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L’église : les frères et soeurs de Jésus, la famille de Dieu

frères et soeurs dans l'église

Si nous disons que l’église est le peuple de Dieu, son corps, sa famille, comment réagissons-nous ? Est-ce important pour nous ? La notion de « peuple de frères et soeurs en Christ » revêt-elle une importance à nos yeux ? Comment cela se concrétise-t-il dans nos relations ?

Cette expression fraternelle est devenue banale, comme tant d’autres, et fait perdre son sens profond, si bien que la réalité est devenue, elle aussi, banale. Nos relations risquent fort de l’être aussi. J’espère que le retour sur ce que la Bible dit au sujet de la fraternité nous permettra de redécouvrir et de vivre une dimension si riche et si enrichissante pour nous.

Comment comprenons nous l’expression la famille de Dieu ?

Une étude a été faite sur la manière de réagir chez les japonais et chez les américains (je suis sûr qu’on pourrait inter changer avec les français) ; la question était : « Comment les gens se consolent-ils au milieu des difficultés ? » ; les japonais répondaient presque toujours : « Je pense à ma famille ; j’imagine qu’elle est avec moi ». La réponse des américains était : « Je peux surmonter cette épreuve si je redouble d’efforts ». Comme les américains, nous vivons dans une culture qui met davantage l’accent sur l’individu que sur le groupe.

Comment concevons-nous la vie de l’Eglise : sous l’aspect individuel ou communautaire ? Petit test :

  • Est-ce important pour vous d’arriver avant le début du culte et aimez-vous rester après, ou arrivez-vous juste à l’heure en repartant rapidement dès la fin du culte ?
  • Pour quels sujets priez-vous ? Est-ce que les sujets relatifs à mes besoins remplissent ma prière, ou y a-t-il une place pour ma famille dans la chair, puis pour ma famille spirituelle proche, puis pour celle qui est au loin ? Est-ce que quelques fois, c’est dans le sens inverse ? Cela révèle une priorité. Est-ce que je ne transforme pas, en fait, « Notre Père qui es dans les cieux » en « Mon Père qui es dans les cieux » ?
  • Comment comprenons-nous quand on est invité à s’examiner avant de prendre le repas de la Cène (1 Corinthiens 11v28) ? Par rapport à quel point ? Probablement en pensant à des péchés personnels. Mais Paul parle de notre rapport au « adz » ; l’interpellation est : sommes-nous conscients que nous partageons ce repas avec nos frères et sœurs et que nous sommes unis grâce à l’œuvre de Christ sur la croix ? Sinon, ne prenons pas ce repas.
  • Comment nous rappelons-nous de la faute d’Acan (Josué 7v1) : comme étant une faute individuelle ou communautaire ? Notre approche est individualiste ; pas celle de Dieu : « Les enfants d’Israël commirent une infidélité à l’égard des objets voués à l’Eternel ; Acan prit pour lui certains de ces objets, et l’Eternel se mit en colère contre les israélites » : étonnant ! c’est l’ensemble des israélites et non l’individu (même si c’est lui le fautif) qui est considéré par Dieu.

Toutes ces situations, même matérielles, révèlent la priorité dans notre mentalité : soit c’est l’individu qui prime, soit c’est le groupe, le corps, la famille. Et nous sommes dans une société de l’individualisme qui détermine trop souvent notre approche du corps de Christ ; le « moi » est prioritaire par rapport à la communauté.

La notion de frères a perdu de son importance ;  l’important, c’est de vivre une relation personnelle avec Dieu ; je viens au culte pour ça ; et c’est pour cela que je ne vis pas plus dans l’Eglise et que beaucoup de chrétiens sont isolés.

C’est la relation avec Dieu qui est l’essentiel (nous ne sommes pas protestants pour rien… !) mais nous oublions ce que Dieu veut…

Comment Dieu définit-il les frères et soeurs dans la Bible ?

