus, ils reçoivent le pardon de leurs péchés », dit Paul dans son témoignage (Ac 26v18).

Le temps de Dieu, c’est celui de la résurrection, de la vie. Il y a 2000 ans comme aujourd’hui.

 

Aujourd’hui, c’est le temps que Dieu nous offre pour que nous nous tournions vers lui, en lui faisant confiance ; pas pour admirer « le petit Jésus » mais pour abandonner notre vie au grand Dieu d’amour.

L’apôtre Paul encourage ses lecteurs à accepter cet amour de Dieu : « Dieu déclare dans l’Ecriture : ‘Au temps favorable, j’ai répondu à ton appel, et au jour du salut, je suis venu à ton secours’. Or, c’est maintenant le temps favorable ; c’est aujourd’hui le jour du salut » (2 Co 6v2). A nous aussi de répondre favorablement.

Et cela pour que nous connaissions le temps de la paix avec Dieu.

Un temps qui a le goût de l’éternité.

Jean-Ruben

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