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La peur : Mais pourquoi donc Jésus dit si souvent « Ne craignez pas » ?

Il y a quelques années, une personne me conduisait à la gare quand elle s’est arrêtée… au feu vert, en disant : « On ne sait jamais… ; on n’est jamais assez prudent ». Sa peur des erreurs des autres m’a fait… avoir peur d’avoir un accident. Il y a la peur de la roulette du dentiste, des souris, des profs, du téléphone, etc…, etc…

« Même pas peur… ! » Vraiment ? En réalité, la peur est notre compagnon dans bien des situations. Et si l’encouragement de Dieu : « Ne crains pas », est fréquent, c’est que la peur l’est aussi ; elle peut être un moteur puissant (certains stresses nous poussent en avant) tandis que d’autres nous détruisent et augmentent nos difficultés.

Nous sommes dans un monde qui marche sur la tête : on a peur de sortir dans la rue, mais on n’a plus peur de l’enfer ; mais aussi les chrétiens parlent de l’importance de la confiance en Dieu, et souvent, dès que survient un problème, la peur envahit leur pensée. Si le message que nous connaissons et la communion que nous vivons avec le Seigneur ne transforment pas cette attitude de peur, il y a matière à réflexion.

1) D’où vient la peur ?

La Bible donne le départ du dérèglement : c’est le résultat d’une rupture.

« L’Eternel Dieu appela l’homme et lui dit : Où es-tu ? Il répondit : J’ai entendu ta voix dans le jardin, et j’ai eu peur, parce que je suis nu, et je me suis caché. Et l’Eternel Dieu dit : Qui t’a appris que tu es nu ? Est-ce que tu as mangé de l’arbre dont je t’avais défendu de manger ? » (Ge 3v9-10).

La peur découle d’une insoumission à Dieu.

Chez nos premiers parents, le refus de la crainte de Dieu (dans le sens de respect) leur a fait connaître la crainte, la peur envers Dieu : ils se sont cachés pour ne pas être vus par Dieu ; et aussi envers l’autre : la peur d’être regardé les a faits confectionner des habits pour se voiler la face, et le reste.

Le regard des autres, depuis, fait peur et provoque l’hypocrisie ; on cache facilement ce qu’on est en réalité.

Le docteur Tournier faisait cette remarque : « C’est souvent la peur d’être mal jugé et non l’amour qui nous rend vertueux » ; au moins, il y a un aspect positif : que va penser mon voisin si je ne tiens pas bien mon jardin… ? Je respecte le 90 sinon les gendarmes vont m’arrêter… ; je travaille (à l’école ou au boulot) pour qu’on ne me fasse pas de reproche… Et le résultat est que l’être humain se retrouve seul avec lui-même, par peur d’être vu tel qu’il est ; et souvent, en plus, il se fait peur à lui-même.

En se coupant d’avec Dieu, il est désarmé : il s’aperçoit que sa maîtrise de lui-même est bien fragile, que son courage est solide… tant que tout va bien ; il se rend compte du poids qu’il transporte toute sa vie, de ses échecs, de ses blessures qui créent en lui des peurs qui le fragilisent.

 

Il y a de quoi avoir peur de marcher dans la rue, d’être au volant de sa voiture. On est nulle part en sécurité ; parce que l’homme est déboussolé : il a perdu le nord, le sens de sa vie, il ne se laisse pas attiré par Dieu.

Et puis, par rapport à la peur des évènements à venir, la folle du logis – l’imagination – peut faire des ravages. Et la peur, souvent, crée ce qu’elle craint.

La peur est cette réalité que nous faisons tout pour éviter et qui pourtant se niche si facilement en tout. Elle est inhérente à notre existence.

2) Quelques exemples bibliques liés à la peur :

Joseph et ses frères

. Les frères de Joseph, à cause de la famine, sont contraints d’aller en Egypte chercher du blé ; et là, Joseph (devenu ministre du pharaon) les reconnaît et les accuse d’être des espions. Leur réaction ? « Maintenant nous connaissons l’angoisse : nous sommes punis à cause de notre frère que nous avons vendu comme esclave » (Ge 42v21). C’est la culpabilité qui, de l’aveu même de ces hommes, est la cause de leur peur.

Le prophète Elie

. Elie fuit par peur des menaces de la reine Jézabel (1 Rs 19). Et Dieu vient le rencontrer, dans son désert. Il l’assure de sa présence et de sa tendresse ; puis il lui donne plusieurs buts, à savoir se tourner vers les autres, en obéissant à l’ordre de Dieu. Cette méthode de Dieu est surprenante mais ce qu’a vécu Elie par la suite en montre le bien-fondé.

