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Et si l’on parlait du livre de l’Ecclésiaste ?

Ecclésiaste

« Le livre de l’Ecclésiaste ? On nage dans la philosophie… Très peu pour moi ». « Oh ! Quel livre pessimiste ! Il ne donne surtout pas le moral… ». « Difficile de le placer au même rang que les autres livres de la Bible, avec tous ses thèmes si peu spirituels ! » « Ecclésiaste ? C’est un livre de l’Ancien ou du Nouveau Testament… ? » Telles sont les questions qui fleurissent à l’évocation de ce livre et de cet auteur biblique.

Mais en définitive, l’Ecclésiaste (traduction grecque de l’hébreu קהלת Qohelet « Celui qui parle dans l’assemblée ») aborde des sujets essentiels. Tout en décrivant ce qu’il a vécu, il s’adresse à un auditoire dont les vues sont limitées à leur intellect et à leur ventre ; en oubliant… l’essentiel. C’est un livre actuel et les lecteurs pourraient penser qu’il a été écrit pour notre époque : il parle de ceux qui croient un peu en Dieu, qui se jettent à corps perdu dans le matérialisme, comme base de leur vie.

Nous allons reprendre quelques uns des thèmes abordés et resumer quelques-unes des pensées principales de l’Ecclésiaste.

1) Quelques versets savoureux de l’Ecclésiaste :

« Dieu a fait les hommes droits, mais ils ont cherché beaucoup de détours » (Ecclésiaste 7v29). Le verset que j’avais mis sur mon bureau quand j’étais étudiant : « Beaucoup d’étude est une fatigue pour le corps » (Ecclésiaste 12v14). « Ce qui a été, c’est ce qui sera et ce qui se fait, c’est ce qui se fera ; il n’y a rien de nouveau sous le soleil » (Ecclésiaste 1v9). « Un homme seul est facilement maitrisé par un adversaire, mais à deux ils pourront tenir tête à celui-ci ; et une corde à triple brin n’est pas vite rompue » (Ecclésiaste 4v12). « Garde-toi de dire : ‘Comment se fait-il qu’autrefois les choses allaient mieux qu’aujourd’hui ?’ Car ce n’est pas la sagesse qui te dicte une telle question » (Ecclésiaste 7v10). « La sagesse vaut mieux que la force, mais la sagesse du pauvre est méprisée et ses paroles ne sont pas écoutées » (Ecclésiaste 9v16). « Il y a un temps pour tout » (Ecclésiaste 3v1).

2) Les thèmes principaux de l’Ecclésiaste :

Le livre est ponctué par une phrase qui revient comme le fil conducteur du raisonnement de l’auteur. Dans le premier chapitre de la Genèse, c’est la phrase : « Il y eut un soir, il y eut un matin » qui revient ; et ici, c’est : « Vanité des vanités, tout est vanité » (« Vanitas vanitatum, omnia vanitas » en latin) : quel contraste… Pour le premier (la Génèse), c’est le résultat de l’œuvre de Dieu et pour le second (l’Ecclésiaste), le résultat de l’oeuvre de l’homme.

Il est fort probable que l’auteur soit le roi Salomon, le fils de David. Il était connu pour sa richesse, sa gloire, sa grandeur, sa décadence… Il a passé tout en revue, a tout fait. Il a recherché, comme beaucoup aujourd’hui, un sens à sa vie, un vrai bonheur.

a) La vanité de la tentative philosophique (Ecclésiaste 1v12-18) :

Salomon est connu pour ses réponses faites à la reine de Saba, venue exprès pour constater sa sagesse ; l’épisode du bébé réclamée par 2 femmes a assis le sage jugement du roi. « Il venait des gens de tous les peuples pour entendre la sagesse de Salomon ».

Mais assez vite semble-t-il, Salomon s’est détourné de Dieu. Et la recherche de la sagesse est devenue une fin en soi et non plus le moyen de mieux vivre avec Dieu. Il a servi son propre intérêt et son orgueil. Et la conclusion à la fin de sa vie a été : « J’ai compris que cela est poursuite du vent » (Ecclésiaste 1v17).

