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Job 34v32 : Ce que je ne vois pas encore, montre-le-moi

Nous sommes face à l’incertitude de la rentrée ; que sera cette nouvelle étape quant à nos études, notre vie d’Eglise, sur le plan personnel ? Arrêtons-nous ce matin sur une parole qu’Elihu dit à Job en s’adressant à Dieu : « Ce que je ne vois pas encore, montre-le-moi » (Job 34v32).

Le contexte : Job est accablé, malgré sa vie qu’il estime sans péché grave ; et il ne comprend pas pourquoi il subit autant d’épreuves. En face, 4 amis qui s’escriment à lui faire admettre que s’il vit cela, c’est qu’il a lourdement péché. Ce qui est dur, c’est que les 2 camps ont raison : Dieu peut affirmer à Satan « Il n’y a personne comme lui : c’est un homme intègre et droit ; il craint Dieu et se détourne du mal » ; les amis ont raison également, il manquait à Job encore une dimension à sa connaissance de Dieu et de lui-même.

Avant d’aborder 2 domaines essentiels, nous allons voir la raison de cette demande que nous pouvons nous aussi faire à Dieu : « Ce que je ne vois pas encore, montre-le-moi ».

1) Pourquoi une telle demande de Job à Dieu ?

. L’être humain, à cause du péché, est coupé de Dieu et aveuglé sur Dieu, sur lui-même, sur les autres. Même s’il voit physiquement, sa capacité intérieure, spirituelle est altérée. Mais en nous faisant naître à sa vie, il nous donne la capacité de dépasser nos limites humaines. D’où cette prière : « Ce que je ne vois pas (par moi-même), Seigneur, montre-le-moi ». Elihu avait affirmé : « Dieu parle tantôt d’une manière tantôt d’une autre » (Job 33) ; mais nous mettons des boule-quies : « et l’on n’y prend pas garde… ».

Par exemple, plus ou moins consciemment, nous ne nous arrêtons pas sur un texte de la Bible qui nous remet trop en question ; quelqu’un faisait remarquer ceci : « Nous sommes tellement égocentriques que lorsque nous lisons, nous n’admirons que les pensées qui coïncident avec les nôtres ». « Dieu nous parle… », mais nous avons une mémoire sélective : nous nous rappelons (plus ou moins) de ce qui nous intéresse. Il n’y a pire sourd que celui qui refuse d’entendre.

D’autre part, quelques fois Dieu ne nous parle pas du tout et nous prenons nos réflexions pour une inspiration qui vient de lui. Facile pour un prédicateur de penser : « Ce qui me passe par la tête vient de Dieu ». Vraiment, le péché ne simplifie pas notre vie… Ou : Dieu inspire mes prières ; c’est une promesse de la Bible. Mais attention : tout ce que je dis dans une prière ne peut venir que de ma pensée. C’est ma faute si je n’ai pas ce discernement spirituel pour entendre Dieu et connaître sa volonté.

. Elihu enseigne une partie de la solution aux épreuves de Job : il lui conseille de se taire et d’écouter. Nous ne comprenons pas beaucoup de choses sur nous-même parce que nous ne savons pas écouter les autres. Jacques écrira : « Sachez-le, mes frères bien-aimés : que tout homme soit prompt à écouter, lent à parler » (Jacques 1v19). Les remarques des autres peuvent nous aider ; mais notre réaction est souvent de nous sentir blessés.

Nous avions le projet de commencer un travail d’évangélisation à Mende ; et le Synode a dit non et nous a envoyés à Fleurance ; aurions-nous eu raison de partir seuls, convaincus que c’était par nous que Dieu parlait ? ou avons-nous eu raison de penser que les autres pouvaient refléter la pensée du Seigneur ? Je crois dans cette sagesse des Proverbes qui affirme : « Le salut se trouve dans le grand nombre des conseillers » (Proverbes 11v14) et encore : « La victoire s’acquiert grâce à un grand nombre de conseillers » (Proverbes 24v6).