. Plus en général, la prise de conscience de notre état de péché nous conduit à vivre une forme d’angoisse plus ou moins chronique, plus ou moins avouée (et quelques fois, des problèmes de santé en sont la conséquence).

Pierre, le disciple de Jésus

« L’épouvante avait saisi Simon Pierre » (Luc 5v9) ; quelle en est la cause ? Jésus vient d’accomplir un miracle avec une pêche extraordinaire et cette réussite fait ressortir l’échec de Pierre qui avait jeté les filets toute la nuit sans rien prendre. Et cela lui fait prendre conscience de ce qu’il est : « Seigneur, retire-toi de moi parce que je suis un homme pécheur ». Depuis Adam qui s’est coupé de Dieu, l’être humain veut s’éloigner de Dieu.

Mais Jésus, au lieu d’augmenter ce sentiment de peur, veut le guérir et apporter la solution à ce problème enfoui au plus profond : « Ne crains pas », ne demeure pas dans cette peur de la punition de Dieu, à cause de ta culpabilité. C’est la rencontre avec le Seigneur qui révèle l’état profond et apporter le remède.

Et il rajoute : « Désormais, tu seras pécheur d’hommes », c’est-à-dire : je te donne une nouvelle orientation, je vais transformer ta vie, lui donner son vrai sens, son plein épanouissement ; comment ? En te tournant vers les autres.

L’apôtre Paul

. Paul (le grand apôtre !) est découragé à Corinthe : certains s’opposaient à lui et l’injuriaient (Ac 18v6). Il connaît une situation de tension qui l’amène à… avoir peur. Le Seigneur lui dit alors : « Ne crains pas car je suis avec toi » (v9).

Est-il normal d’avoir peur face à l’opposition, à la souffrance, à l’épreuve ? En tout cas, Dieu ne fait pas de reproche à Paul d’avoir peur ; il l’encourage à le suivre et lui montre (comme pour les autres hommes) qu’il a un plan pour lui et avec lui : « Parle, car j’ai un peuple nombreux dans cette ville » (v10).

Plus tard, il est prisonnier sur un bateau qui le conduit à Rome ; la tempête est telle qu’elle menace le navire. Mais le Seigneur lui dit à nouveau : « Paul, n’aie pas peur ! Il faut que tu comparaisses devant l’empereur » (Ac 27v24) ; comment !? Paul a eu de nouveau peur ? Oui, et le Seigneur est venu encore une fois l’encourager, et lui donner un but, celui de vivre à son service.

L’assurance de la présence de Dieu pour contrer la peur

Ces différents exemples nous orientent chaque fois vers l’assurance de la présence de Dieu, la certitude que nous pouvons ne pas sombrer dans l’angoisse, avec la perspective d’une vie à son service, tournée vers les autres. Même si c’est pour chacun différemment, ces éléments se retrouvent chaque fois.

Souvent Jésus a dit : « Ne crains pas, n’ai pas peur ». Le péché, ce n’est pas d’avoir peur, c’est de ne pas regarder à lui, de ne pas croire sa Parole. Jésus, à Gethsémané, connaît une angoisse terrible, face à la souffrance (morale, physique, spirituelle) ; mais il la vit en se tournant vers son Père, dans la prière.

3) Qu’en est-il pour nos peurs ?

. Quand Jésus dit : « Ne craignez pas », cela souligne le fait que c’est important d’essayer de maîtriser nos peurs, sans se laisser écraser par elle. Il insiste sur notre responsabilité, comme si la paix dépendait (aussi) de nous.

Le peuple d’Israël voit le roi de Babylone beaucoup plus puissant que lui mais Dieu lui dit : « Ne craignez pas le roi de Babylone dont vous avez peur » (Jé 42v11) : à la peur compréhensible face à un ennemi puissant, n’ajoutez pas l’angoisse qui écrase et fait perdre la bataille avant même de l’avoir commencée. Et il ajoute : soyez certains que « je suis avec vous pour vous sauver et vous délivrer de sa main ».

Le problème pour Israël, c’est qu’il se tournait vers… l’Egypte plutôt que de faire confiance à Dieu (v15).

Notre part est liée à notre regard.

Platon faisait cette constatation : « Un enfant est excusable de craindre l’obscurité. Ce qui est tragique, c’est l’homme qui craint la lumière ».

Celui qui connaît le Seigneur et ses promesses, et qui ne lui fait pas confiance en s’abandonnant à lui, vit une situation d’autant plus tragique.

. Le Seigneur veut aussi nous apprendre à relativiser les raisons de nos peurs en remettant les choses à leur juste valeur ; et cela aussi est de notre ressort.