L’histoire du mot frère est significative : il est constitué de 2 parties et pourrait se traduire : « sorti de la matrice » : sont frères ceux qui sont nés d’une même mère, d’un même créateur. Le mot « frères » est générique, certainement, mais avant tout il unit tous ceux – hommes et femmes – qui ont été conçus du même Père. (Le mot soeur est employé surtout pour parler des soeurs de Jésus et des liens humains dans d’autres familles.)

Les frères sont ceux qui ont le même sang, le même rhésus ; sont frères, ceux qui sont au bénéfice de l’œuvre de Christ : il a donné son sang, il est mort à notre place et il nous permet ainsi d’être réconciliés avec Dieu notre Père qui nous fait naître à sa vie. La mort de Jésus et la nouvelle vie que le Père nous donne sont liées. C’est bien cela qui fait des êtres humains des frères.

« Christ est mort pour tous afin que ceux qui vivent ne vivent plus pour eux-mêmes mais pour celui qui est mort à leur place et ressuscité pour eux (…) Ainsi, celui qui est uni au Christ est une nouvelle créature (…) Tout cela est l’œuvre de Dieu qui nous a réconciliés avec lui par le Christ (…) Celui qui était innocent de tout péché, Dieu l’a condamné comme un pécheur à notre place pour que, dans l’union avec le Christ, nous soyons justes aux yeux de Dieu » (2 Corinthiens 5v15-21).

Une des conséquences est que cette relation transcende les différences sociales, raciales :

« Maintenant, par la foi en Jésus-Christ, vous êtes tous fils de Dieu (…) Il n’y a donc plus de différence entre les juifs et les non-juifs, entre les esclaves et les hommes libres, entre les hommes et les femmes. Unis à Jésus-Christ, vous êtes tous un » (Galates 3v26-28).

Oui, nous sommes unis les uns aux autres parce que nous sommes sortis de la même matrice, nés de notre Père céleste et ce lien est plus fort que tout. Vraiment… ?

La position de Jésus est sans équivoque à ce sujet ; elle peut nous paraître choquante même.

La mère de Jésus et ses frères et soeurs viennent le rencontrer et il répond : « ‘Qui sont ma mère et mes frères ?’ Et, promenant les regards sur ceux qui étaient assis en cercle autour de lui, il dit : ‘Voici ma mère et mes frères, car celui qui fait la volonté de Dieu, celui-là est pour moi un frère, une soeur, ou une mère » (Marc 3v31-35 ; voir aussi Matthieu 12v46-50).

Quel privilège d’être appelés « frères et soeurs » de Jésus ! Il est devenu notre frère dans le sens qu’il a pris notre condition humaine : « Jésus, qui purifie les hommes de leurs péchés, et ceux qui sont ainsi purifiés partagent la même humanité. C’est pourquoi il n’a pas honte de les appeler ses frères » (Hébreux 2v11).

Malgré ce que nous avons été, ce que nous sommes et serons, le Seigneur nous appelle devant toutes les autorités spirituelles « ses frères ».

La notion de frères est attachée au fait de suivre la volonté du Seigneur :

« Celui qui fait la volonté de Dieu, celui-là est pour moi un frère » (Marc 3v35) ; c’est pour cela que ceux qui enseignent une autre doctrine que celle de l’Evangile sont appelés « faux-frères », ainsi que ceux qui s’opposent aux chrétiens (Galates 2v4).

Malheureusement, tous ceux qui se rattachent à une Eglise ne sont pas des frères, parce qu’ils ne sont pas enfants de Dieu.

Ne croyons pas que Jésus enseigne d’abandonner la responsabilité vis-à-vis de la famille biologique :

Mais Jésus, à un autre moment, montre que les liens spirituels sont selon lui une priorité par rapport aux liens charnels : « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi » (Matthieu 10v37). Ce n’est pas l’un ou l’autre, en termes d’opposition, mais Jésus montre par là l’importance essentielle des frères dans la foi.

L’amour pour Dieu est lié automatiquement à la dimension fraternelle, aux relations entre frères :

« Si quelqu’un n’aime pas son frère qu’il voit, il ne peut pas aimer Dieu qu’il ne voit pas ». D’ailleurs le Christ lui-même nous a donné ce commandement : que celui qui aime Dieu aime aussi son frère » (1 Jn 4v20-21).