. Il nous faut apporter quelques nuances aux silences de Dieu : face à cela, nous avons besoin d’une perception qui nous vient de Dieu et non de nous-mêmes : oui, c’est vrai : «Si quelqu’un manque de sagesse, qu’il la demande à Dieu » (Jacques 1v5). Mais là également, attention de ne pas schématiser d’une manière trop hâtive : nous demandons à Dieu de nous faire comprendre quels sont ses projets pour nous, et nous nous accrochons à ceux qui nous feraient bien plaisir… Dieu ne répond pas lorsqu’une demande est déplacée ; Jacques nous avertit : « Vous demandez et vous ne recevez pas, parce que vous demandez mal, dans le but de satisfaire vos passions » (Jacques 4v3). Quand notre prière est imprégnée de péché, quelle réponse comprenons-nous si ce n’est celle que nous voulons avoir ?

Et puis, tant que nous serons sur terre, nous serons limités ; vivement demain, là-haut ! Tout sera, enfin, parfait (ce n’est pourtant pas tellement ma pensée, tant je m’accroche à ma vie bien limitée…). L’apôtre Paul tire cette conclusion : « Nous connaissons en partie ; mais quand ce qui est parfait sera venu, ce qui est partiel disparaîtra . Aujourd’hui, nous voyons au moyen d’un miroir, d‘une manière obscure, mais alors nous verrons face à face ; aujourd’hui, je connais en partie, mais alors je connaîtrai comme j’ai été connu » (1 Corinthiens 13). Nous sommes voués pour certaines choses (ou plutôt pour tout) à ne connaître que partiellement. Accepter cette limite, c’est éviter beaucoup de désarroi, de désillusion. Et de dérapage spirituel.

Quand Samuel affirme : « Jusqu’ici l’Eternel nous a secourus » (1 Samuel 7v12), il ne pense pas que ce secours va s’arrêter ; il remercie Dieu pour ce qu’il a fait dans sa grâce (qui dépasse par définition les mérites et les capacités humaines) . Quand nous disons : « Jusqu’ici Dieu nous a guidés », nous ne remettons pas en doute le fait qu’il continuera à le faire mais c’est déjà formidable de le constater en pensant à nos limites et donc à sa grâce . Je peux demander au Seigneur de me révéler ce que je dois faire ; et si je reste dans le brouillard, et si Dieu reste silencieux, je peux malgré tout lui faire confiance : l’insistance dans la Bible n’est pas tant dans la connaissance de ce que je dois avoir que de la confiance que je suis appelé à manifester en Dieu. J’ai besoin non de savoir (pour me sentir plus puissant) mais d’apprendre à m’abandonner à lui.

2) Deux domaines essentiels pour vivre l’abandon à Dieu :

. Ce à quoi Elihu fait allusion, c’est à une vie plus pure : « Ce que je ne vois pas encore, montre-le-moi ; si j’ai commis des fautes, je ne le ferai plus ». Beaucoup de non-croyants croient avoir une vie bonne ; une nécessité : que le Saint Esprit leur révèle ce qu’ils ne voient pas. Jésus affirme : «  Quand le Saint Esprit sera venu, il convaincra le monde en ce qui concerne le péché, la justice et le jugement » (Jean 16v8). Ce qui est plus grave peut-être encore, c’est lorsque des chrétiens croient être arrivés à une vie suffisamment parfaite (« Ah non ! Je ne le suis pas ! Mais je me demande en quoi je devrais changer… »). La preuve, c’est qu’ils ne font plus d’efforts pour progresser (« Qu’est-ce que vous voulez…, je suis comme ça… »).

« Montre-moi les fautes que je n’ai pas su voir » ; « Seigneur, ouvre mes yeux sur moi-même ».