Notre peur pour les choses matérielles peut prendre une place démesurée ; Jésus invite ses disciples à relativiser : « La vie n’est-elle pas plus que la nourriture et le corps plus que le vêtement ? » (Mt 6v25).

Le fait de savoir relativiser permet de ne pas tomber dans une dramatisation qui fait exagérer les faits ; ou encore : « Ne craignez pas ceux qui tuent le corps et qui ne peuvent tuer l’âme ; craignez plutôt celui qui peut tuer l’âme et le corps dans la géhenne » (Mt 10v28, 31) ; c’est sûr, en réalité on craint plus facilement les gendarmes que le diable.

. Dieu attend que nous nous en remettions à lui ; la prière est le moyen de lui donner nos peurs.

C’est la manière de  traverser une épreuve qui est importante pour Dieu et non sa suppression. « Déchargez-vous sur Dieu de tous vos soucis, car lui-même prend soin de vous » (1 Pi 5v7).

Oui, le chrétien peut être cambriolé, avoir un accident, subir des maladies ou être au chômage. Mais au sein de ces tempêtes on peut entendre le Seigneur dire : « N’aie pas peur ; je suis avec toi », et connaître malgré tout sa paix.

Oui, Dieu désire me délivrer de mes peurs passées, qui me traumatisent encore et qui m’empêchent d’appréhender d’une manière juste les épreuves nouvelles ; il veut guérir mes blessures dues à ce qu’on m’a fait subir ; il veut m’aider à canaliser mon imagination qui quelques fois me détruit.

Pour l’auteur du Psaume 118, ce n’était pas qu’une belle théorie ; voici ce qu’il a expérimenté : « Du sein de la détresse j’ai invoqué l’Eternel ; il m’a exaucé, m’a mis au large. L’Eternel est pour moi, je ne crains rien ; que peuvent me faire les hommes ? L’Eternel est mon secours ».

 

. En même temps, il est nécessaire que je m’engage à ne pas provoquer de futures peurs en me mettant dans des situations desquelles je ne ressortirai pas indemne.

Nous disons notre désir que Dieu « ne nous conduise pas dans la tentation » (Mt 6v13), mais en même temps, nous nous engageons là où nous allons créer des peurs. Pour nous ou pour nos enfants, c’est nécessaire d’avoir ce discernement et ce courage pour éteindre la télévision ou l’ordinateur, ou de ne pas lire certains livres, au lieu de crier après coup à Dieu pour en enlever les effets dévastateurs.

A l’invitation à se décharger sur Dieu, Pierre ajoute : « Soyez sobres, veillez » (1 Pi 5v8). En fait, nous sommes appelés à être responsable sur plusieurs points… Et Dieu s’engage à nous donner sa paix.

Pour terminer, écoutons plusieurs promesses que Dieu a laissées à tous ceux qui ont confiance en lui :

– « Ne crains rien, car je suis avec toi ; ne promène pas des regards inquiets, car je suis ton Dieu. Je te fortifie, je viens à ton secours, je te soutiens de ma droite triomphante. Je suis l’Eternel, ton Dieu, qui te fortifie, qui te dit : ‘Ne crains rien, je viens à ton secours ; ne crains rien, vermisseau de Jacob ; je viens à ton secours, dit l’Eternel, et le Saint d’Israël est ton Sauveur » (Es 41v10, 13-14).

– « Ne crains rien, car je te rachète, je t’appelle par ton nom : tu es à moi ! Si tu traverses les eaux, je serai avec toi, et les fleuves ne te submergeront pas ; car je suis l’Eternel ton Dieu, ton Sauveur. Tu as du prix à mes yeux, tu es honoré et je t’aime. Ne crains rien, car je suis avec toi » (Es 43v1-5).

– « Le Dieu de toute grâce, qui vous a appelés en Jésus-Christ à sa gloire et après que vous aurez souffert un peu de temps, vous perfectionnera lui-même, vous affermira, vous fortifiera, vous rendra inébranlables. A lui soit la puissance aux siècles des siècles ! Amen » (1 Pi 5v10-11).

 

Jean-Ruben

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3 commentaires sur “La peur : Mais pourquoi donc Jésus dit si souvent « Ne craignez pas » ?”

  1. Maurice GOELEYEN dit :

    Merci et avec votre permission je vais la prêcher aujourd’hui

    1. eglise.agen dit :

      Avec plaisir. Que la Parole soit annoncée en tout lieu.

  2. MOULARET dit :

    merci pour cette prédication. C’est guidé par l’Esprit du Dieu vivant.

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