Notre société est dirigée par les têtes bien pensantes ; je suis surpris de voir l’impact de ceux qui détiennent le pouvoir intellectuel et qui orientent la vie de la société. Mais s’il y a des dérives, malgré des raisonnements extraordinaires, et le vide et l’insatisfaction, c’est, comme le conclut  l’Ecclésiaste, parce qu’il manque une dimension qui est essentielle. « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » (citation de Montaigne).

b) La vanité de la tentative du plaisir (Ecclésiaste 2v1-3) :

Salomon n’a pas été en reste pour cela : 700 princesses comme femmes, 300 concubines ; il a certainement confondu harem et haras… Mais il est dit à son sujet : « Ses femmes détournèrent son cœur ». Il a aussi versé dans l’excessif dans le domaine du plaisir de la table : « Je résolus de livrer ma chair au vin ».

Mais sa conclusion est là encore : « Vanité des vanités, tout est vanité… »

Actuellement, notre société vit une recherche effrénée du plaisir ; à tous les niveaux. Le plaisir par n’importe quel moyen ; il devient de plus en plus banalisé, comme une carotte pour connaître un bonheur réel qui s’éloigne au fur et à mesure qu’on y court après.

Mais le problème est là aussi lié au fait de vivre en dehors de la communion avec Dieu et de sa volonté.

c) La vanité du travail (Ecclésiaste 2v3-11, 4v4-6) :

Salomon a voué une bonne partie de ses occupations à réaliser de grandes œuvres architecturales ; il est passé grand maître dans les domaines scientifique, zoologique, etc… « Il a parlé sur les arbres, depuis le cèdre du Liban jusqu’à l’hysope qui sort de la muraille ; il a aussi parlé sur les oiseaux, les reptiles et les poissons ». Mais sa conclusion a pourtant été : « Oui, j’ai joui de tout mon travail et c’est la part que j’ai retirée de toute la peine que je me suis donnée. Et je me suis rendu compte que tout est dérisoire : autant courir après le vent » (2v10-11). Mais ce n’est pas dans sa pensée un appel à la paresse pour autant : cette frénésie du travail et de la connaissance était vide parce qu’il lui manquait une dimension essentielle.

Nous vivons dans une période où l’on est parce qu’on fait, où la raison de vivre et l’identité sont déterminées par l’action. Malheur à ceux qui ne peuvent pas travailler, à ceux qui n’ont pas la connaissance (parce qu’ils n’ont pas fait les études suffisantes). Même dans l’Eglise on peut considérer les autres de la même manière.

d) La vanité d’une certaine religiosité (Ecclésiaste 4v17-5v6) :

Salomon souligne le risque de s’approcher de Dieu sans être prêt à l’écouter, en venant à lui sans reconnaître le mal qu’on fait, sans tenir les engagements qu’on a pris devant lui et sans réellement le respecter. C’est la vanité de la religion de celui qui croit en Dieu mais qui vit en contradiction avec sa volonté ; c’est la vanité de celui qui manifeste de la piété « mais qui renie ce qui en fait la force » (2 Timothée 3v5).

Cette approche de la vie avec Dieu se voit aujourd’hui, comme hier et comme il y a 3000 ans. Vanité des vanités…

e) La vanité du matérialisme (Ecclésiaste 5v9-6v12) :

Le Qohelet a savouré les bienfaits du matérialisme ; et même au-delà de ce dont il rêvait (c’était une promesse que Dieu lui avait faite). Et s’il est tellement désabusé à propos de ces richesses, c’est que l’usage qu’il en a fait était pernicieux. Sa conclusion ? « Celui qui aime l’argent n’est pas rassasié par l’argent et celui qui aime les richesses n’en profite pas. C’est encore là une vanité » (Ecclésiaste 5v9).

Aujourd’hui (plus que jamais ?), le fonctionnement de la société est basé sur le fait de posséder. On est parce qu’on a. Dans le matérialisme, dit l’Ecclésiaste, se niche la douloureuse réalité du mal et de la mort. « Que sert-il à un homme de gagner le monde entier… s’il perd son âme ? », dit Jésus dans la même perspective (Matthieu 16v26).  Les pays riches comme les pays pauvres courent après les richesses ; comme les chrétiens peut-être qui, sans le reconnaître (sans réfléchir là-dessus) passent à côté d’un vrai bonheur parce que leur vie dépend de ce qu’ils ont (ou n’ont pas).

3) Quel est donc cet essentiel qui manque ?