Job manifeste au fil des discussions une progression dans la reconnaissance de ce qu’il était ; ses amis lui font le reproche : « Tu te crois parfait ! », ce qui peut être vrai au début ; mais du reste, Dieu lui-même l’avait dit à Satan. Et au fil de sa réflexion, Job a ouvert les yeux sur lui-même :

  • Job 6v10 : « Je n’ai jamais renié les ordres du Saint ».
  • Job 6v30 : « Y a-t-il de l’iniquité sur ma langue et ma bouche ne discerne-t-elle pas le mal ? » (l’interrogation remplace l’affirmation).
  • Job 7v20 : « Si j’ai péché, qu’ai-je pu te faire ? » (il reconnaît que le péché peut s’insinuer dans ses actions).
  • Job 7v21 : « Pourquoi refuses-tu de pardonner mes torts ? » (la certitude de ses fautes l’accable).
  • Job 9v20 : « Si j’étais juste, ma bouche me condamnerait ; si j’étais innocent, elle me donnerait tort ».

Dieu l’a amené à faire une analyse de sa vie, et l’a conduit à reconnaître sa nature de pécheur. Et à la fin du livre, les derniers mots de Job sont : « Je me condamne et je me repens » (Job 42v6).

Quelqu’un faisait cette remarque : « Nous vivons avec nos défauts comme avec les odeurs que nous portons ; nous ne les sentons plus, elles n’incommodent que les autres » ; alors, avant de s’endurcir dans cet aveuglement, il est nécessaire de s’ouvrir à l’action du Saint Esprit pour qu’il ouvre nos yeux sur ce qui n’est pas bon et qu’il nous aide à vivre dans une pureté toujours plus grande.

. Un deuxième domaine, lié au premier, est celui de ma connaissance de Dieu lui-même. Ce dont nous avons le plus besoin, c’est d’une connaissance intime de Dieu ; et cela au travers de sa Parole, de la révélation qu’il fait de lui en nous par le Saint Esprit. Le lien avec la vie de pureté est évident : Job, à la fin, reconnaît : « Mon oreille avait entendu parler de toi, mais maintenant mon œil t’a vu. C’est pourquoi… je me condamne et je me repens » (Job 42v5-6). Sa connaissance approfondie de Dieu l’a conduit à une connaissance plus grande de lui-même. Demeurer près de Dieu, en communion avec lui mène à une vie où le péché disparaît.

Ce miracle passe par la connaissance de Dieu ; « Seigneur, révèle-toi à moi ». David dit (Psaumes 27) : « Je réfléchis à ce que tu m’as dit : Cherchez ma face ». Il n’y a rien de plus important pendant toute notre vie : chercher la présence de Dieu. Mais est-ce bien cette réalité que je vis…? C’est alors, d’autant plus, que je fais cette prière : « Ce que je ne vois pas encore de toi, montre-le-moi ; Seigneur, révèle-toi à moi pour que ma vie te reflète, même si je ne m’en rends pas compte, pour que je connaisse une vraie victoire, celle de vivre comme toi tu le veux ».

Ce message s’oppose à ce que nous entendons aujourd’hui, à savoir : « Apprends à connaître la force qui est en toi et transforme par elle ta vie ». Ce message a-t-il évolué ? Avant on entendait que le changement était : « L’homme par l’homme » ; aujourd’hui, c’est… le contraire. Et l’on revient, comme toujours, au salut de l’homme par l’homme. La Bible nous donne un autre message où Dieu dit : « Cherchez ma face » (Psaumes 27). La force vraie, qui mène au bonheur profond et à la paix (= l’épanouissement) peut s’expliquer par le principe des vases communicants : « Il faut qu’il croisse et que je diminue » (Jean 3v30). C’est en quelque sorte la mort à soi-même en acceptant la vie de Christ .

Comme chacun, je tâtonne, je ne connais qu’en partie ; j’ai besoin de vos conseils, j’ai besoin de l’aide de Dieu, le guide. Heureusement que nous possédons cette certitude qu’Elihu exprimait à Job : « Dieu porte les yeux sur les voies de l’homme et il regarde ses pas » ; je préfère me savoir conduit par lui, lui qui, seul, voit tout, plutôt que d’essayer de me conduire par mes propres moyens.

Jean-Ruben

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