Comment vivre cette dimension de frères et soeurs en pratique ?

Comment avons-nous manifesté cette semaine ce lien avec les frères et soeurs de l’Eglise (locale ou plus éloignée) ?

Si nous avons été blessé ou contrarié par une personne de l’Eglise, notre réaction a-t-elle été : « Cette personne m’a fait du mal alors je me sépare de l’Eglise » ? L’individu prédomine au détriment de l’ensemble qui facilement disparaît.

Le problème est que je considère l’amour que je manifeste à travers ce que je fais ; alors qu’avant tout, cela devrait se vivre à travers la manière dont je considère l’autre : ma réaction sera bien différente si je considère Daniel comme un membre de mon club (euh… de mon Eglise) ou comme un frère ; ma salutation déjà sera différente.

Le frère ainé de la parabole de Jésus (Luc 15v11-32) parle des liens inexistants entre les 2 frères ; leur relation est perturbée par la jalousie. En amont, c’est la relation avec son père qui est faussée (là aussi parce qu’elle est basée sur le faire, sur ses œuvres). L’histoire de Caïn qui finit par tuer son jeune frère Abel parle aussi de cette jalousie ; sa réponse à Dieu est-elle justifiée quand il rétorque : « Suis-je le gardien de mon frère ? » (Genèse 4v9) : certainement pas ! La notion de fraternité comporte toujours la dimension de solidarité et de responsabilité mutuelles.

C’est l’histoire de cette fillette thaïlandaise qui portait sur son dos son petit frère : le missionnaire lui demandait si son fardeau n’était pas trop lourd ; et elle de répondre : « Ce n’est pas un fardeau, c’est mon frère ».

Si je ne supporte pas certaines personnes, est-ce que je les considère vraiment comme des frères ?

 

Le problème d’une mauvaise compréhension de cette responsabilité tourne en tensions et en conflit lorsque je conçois ce lien de fraternité vis-à-vis de… moi : les frères doivent assumer ce devoir d’amour en répondant à mes désirs, à mes besoins. Mais avant tout, ce ne sont pas les autres qui me sont redevables, c’est moi qui dois l’être envers eux en priorité. Paul donne la priorité absolue : « Ne restez redevables de rien à personne, sinon de vous aimer les uns les autres » (Romains 13v8).

Le risque est bien de créer un nouveau commandement : « Aimez-moi les uns les autres ». Je peux utiliser les autres (les frères) pour que je me sente mieux dans ma peau ; c’est une stratégie qui favorise l’individualisme mais qui inverse le plan de Dieu.

Je suis appelé avant tout à chercher à aimer les frères et soeurs. Paul montre également qu’on ne doit pas abuser de cette nouvelle dimension fraternelle : « Que ceux qui ont des maîtres croyants ne leur manque pas de respect sous prétexte qu’ils sont des frères. Bien au contraire, qu’ils les servent d’autant mieux que ce sont des croyants bien-aimés » (1 Timothé 6v2).

 

Etre frères et soeurs est indissociable de l’humilité et de la notion de service, pour l’épanouissement de tous ; des autres en premier lieu, c’est ce que j’aimerais vivre de plus en plus. Le fait de prendre conscience de ce lien surnaturel qui unit ceux qui ont Dieu pour Père et Jésus-Christ comme frère et le fait de le vivre concrètement, c’est une bénédiction profonde.

 

Le Psaume 133 parle de cette réalité : « Oh ! Quel plaisir c’est, pour des frères, et quel bonheur que d’être ensemble ! » Et le psalmiste va ajouter à ce plaisir la bénédiction de Dieu ; cette bénédiction rejaillit de plus en plus loin : de la montagne de l’Hermon (boisée, riche en végétation) elle descend jusqu’au mont Sion (une colline… aride). L’unité dans la fraternité est une bénédiction en elle-même et une source de bénédictions.

 

Jean-Ruben

Pour approfondir le sujet :

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