Salomon en tout cela reconnaît les fausses joies qu’il a cherchées « sous le soleil » et qui n’apportent que vanité et même le malheur. Non pas que tout cela est mauvais en soi mais parce qu’il est passé à côté de l’essentiel. Il le reconnaît dans sa conclusion (Ecclésiaste 8v16-17) : « Après m’être ainsi appliqué de tout mon cœur à connaître la sagesse et avoir considéré les occupations auxquelles l’homme se livre ici-bas en se refusant le sommeil nuit et jour, j’ai considéré l’œuvre de Dieu » : quand l’être humain accepte de ne plus être le centre de tout, alors il se met à considérer Dieu et son œuvre. C’est un déplacement d’intérêt, dans la reconnaissance de sa faiblesse, de son incapacité (malgré ce dont il est capable).

Et on perçoit alors le but de ce livre : dissiper les espoirs fallacieux et illusoires pour conduire à un fondement sûr et solide qui permet de pénétrer au-delà de ces domaines terrestres. Le but du livre est de montrer que c’est dans la soumission respectueuse à Dieu que l’être humain découvre ce que la philosophie, la culture, la jouissance, la religion, le matérialisme ne peuvent apporter : le véritable sens de la vie, dans un bonheur vrai, ne se trouvent qu’en Dieu.

Cette affirmation ponctue le livre : « Je sais que tout ce que Dieu fait demeurera toujours : il n’y a rien à y ajouter. Et Dieu l’a fait ainsi pour qu’on le révère » (Ecclésiaste 4v14). « Je sais que le bonheur est pour ceux qui révèrent Dieu » (Ecclésiaste 8v12). « Ecoutons bien la conclusion de tout ce discours : sois rempli de respect pour Dieu et obéis à ses commandements ; car c’est là l’essentiel pour tout homme. En effet, Dieu jugera toute œuvre, même celles qui ont été accomplies en cachette, les bonnes et les mauvaises » (Ecclésiaste 12v13-14) : il n’y a pas de vrai respect si l’on ne connaît pas ce que Dieu veut et si notre vie n’est pas en accord avec cela ; nos actes, nos pensées, nos paroles révèlent notre vie avec Dieu.

Le rechercher, lui, en désirant vivre comme il nous l’enseigne, c’est connaître une autre approche de la vie. Et ce n’est certainement pas la peine d’avoir tout essayer comme Salomon pour arriver à cette conclusion.

 

On découvre alors que ce que Dieu a créé « sous le soleil » peut apporter beaucoup de joie ! Et l’Ecclésiaste invite ses lecteurs à se réjouir et à jouir de ce que Dieu a donné ; à condition de le vivre « en Dieu », dans la communion avec lui et selon sa volonté. « En effet, si Dieu donne à un homme des richesses et s’il lui accorde la possibilité d’en profiter et de trouver de la joie dans son travail, c’est un don de Dieu » (Ecclésiaste 5v18). « Va, mange ton pain dans la joie et bois de bon cœur ton vin, car Dieu prend plaisir dès maintenant à ce que tu fais » (Ecclésiaste 9v7). « Jouis de la vie avec la femme que tu aimes » (Ecclésiaste 9v9). « Réjouis-toi dans ton adolescence ! Que ton cœur soit en fête aux jours de ta jeunesse ! Mais n’oublie pas que Dieu te demandera compte de tout ce que tu fais. Tiens compte de ton Créateur » (Ecclésiaste 11v9, Ecclésiaste 12v1). Augustin disait : « Aime Dieu, et fais ce que tu voudras » : quand on aime quelqu’un réellement, on fait ce qu’il veut.

Le vrai bonheur est dans l’obéissance à Dieu, dans l’harmonie avec lui. Son désir est que nous savourions ses dons. C’est ce qu’il avait dit à Adam et Eve : « Profitez de tout, sauf de cet arbre » (qui est de décider par soi-même ce qui est bon et ce qui est mauvais). Le vrai bonheur est dans l’obéissance à Dieu. Le chrétien alors, derrière les richesses (matérielles, morales, culturelles), derrière les plaisirs de la vie (affectifs et sexuels entre autres), y voit le Donateur, Dieu.

 

C’est ce que Paul dit en conclusion lui aussi (Romains 11v33-12v2) : « Combien profondes sont les richesses de Dieu, sa sagesse et sa science ! C’est de lui, par lui et pour lui que sont toutes choses. A lui soit la gloire pour toujours. Je vous demande donc, à cause de l’immense bonté de Dieu, de lui offrir votre être entier ».

C’est dans cette attitude que notre vie redécouvre son vrai sens. « Je sais, dit l’Ecclésiaste, que le bonheur est pour ceux qui respectent et honorent Dieu ».

Jean-Ruben

Pour approfondir le sujet :

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